La taxe sur les mouvements de capitaux n’aura qu’une incidence limitée sur la « régulation » des marchés, dès lors qu’une dizaine de pays seulement se montrent volontaires pour l’appliquer. Le pacte pour la croissance et l’emploi, outre son ampleur un peu dérisoire au regard de la gravité de la récession (il faudrait au moins injecter 1000 milliards dans les économies du continent), n’est le produit que d’une reprogrammation de crédits déjà existants et d’un futur emprunt dont personne ne connaît les modalités. Il n’aura, au demeurant, qu’une valeur juridique des plus limitées, puisque faisant l’objet d’une simple annexe aux conclusions du sommet. Quant au projet d’union bancaire, discuté par les chefs d’État et de gouvernement, le veto de Berlin a obtenu qu’il conserve intacts le statut et les missions de la Banque centrale européenne aussi bien que des banques centrales nationales.

RESTER OU NON DANS LE CARCAN DE L’AUSTÉRITÉ, VOILÀ LA QUESTION !

Reste, par conséquent, cette pièce-maîtresse que constitue le traité destiné à contraindre la zone euro et, au-delà, l’Union européenne dans son ensemble, à la « discipline budgétaire ». Celui qui entend interdire tout déficit structurel supérieur à 0,5% du produit intérieur brut. Celui qui, comme le disent si bien les « Économistes atterrés » (dans leur dernière contribution, L’Europe maltraitée, dont je recommande à chacun la lecture, tant elle fourmille de faits et d’arguments présentés avec une pédagogie rigoureuse), engage le continent dans « une forme d’austérité perpétuelle » tout en la menaçant « d’explosion de la zone euro » par l’accélération de la logique récessive qui prévaut actuellement. Celui en vertu duquel les bonzes de la Commission européenne devront se voir soumettre les projets de budgets nationaux avant même la délibération des Parlements et pourront, s’ils l’estiment bon, les amender, tout contrevenant à leurs exigences étant passible de lourdes pénalités sous l’autorité de la Cour de justice.

Il est, à cet égard, révélateur que le fameux « pacte de croissance » reprenne cette disposition en exhortant les gouvernements à se conformer, dans les plus brefs délais, aux règlements « two pack » qui la codifie. Et, plus encore, qu’il se vît assorti, par le Conseil européen, de recommandations fort libérales, portant en particulier sur « la viabilité des régimes de retraite », « l’ajustement structurel » des comptes publics, le renforcement des « taxes vertes et à la consommation » (autrement dit, de la fiscalité indirecte, la plus injuste qui fût puisqu’elle frappe les classes populaires avec le plus de brutalité), ou la libéralisation amplifiée des « entreprises de réseau » (termes qui recouvrent aussi bien les transports ferroviaires que l’énergie).

Qui croira, dans ces conditions, que l’Union européenne a engagé sa réorientation, comme l’a prétendu François Hollande à l’issue des travaux bruxellois ? Que l’existence d’un simple avenant sur la croissance, avec son impact volontairement limité, sera de nature à modifier qualitativement l’approche austéritaire du pacte de stabilité budgétaire ? Que le refus, proclamé avec force par le nouveau gouvernement français, d’inscrire la fameuse « règle d’or » dans la Constitution de la République desserrera en quoi que ce soit la contrainte du TSCG, dès l’instant la majorité socialo-écolo-radicale adhérerait à son article 3 qui stipule que ses règles « prennent effet dans le droit national des parties contractantes (…) au moyen de dispositions contraignantes et permanentes, de préférence constitutionnelles » ? Que lesdites « dispositions contraignantes et permanentes », qu’elles fussent incluses dans notre Loi fondamentale ou fasse l’objet d’une « loi organique » à la force juridique de toute manière supérieure à la loi ordinaire, n’obligeront pas nos gouvernants, à travers la perte de leur souveraineté, à mettre leurs pas dans ceux du pouvoir sarkozyste ? Qu’un Conseil constitutionnel profondément ancré à droite ne sera pas tenté d’exiger du président de la République qu’il convoquât le Congrès afin de procéder à une révision constitutionnelle instaurant le « Merkozy » pour l’éternité ? Que, surtout, les dernières décisions communautaires conjureront la catastrophe dont l’Europe tout entière se trouve menacée ?

