Le dernier week-end représentait une date importante dans le débat à gauche. Les communistes se réunissaient, en effet, en conférence nationale pour faire le point sur leur bataille en faveur d’un large rassemblement de gauche alternatif aux dérives d’un quinquennat finissant, et pour arrêter leurs choix à propos des échéances électorales du printemps prochain. L’événement en aura été, la presse l’aura amplement relayé, la volonté des délégués de ne pas soutenir Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle (option 1 soumise au vote) et de lui préférer une candidature issue de leurs rangs, candidature qui porterait jusqu’au bout l’exigence de convergence de la gauche voulant retrouver le chemin d’une politique de progrès social et démocratique, s’affirmant donc prête à se retirer au cas où les efforts unitaires du PCF finissaient par être couronnés de succès (option 2). Une décision nette, puisque représentant 55,69% des délégués (274 voix) contre 44,30% (218 voix), 27 bulletins s’étant reportés sur l’abstention. Contrairement à ce qu’auront généralement retenu les commentateurs, il est très secondaire que le secrétaire national du parti, Pierre Laurent, n’ait pas été suivi sur sa position de soutenir la candidature de Mélenchon, dans le cadre d’une activité autonome des communistes. C’est plutôt l’échange sur la stratégie à suivre, pour relever les défis d’un rendez-vous crucial pour l’avenir de la France, qui doit retenir l’attention en ce qu’il intéresse toute la gauche. En guise de premier éclairage de ce débat, sur lequel je reviendrai très prochainement, je vous livre ci-dessous mon intervention devant la conférence de ce 5 novembre, en défense de la seconde option. Ce sont désormais les adhérents qui vont avoir le dernier mot, en se prononçant à leur tour les 24, 25 et 26 novembre.

« Même si je n’en tire pas la même conclusion que lui, je partage avec Pierre (Laurent) la conviction selon laquelle, dans notre débat, il nous faut toujours partir – je dirais grand angle – de la ligne de rassemblement que notre dernier congrès a adoptée, et qui réunit largement les communistes.

« Cette ligne nous a dotés devant le pays de l’image d’un parti agissant au seul service de l’intérêt général, en fonction des seules attentes de notre peuple. Mais surtout, elle est aujourd’hui la seule en mesure de déjouer le scénario-catastrophe dont nous sommes menacés : la victoire d’une droite extrémisée et ultralibérale, voire de l’extrême droite, avec une gauche laminée pour de très nombreuses années.

« Cette ligne est d’autant plus pertinente que rien n’est encore joué. Tout démontre même que les lignes peuvent à tout moment bouger.

« Ainsi, ce que vient de confirmer la « grande consultation citoyenne », après le mouvement social contre la loi El Khomri, c’est que le peuple français n’est pas résigné aux solutions libérales que lui proposent les partis d’alternance. De même, le discrédit des tenants de la politique gouvernementale est devenu tel, qu’ils peuvent parfaitement sortir battus de la « primaire » socialiste, alors que celle-ci était conçue pour servir une nouvelle candidature de François Hollande.

« De ce point de vue, la question à laquelle notre conférence nationale doit répondre est simple : quelle décision peut le mieux permettre de peser sur les rapports de force et de poursuivre jusqu’au bout notre démarche stratégique ?

« Cela me conduit, pour ma part, à considérer que l’option 1, le soutien à Jean-Luc Mélenchon, risque de mener le parti dans une impasse.

« Évitons, dans cette discussion, l’argument qu’utilisent certains camarades, dénonçant cette opinion comme une opposition de principe à la personne de Jean-Luc Mélenchon. Je ne me sens, pour ma part, nullement concerné, ayant contribué à construire avec lui le Front de gauche en 2009...

« Le véritable objet de notre discussion porte sur le fait que décider de soutenir Mélenchon en décembre mettrait de fait un terme à notre bataille pour un rassemblement large à gauche.

« Personne ne peut croire qu’après avoir opté pour un candidat déjà déclaré et en campagne, nous puissions revenir sur cette décision au cas où les lignes viendraient à bouger à gauche.

« J’ai bien entendu Pierre parler tout à l’heure d’une décision possiblement ‘’évolutive’’. Sauf que la candidature à laquelle il est proposé de nous rallier, elle, ne sera jamais ‘’évolutive’’ !

« Je ne doute pas de la conviction des camarades qui veulent poursuivre la bataille du rassemblement tout en choisissant l’option 1.

« Mais quelle lisibilité aurons-nous en choisissant un candidat qui dit sur tous les tons qu’il récuse l’idée même d’unité à gauche sur une politique d’alternative aux trahisons du quinquennat ? Quel espace nous restera-t-il face à un candidat qui explique qu’il n’y aura aucun accord politique avec quiconque, ni sur les axes d’une campagne qui se mène en rupture notable avec ce qui faisait l’accord du Front de gauche en 2012, ni sur la conduite de la bataille électorale ?

« Soutenir Jean-Luc Mélenchon dans ces conditions, c’est lui signer un chèque en blanc !

« Quant aux législatives, là où il nous faudra rassembler largement l’électorat de gauche pour faire élire des députés communistes, la ligne de Mélenchon, consistant à dénoncer tout ce qui n’est pas la ‘’France insoumise’’, sera un très lourd handicap.

« Et je ne parle même pas de la volonté affichée par ledit Mélenchon de présenter partout des candidats qui devront s’inscrire dans le cadre de la charte de la ‘’France insoumise’’. À commencer – qui ne le voit ? – par les circonscriptions où nous avons déjà des députés ou que nous pourrions gagner…

« À l’inverse, l’option 2 nous laisse des marges de manœuvre infiniment plus grandes.

« Elle ne va évidemment pas sans difficultés. Elles doivent être discutées franchement. Mais, s’agissant de l’une des principales, la possibilité de nous doter d’une candidature apte à rassembler les communistes et à mener une bataille dynamique, l’intervention ce matin d’André (Chassaigne) prouve que nous pouvons parfaitement la surmonter.

« Par conséquent, les difficultés d’une candidature issue de nos rangs me paraissent moindres que les déboires dont nous menace le ralliement à Mélenchon. Parce qu’elle sera un haut-parleur pour notre politique. Parce qu’elle pourra peser en faveur d’une candidature d’union dès lors qu’elle annoncera d’emblée son intention de se retirer si nos efforts en ce sens viennent à porter leurs fruits. Parce qu’elle nous permettra de ne pas nous retrouver piégés par une entreprise politique dont nous ne partageons ni les expressions publiques, ni les objectifs affichés. »