MON DISCOURS DEVANT LES CONGRESSISTES

« Chers Amis, Chers Camarades, cela a déjà été dit : notre congrès intervient à un moment historique.

« La globalisation capitaliste rencontre aujourd’hui ses limites. Elle voit s’exacerber les concurrences entre États, ensembles économiques et firmes transnationales pour le contrôle de nouveaux débouchés, de nouveaux marchés. L’Europe se trouve, dans ce cadre, confronté à de nouveaux défis.

« ‘’Défis de civilisation’’ a dit hier notre président, Pierre Laurent. Je partage entièrement cette appréciation. Pour être encore plus précis, ce à quoi nous sommes confrontés, c’est à la crise globale - aux dimensions économique, sociale, écologique, politique mêlées – du nouveau mode d’accumulation du capital.

« Tous nos partis ont, en ce sens, à relever un défi commun : dans quel sens se dénouera cette crise ? À gauche et à l’avantage du camp du travail et des peuples ? Ou bien à droite, si ce n’est très à droite, avec ce à quoi nous assistons partout, à savoir le resurgissement des dérives xénophobes, des populismes réactionnaires, des extrêmes droites et des néofascismes, des haines nationalistes avec leur cortège de menaces pour la paix ?

« Tel est l’enjeu. À un siècle de distance, la grande voix de Jean Jaurès nous inspire toujours, lui qui fut assassiné pour avoir dit que le capitalisme portait en lui la guerre…

« Ne nous dissimulons pas la gravité de ce moment. Parce que les forces d’alternative, dont nous sommes devenus l’expression principale sur le continent, ne sont pas encore perçues comme porteuses de réponses crédibles, c’est la résignation, le désarroi, les tendances au repli qui dominent.

« Certes, la colère des peuples est immense, le rejet d’une Europe de régression est même devenu majoritaire dans la plupart de nos pays. Mais, faute de débouché politique à la hauteur, les mobilisations les plus gigantesques qui ont secoué l’Europe n’ont pu nulle part arracher de victoires. Le doute s’empare, par conséquent, des consciences sur la possibilité même de conduire des politiques transformatrices à gauche.

« La question peut donc se formuler simplement : comment unir le camp du travail et des peuples ? Comment battre l’austérité qui fonde l’alliance de tous les gouvernements, de l’oligarchie de l’Union européenne, de la droite conservatrice dont le chef de file est désormais Madame Merkel ? Comment faire refluer les droites et les extrêmes droites en contribuant à la renaissance de l’espoir en une gauche portant la perspective de gouvernements de salut public, opposant la souveraineté des peuples aux diktats de la ‘’Troïka’’ et aux oukases des ‘’Memorandums’’ ?

« Dit autrement, la question essentielle à laquelle il nous faut collectivement répondre est la suivante : allons-nous être capables de faire, à grande échelle, la démonstration qu’une alternative de gauche n’est pas seulement nécessaire, mais qu’elle est possible, ici et maintenant ?

« Pour y répondre, il nous appartient évidemment de soutenir, de participer, d’aider à l’impulsion de mobilisations larges, populaires, citoyennes. Mais, en même temps, nous n’ignorons pas que le plein déploiement de ces mobilisations, c’est-à-dire la contre-offensive que nous appelons de nos vœux, dépend de l’existence d’une perspective directement politique. D’une perspective qui dessine l’horizon de ruptures crédibles avec le modèle capitaliste, libéral et productiviste. D’une perspective qui ouvre la voie à des solutions majoritaires à gauche et parmi les peuples… des solutions de pouvoir pour le dire autrement.

« Nous avons, pour avancer sur ce chemin, un atout-maître. Cet atout, c’est que le néolibéralisme et l’austérité sont désormais – et partout – rejetés par les populations. Ils tendent même à être minoritaires au sein des gauches européennes.

« Cela nous impose, comme l’ont fait nos camarades de Syriza - dont on ne saluera jamais assez le combat qu’ils mènent, non seulement au service du peuple grec, mais en notre nom à tous -, de ne jamais nous laisser enfermer dans la facilité des logiques incantatoires, des dénonciations stériles, des postures de protestation marginalisantes.

« Il s’impose au contraire à nous de faire mouvement.

« De faire mouvement vers le reste de la gauche politique et sociale, vers tous ceux et toutes celles qui ne se reconnaissent pas, ou ne se reconnaissent plus, dans des politiques d’austérité dont la faillite est patente. De faire mouvement sans frilosité vers celles et ceux qui, comme nous et d’où qu’ils viennent, aspirent à un changement de cap, à une Europe refondée autant que tournée vers les besoins fondamentaux des peuples.

« Pour le dire encore plus précisément, la plupart de nos partis, par-delà des situations fort différentes, ont à trouver une réponse pertinente au problème que représente encore la social-démocratie au sein des gauches.

« Certes, les directions de ladite social-démocratie cogèrent ou appliquent un peu partout l’austérité. Elles en subissent d’ailleurs les sanctions électorales de plus en plus massives. Cela dit, elles conservent simultanément la capacité de bloquer l’émergence d’une alternative de rupture majoritaire à gauche. Ce qui s’avère d’autant plus paradoxal que les partis concernés se voient, dans de très nombreux pays du moins, traversés de soubresauts, de débats aigus. Ce pourrait être d’une aide précieuse pour battre le social-libéralisme qui menace partout la gauche d’une déroute sans précédent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

« La France en est un reflet. La politique libérale de François Hollande se révèle à présent minoritaire jusque dans son propre parti. C’est si vrai que ses projets de loi seraient mis en échec par sa majorité parlementaire si les institutions ne consacraient pas la prééminence quasi-monarchique du président de la République.

« Le Parti de la gauche européenne doit donc, de notre point de vue, porter une offre publique qui soit de nature à affirmer des mesures d’urgence de nature à rendre l’espoir aux peuples, aux salariés, à la jeunesse.

« Il lui faut, sur cette base, afficher l’ambition de rassembler le camp du travail autant que toutes les composantes de la gauche qui veulent, comme nous, que la gauche soit la gauche. Tout simplement…

« Chers Amis, Chers Camarades, Gauche unitaire, composante fondatrice du Front de gauche en France, a adhéré au Parti de la gauche européenne à l’occasion de son dernier congrès de Paris. Des échanges que nous y avons eus, tout au long des trois années écoulées, nous sommes sortis confortés dans l’idée qu’il revient à notre construction commune la mission d’être à l’initiative d’une démarche d’audace et d’ouverture.

« Une démarche d’audace et d’ouverture pour transformer les rapports de force au sein de la gauche européenne… Pour y rendre dominante l’orientation de radicalité que nous portons… Pour en changer le centre de gravité, c’est-à-dire la refonder dans son ensemble sur de nouvelles bases…

« Faisons donc des documents autour desquels nous travaillons les leviers d’une approche résolument offensive, les leviers d’une volonté commune de mettre dans le débat public, à commencer par celui des prochaines élections européennes, les propositions programmatiques et les initiatives propres à renverser la table. La candidature de notre camarade Alexis Tsipras est, de ce point de vue, à même de faire de notre PGE une force politique visible et attractive à l’échelle de toute l’Europe.

« Amis et Camarades, ceux qui avancent sont ceux qui, non seulement ne renoncent pas, mais savent rassembler.

« Alors, que vive le PGE pour que vive la gauche dans toute l’Europe ! »