MOINS D’UNE SEMAINE POUR QUE TOUT S’EFFONDRE…

Il n’aura d’ailleurs pas fallu une semaine avant que les prévisionnistes s’accordent sur la confirmation des tendances récessionnistes à l’œuvre partout (- 3,4% de croissance au Portugal, - 1,7% en Espagne, - 2,2% en Italie), à commencer par la France où le Premier ministre ne table plus que sur un essor de 0,3% cette année, et que l’Eurogroupe du 9 juillet doive aboutir au constat d’une impasse dont il n’espère guère sortir avant… l’an prochain. Le pacte de croissance, dont s’exalte le chef de l’État, ne relève que du « rooseveltisme lilliputien », affirme même un professeur de l’ESCP-Europe, tandis que les experts de Natixis constatent que, « au-delà des déclarations d’intention, il n’y a rien ». On ne saurait mieux dire… Le marasme pourrait, de surcroît, se transformer en cauchemar si les crises bancaires espagnole et italienne venaient à s’approfondir au cœur de l’été. Nul n’ignore, en effet, que les moyens à disposition du Fonds européen de stabilité financière comme du Mécanisme européen de stabilité n’excèdent pas 800 milliards d’euros, une goutte d’eau s’il fallait recapitaliser en catastrophe une série d’établissements bancaires menacés de faillite.

Pire, comme dans le même temps, les États italien et espagnol continuent à emprunter à des taux prohibitifs (respectivement 5,3% et 6,3%) sans que le dispositif adopté fin juin n’ait trouve le moindre début de concrétisation… Comme, faute d’intervention communautaire, c’est l’État ibérique qui doit lui-même consolider ses banques au prix d’une aggravation de son endettement… Comme la « Troïka » a bloqué toute aide à une relance en Grèce dans la mesure où les dirigeants d’Athènes ne savent plus comment saigner ce pays jusqu’à la dernière goutte pour appliquer le traitement de cheval qui leur est prescrit… Le scénario apocalyptique, conduisant inéluctablement à de nouveaux « sommets de crise », s’avère des plus probables.

Joseph Stiglitz, le célèbre prix Nobel d’économie, trouve une fois encore les mots justes pour qualifier les orientations des hiérarques de l’UE : « Il n’est aucun exemple d’une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse grâce à l’austérité. L’obstination de ses dirigeants dans l’ignorance des leçons du passé est criminelle. » Et c’est un autre économiste, très éloigné de l’approche sans cesse développée sur ce blog, Thomas Piketty en l’occurrence, qui résume le mieux le mécanisme infernal qu’a amorcé la monnaie unique, telle qu’elle a été conçue et gérée par les savants fous aux commandes de l’Europe : « Quand on a fait la monnaie unique, on s’est dit : au moins, il n’y aura plus de spéculation sur le taux de change. Et c’est vrai, on ne peut plus spéculer sur le taux du mark par rapport au franc, de la drachme par rapport à la lire. Sauf que ça a été remplacé par la spéculation sur les taux d’intérêt auxquels vous empruntez vos dettes publiques, et c’est une spéculation qui est encore pire que la première parce que, au moins, quand vous aviez une spéculation sur le taux de change, vous pouviez toujours desserrer les taux en dévaluant votre monnaie. Là, maintenant, les pays ont perdu cette arme de dévaluer leur monnaie pour relancer la machine, il n’ont pas non plus gagné en échange la stabilité financière d’emprunter à un faible taux. »

Comment mieux reconnaître que, dans les circonstances présentes, la crise de l’Europe capitaliste se concentre dans l’absurdité des missions attribuées à une Banque centrale à laquelle il est interdit de prêter directement aux États à des taux minimes, et dans le statut même de cette dernière, claquemurée derrière l’indépendance que les puissances publiques ont reconnue à ses gouverneurs. Si la zone euro venait demain à se désintégrer, ce que paraît anticiper la ministre finlandaise des Finances lorsqu’elle indique que son pays « ne s’accrochera pas à l’euro à n’importe quel prix », la faute en incomberait à ces apprentis sorciers qui, à sa tête, ne savent qu’ânonner des recettes libérales dont l’inefficience n’est pourtant plus contestable.

