Les communistes viennent de se prononcer sur leur choix pour l’élection présidentielle. À 53,52%, les 40 943 militantes et militants (72% des inscrits) s’étant exprimés ont opté pour le soutien à Jean-Luc Mélenchon, dans le cadre d’une campagne autonome et sans intégrer la « France insoumise ». Ce vote engage désormais le PCF.

Celles et ceux qui me suivent ici savent que j’avais, pour ma part, défendu l’autre option, majoritaire à la conférence nationale du 5 novembre, d’une candidature issue des rangs communistes. Une candidature devant porter les propositions autant que la démarche de rassemblement qui viennent aujourd’hui, remarquons-le, d’être confirmées à 92% des votants. Si la majorité qui s’est dégagée du vote de ces trois derniers jours s’impose à toutes et à tous, si le souci d’unité doit maintenant prévaloir de la part des différents points de vue, je n’ai évidemment pas changé d’avis sur l’impasse que représentent, à mes yeux, l’approche et la visée politiques défendues par Jean-Luc Mélenchon.

Ce dernier devrait d’ailleurs enregistrer avec lucidité ce que vient de mettre à jour le débat au sein du PCF. Alors qu’en vue du scrutin de 2012, les communistes avaient choisi à presque 60% d’entrer en campagne en faveur de celui qui portait alors les couleurs du Front de gauche, le vote de cette année se révèle plus serré. Beaucoup plus serré...

Ce qui, je le soulignais dans mon dernier post, démontre que l’on ne construit jamais de dynamiques conquérantes en tournant le dos aux constructions collectives, en ignorant les dangers guettant le peuple français (en l’occurrence celui de voir l’élection cardinale de nos institutions se dénouer en un affrontement entre une droite ultraréactionnaire et une extrême droite en marche vers le pouvoir), et en méprisant des aspirations sans cesse renaissantes à gauche (je veux, tout particulièrement, parler du besoin d’union de toutes les énergies voulant reconstruire une perspective de progrès après cinq années d’un quinquennat calamiteux).

De ce point de vue, il serait bien imprudent que les supporters de Jean-Luc Mélenchon se fient par trop à des enquêtes d’opinion pour l’instant flatteuses. Les secousses qui agitent régulièrement notre vie publique ne cessent en effet d’illustrer le décalage devenu abyssal entre le monde des communicants ou des instituts de sondages et la perception qu’ont les Français de la réalité et des offres politiques qu’on leur affirme incontournables.

Ne serait-ce que pour ce motif, le choix sorti en tête des votes communistes ce 26 novembre ne peut ni valoir approbation de la ligne de conduite du candidat Mélenchon, ni entraîner un quelconque renoncement au droit (je devrais plutôt évoquer un devoir) de critiquer, chaque fois que nécessaire, ce qui peut apparaître dangereux dans ses orientations ou prises de position. Pour ce qui me concerne, en tout cas, je ne dérogerai pas à ces principes…

Attendons, à présent, quelles que soient les divergences avec lui, de voir si et comment Jean-Luc Mélenchon tiendra compte de la volonté des communistes de demeurer indépendants de la « France insoumise », respectera en conséquence la pluralité de ses soutiens, et saura en tirer toutes les conclusions sur le respect dû à chacun à l’occasion d’élections législatives dont les enjeux seront tout aussi décisifs que ceux de la présidentielle.

Faisons, dans le même temps, en sorte que se concrétise par des actes d’ampleur la décision confirmée des communistes de poursuivre, jusqu’au dernier instant, la bataille pour le rassemblement d’une gauche d’alternative à la soumission au néolibéralisme. Parlons, sur ce point, sans détours : le soutien dorénavant officiel à Jean-Luc Mélenchon ne saurait être compris, de millions d’hommes et de femmes, comme un coup d’arrêt à la seule démarche qui peut encore empêcher que notre camp social et politique se trouve pulvérisé pour de très longues années. La rencontre nationale, annoncée pour le 10 décembre, dans l’objectif de faire progresser le dialogue entre toutes les forces disponibles à un travail commun en faveur d’une nouvelle majorité de progrès, n’en revêt qu’une plus grande importance.

Un moment fort de débat vient de s’achever dans la seconde composante historique de la gauche. Alors que les affrontements d’égos et les logiques d’appareils ne cessent d’éloigner les citoyens de la politique, il vient d’administrer une belle leçon de démocratie militante. S’ouvre maintenant le temps de la vigilance et, plus encore, de l’engagement à tout mettre en œuvre afin qu’il demeure, dans l’avenir, une gauche dans ce pays. Un engagement à faire vivre… envers et contre tout.