UNE TRAJECTOIRE QU’IL FAUT RECTIFIER D’URGENCE

La première faute de François Hollande est là : avoir, au sommet de Bruxelles, accepté la ratification du TSCG en contrepartie d’un miroir aux alouettes et, plus encore, s’être avancé dans l’évocation de sa version hexagonale, à savoir un plan massif d’assainissement des dépenses publiques. Une manière de « montrer aux Allemands » la bonne volonté de la France, selon Pierre Moscovici. Tous les discours des porte-parole de la majorité gouvernementale n’y pourront, pour ce motif, rien changer : une trajectoire se dessine, à rebours de ce pourquoi les Français ont voté au printemps, et elle pourrait très vite se traduire en un immense désastre politique et social.

L’audit des comptes publics, remis au gouvernement par le très socialiste premier président de la juridiction de la rue Cambon, Didier Migaud, quoi qu’il s’agisse d’une compilation plutôt laborieuse de tous les poncifs de la pensée économique dominante, aura au moins eu cette vertu de pointer où tout cela pouvait nous mener, à l’aune des prochains exercices budgétaires… À une austérité frappant l’ensemble des dépenses publiques, jusqu’à celles des collectivités territoriales et de la Sécurité sociale, donc à un nouvel affaiblissement de la solidarité dont peut encore bénéficier la majorité des Français, composée de salariés en proie à la précarité ou confrontée au recul constant du pouvoir d’achat… À la compression des effectifs de la fonction publique, renforcée du gel des rémunérations des agents de l’État, sous prétexte de stabilisation de la masse salariale, ce qui grèverait davantage des services publics déjà fort mis à mal ces dernières années… À un renforcement de la rationalisation des dépenses de santé, au nom du rééquilibrage des comptes sociaux… À un tour de vis calamiteux sur les investissements en matière d’infrastructures publiques, qu’elles fussent prises en charge par l’État ou par les collectivités territoriales, ce qui ne pourrait entraîner que des conséquences négatives sur une activité économique par ailleurs en berne… Au recours à l’augmentation de la fiscalité indirecte, celle qui touche l’ensemble de la population indépendamment des revenus de chacun, dans le prolongement de la TVA dite sociale décidée par les gouvernants précédents…

Et voilà que, très significativement, de la « conférence sociale » initialement censée illustrer un changement de méthode dans la relation entre le pouvoir politique et le monde syndical, vient de revenir en force un discours que l’on eût aimé définitivement enterré avec la déroute de l’UMP. Dorénavant, le président de la République et son Premier ministre psalmodient en chœur le mot « compétitivité », tout en vouant à leur tour aux gémonies le « coût » prétendument excessif du travail. Avec pour premier effet le possible dynamitage du principe sur lequel reposait, depuis la Libération, notre système de protection sociale. Derrière l’augmentation évoquée de la CSG, taxe profondément inique puisque calculée de manière proportionnelle et non progressive en fonction des revenus, dans l’objectif de compenser la baisse à l’étude des cotisations patronales, c’est une concession majeure aux exigences du Medef qui pourrait s’annoncer.

Les cotisations sociales étant, jusqu’alors, considérées comme du « salaire différé » restitué à la collectivité par les chefs d’entreprise, c’est à une nouvelle baisse du pouvoir d’achat du plus grand nombre que mènerait ce genre de mesures. Sans aucune garantie, soulignons-le, d’amélioration de la « compétitivité » des firmes françaises, puisque le recul des parts de marchés de ces dernières, lorsqu’il est vérifié, tient en premier lieu à ces logiques financières à court terme ayant conduit à faire baisser les investissements productifs, les dépenses d’innovation et de recherche, tandis que l’on se lançait dans des spécialisations pour le moins contestables.

La fermeture du site d’Aulnay en 2014, conjuguée à la suppression de 8000 postes de travail sur l’ensemble du groupe PSA, n’ont de ce point de vue rien à voir avec un problème de « coût du travail », dans un contexte où les ventes baisseraient et où les entreprises concernées afficheraient de trop importantes « surcapacités ». Comme en atteste une série d’études émanant en particulier des syndicats, elle procèdent d’une volonté cynique et délibérée de donner un énième tour de vis aux coûts de production, en saturant un nombre plus réduit de sites produisant à moindre frais, le but restant, aujourd’hui autant qu’hier, d’accroître toujours davantage les dividendes des actionnaires. Et ce, alors que le groupe a, en quatre ans, perçu la bagatelle de cinq milliards d’aides publiques de toute nature…

Dit autrement, alors que les plans de licenciements ou de délocalisations tombent comme à Gravelotte, risquant de coûter au pays des centaines de milliers d’emplois à brève échéance, y compris pour des entreprises aux bénéfices florissants comme Sanofi, qui peut sérieusement prétendre que la diminution du sacro-saint « coût du travail » suffira à les interrompre, alors qu’ils se fondent sur une course au profit financier dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée par la crise ? Rien ne justifie donc, lorsque l’on a promis le changement tant attendu de la population, de donner un tel écho à l’une des plus vieilles revendication du patronat, en envisageant le transfert d’une part élargie des cotisations sociales sur des contribuables peinant à joindre les deux bouts. Ce ne serait rien d’autre qu’un nouveau cadeau à des possédants repus... Un renoncement des plus symboliques devant le projet libéral, consistant à pénaliser toujours la « demande », le peuple pour le dire vite, afin de favoriser « l’offre », le capital pour faire simple, ce dernier étant supposé disposer seul de la faculté de doper le développement économique pourvu qu’il y trouve son compte...

LA CONFRONTATION… OU LE SUICIDE

Si l’on veut enrayer cette spirale mortifère - qui faisait dire récemment à Michel Rocard lui-même que « le capitalisme vit une crise suicidaire pour l’humanité » - le réalisme commande de ne pas se dérober à la confrontation avec l’aristocratie de l’argent, la technocratie de l’Union européenne, les zélateurs de l’austérité se suffisant à elle-même, les grands-prêtres de l’Inquisition libérale et libre-échangiste regroupés autour du pouvoir conservateur allemand. Il ne s’agit évidemment pas de reprendre, en l’état, les débats de la présidentielle et des législatives. Le Front de gauche, pour ce qui le concerne, n’a rien à retrancher à ce qu’il mit au cœur de son programme, L’Humain d’abord. Les électeurs n’en ont pas moins accordé une majorité absolue aux représentants du Parti socialiste et décidé, ce faisant, des équilibres à l’intérieur de la gauche. Reste pour autant un constat, qui peut être largement partagé par-delà des désaccords qui n’ont aucune raison d’être effacés : on ne pourra relever un défi historique, celui dont parle à sa manière Michel Rocard, sans oser opposer la volonté politique et l’intérêt général à l’avidité irresponsable des marchés.

Ce qui passe, en tout premier lieu, par l’adoption immédiate de dispositifs d’autodéfense telles l’interdiction des licenciements boursiers ou la décision d’un moratoire suspensif sur les plans de suppressions d’emplois, assortis de l’ouverture pour les salariés de nouveaux droits. Droits à opposer, par exemple, dans le cadre de leurs comités d’entreprise, un veto à des décisions que seul l’intérêt des actionnaires motive, ou encore à reprendre les boîtes menacées de délocalisations ou de restructurations sous forme de coopératives ouvrières.

Au-delà, les premières mesures structurelles à même de conjurer la catastrophe n’ont rien de mystérieux, des voix s’élevant un peu partout pour reconnaître qu’elles deviennent chaque jour plus indispensables. Elles portent d’abord sur la renégociation dans l’urgence de la place et du rôle de la Banque centrale européenne, ainsi que de la remise sous contrôle public des banques centrales nationales, afin de faire face aux assauts spéculatifs de la finance. Elles exigent la formation de pôles publics bancaires dans chaque pays, pour recouvrer la maîtrise du crédit et le réorienter vers l’emploi, l’investissement, les PME, le financement de la grande transition écologique qu’appellent les économies, un nouvel essor des services publics. Elles requièrent une révolution fiscale d’une envergure au moins équivalente à celle qui, dans les années 1930, aux États-Unis, avait permis de dompter les marchés et de taxer le capital - y compris au moyen de dispositions confiscatoires -, tout en redistribuant les richesses. Elles supposent, enfin, de fonder la relance de l’activité sur l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre, ce qui implique tout à la fois d’encourager des politiques audacieuses de sécurité sociale professionnelle, de santé, d’éducation ou de logement, tout en donnant un un coup de fouet à la consommation populaire grâce à l’augmentation, substantielle et non cosmétique, des salaires et des pensions.

J’entends déjà l’objection : il n’est pas de recettes magiques pour s’extraire du chaos qui menace. Sans doute… Il n’empêche que c’est l’indétermination et le reniement, l’acceptation de règles imposées par les privilégiés de la naissance et de la fortune qui ont toujours nourri les pires drames. Jamais l’audace et la radicalité, laquelle consiste à traiter le mal à la racine… Si j’évoquais Roosevelt et son New Deal à l’instant, ce n’est certainement pas pour y trouver un modèle - il n’est pas de capitalisme « moral » qui pût répondre, sur la durée, aux besoins fondamentaux de l’humanité -, mais parce que ce n’est pas faire preuve d’un bolchevisme échevelé que de prétendre qu’on peut venir à bout du burn-out généralisé comme de la pression des fonds d’investissement, des banques et des actionnaires, à condition d’opter pour le courage et de s’appuyer sur l’intervention des peuples.

TOUT COMMENCE PAR LE REFUS DU TRAITÉ AUSTÉRITAIRE

C’est la raison pour laquelle tout commence par le refus de ratifier le pacte budgétaire européen. Rien n’obligeait, en réalité, à accepter un texte qui entend graver dans le marbre la baisse constante des dépenses sociales, tout en conférant à une minuscule caste de bureaucrates à la solde des marchés le pouvoir exorbitant de décider, en lieu et place des élus du peuple, des budgets nationaux et des moyens dévolus à la protection sociale. À preuve, le 28 juin, il aura suffi que Madrid et Rome fassent mine de se rebeller pour que la chancelière d’outre-Rhin accepte d’assouplir les conditions de l’aide apportée aux États pour le rachat de leurs dettes. C’est dire si les représentants de la France, forts de la légitimité que leur procure leur toute récente élection, se faisant l’écho de la colère qui monte de tous les pays du continent (et dont les mineurs espagnols sont les derniers en date à nous avoir donné la mesure), et entendant ne pas souscrire à des orientations qui amènent la zone euro et l’Europe entière à leur perte, eussent pu obtenir que tout fût remis à plat.

Le président de la République n’a pas voulu, ou pas cru qu’il pouvait, jouer cette carte. Il ne saurait toutefois, à présent, imposer un choix contraire aux engagements grâce auxquels il l’a emporté le 6 mai. Il ne peut ignorer sa promesse solennelle de campagne de « renégocier le Pacte budgétaire ». Il ne peut contraindre sa majorité parlementaire à le suivre, en arguant de sa solidarité avec l’exécutif, sans soumettre au verdict populaire un texte qui engage l’avenir sans retour en arrière possible. Ce serait se comporter comme son prédécesseur, qui avait fait ratifier par le Congrès un traité de Lisbonne reprenant l’essentiel du traité constitutionnel européen, en piétinant du même coup le résultat du référendum de 2005. Et si, d’aventure, c’était par pessimisme sur le rapport de force dont il disposait que François Hollande avait fini par s’incliner à Bruxelles, il lui suffit maintenant de consulter le peuple sur ce « super-Maastricht », et il bénéficiera d’un poids accru pour rouvrir les négociations. En y consentant, il s’illustrerait non seulement par un acte démocratique fort, mais il apporterait une contribution essentielle à la réorientation de l’Europe, tout en émettant un signal d’espoir en direction des peuples des pays voisins.

Toute la gauche est désormais au pied du mur. En quelques mois, c’est le destin d’un pays et de ses citoyens qui peut basculer. Dans un sens ou dans l’autre. Un débat doit, par conséquent, s’ouvrir entre toutes les composantes du camp progressiste, avec les organisations du mouvement social, devant l’opinion. Jusqu’au Parti socialiste où certaines voix, telle celle de Marie-Noëlle Lienemann, ont commencé à se faire entendre pour récuser la tentation fatale du reniement.

Le Front de gauche s’est, depuis sa création, donné pour mission de permettre à la gauche de se hisser à la hauteur des enjeux auxquels elle doit impérativement répondre. Il a vocation à se situer aux avant-postes des affrontements qui viennent, aux côtés de tous ceux et toutes celles qui voudront avec nous s’y préparer à gauche. Il veut, plus que tout, que le changement soit au rendez-vous des prochains mois, et que la victoire de la gauche ne s’achève pas en Bérézina. Il se doit donc, maintenant, d’être l’artisan d’une confrontation démocratique essentielle, du rassemblement indispensable pour arracher un référendum si François Hollande persistait dans la ratification du traité budgétaire et pour, au moyen d’un « non » déterminé, donner aux élus du printemps le mandat d’œuvrer à une remise à plat générale de la construction européenne.