Revenons-en au point par lequel j’ai commencé cette note. S’il est un événement à retenir du congrès communiste, c’est bien l’ample majorité qui se sera dégagée, des conférences fédérales à l’assemblée des délégués à La Défense, autour de la ligne du Front de gauche. « Tout était joué d’avance », me diront certainement les Cassandre ne sachant afficher que mépris pour cette famille politique. Même mon ancien camarade Krivine ne manque jamais, dans le journal du NPA, une occasion de rejoindre cette cohorte minable. Sans doute, la direction s’était-elle engagée en ce sens, et cela permit la tenue du « sommet » PCF-PG-GU du 9 juin. À ceci près que, cette fois, les équilibres étaient plus qu’incertains à l’ouverture du congrès. Ceux qui assistèrent aux travaux, au premier rang desquels mes camarades de Gauche unitaire, l’auront parfaitement ressenti. Au moins deux courants plaidaient pour un changement radical de politique : l’un, issu de ce qu’il demeure de la mouvance « huiste », combat avec l’énergie du désespoir en faveur du retour à la politique si longtemps pratiquée d’union avec le Parti socialiste ; l’autre se revendique de « l’identité » du parti. Et il faut noter que les deux sensibilités furent un moment tentées de s’allier au nom du refus de la « liquidation » du PCF.

L’orientation du Front de gauche confirmée

À ces tentations, qui eussent conduit le PCF dans une nouvelle ornière, la résolution sortie du congrès oppose cinq pistes de travail : « Lancer un appel à un riposte amplifiée à la politique de la droite, contribuer aux luttes et à l’action, permettre une véritable appropriation citoyenne du Front de gauche, construire un pacte d’union populaire pour réussir le changement, transformer le PCF pour être utile pour changer la vie du peuple. » S’agissant spécifiquement du Front de gauche, les conclusions du « sommet » du 9 juin se trouvent validées par la proposition d'un débat large sur le projet à co-élaborer par les composantes du Front de gauche, dans le cadre d’une démarche « ouverte à tous ceux et celles qui le souhaitent » et adossée à « des milliers d’espaces ancrés au cœur des mobilisations sociales ». Le processus devrait être lancé à la Fête de l’Humanité.

Il importe également de souligner, ce qu’auront négligé les commentaires de la presse, que les échéances électorales des deux prochaines années n’auront pas été esquivées. La discussion est, dès à présent, publiquement lancée sur 2012. Et l’option manifestement retenue est bien celle d’une présence du Front de gauche à la présidentielle et aux législatives : « Pour l’élection présidentielle, la candidature pourra soit être issue de l’une des formations du Front de gauche, soit être issue du mouvement social et partager les objectifs du pacte (d’union populaire, NDLR). Ce débat doit être mené sans préalable ni exclusive. Dans cette perspective, des personnalité-e-s communistes sont légitimes à s’engager comme candidat-e potentiel-le pour porter l’originalité de cette ambition. » Ce sera au congrès du printemps 2011 de désigner « le ou la candidate soutenu-e par le PCF ».

Un débat sur l’avenir même du PCF

Au-delà, le PCF affronte une réflexion multiforme sur sa stratégie et ce qui caractérise à ses yeux la visée communiste, donc sur le devenir du parti. Le vote des assemblées fédérales l’atteste, l’immense majorité des adhérentes et adhérents exprime l’opinion qu’il n’est aucune issue dans le repli sur le seul pré-carré du parti. Il est vrai que la question de l’alternative à gauche ne s’est pas posée depuis longtemps avec une telle acuité, la crise capitaliste confrontant le continent européen au spectre d’authentiques désastres et les orientations sociales-libérales affichant leur servilité envers les marchés financiers. Ils manifestent également une grande lucidité sur le fait que leur satellisation par le PS aboutirait immanquablement à un déclin accéléré, voire à une disparition pure et simple (l’aventure du mouvement de Robert Hue pour les régionales en aura fait, à son corps défendant, la démonstration). Ils ne sont, toutefois, pas prêts à envisager un dépassement de leur formation dans une construction plus large, fusse sous la forme d’un Die Linke à la française.

Cela dit, la dynamique politique du Front de gauche, même encore limitée, en se conjuguant à la crise d’identité et de perspective qui agite le PCF depuis de longues années, pose la question nodale de l’articulation entre engagement unitaire et affirmation propre du parti. Ce n’est pas un hasard si le travail sur « la transformation du PCF », second point de l’ordre du jour de ce 35° Congrès, se révèle si chaotique. La résolution adoptée par ce dernier fixe au prochain congrès, dans un an, les objectifs d’un « important travail sur le projet communiste », d’un changement de « nos pratiques pour devenir le parti de la démocratie, de la coopération et de l’action militante » et d’une modification des statuts. Chacun voit cependant bien que toute avancée sur ces points dépendra étroitement de l’élan nouveau que doit trouver le Front de gauche. D’ailleurs, significativement, le texte du congrès lie l’élaboration du projet du parti à la nécessité d’« irriguer cette construction commune »

J’ai tenu à revenir, sur ce blog, sur le congrès communiste. J’en suis convaincu, de l’issue des débats qui agitent le parti, dépend largement l’avenir même de la gauche. Non que, autour de son seul drapeau, le PCF puisse encore imaginer incarner un nouveau chemin pour cette dernière. D’où l’importance de cette construction pluraliste, à étendre et à enraciner, qu’est le Front de gauche. Mais, en retour, pour ceux du moins qui aspirent à voir une orientation de rupture devenir majoritaire à gauche et dans le pays, il ne subsisterait vite qu’un champ de ruines si l’on prétendait ignorer l’enjeu de ce qui se joue de ce côté de l’échiquier politique.

En rentrant de La Défense, dimanche après-midi, je relisais un passage de mon dialogue avec Marie-Pierre Vieu (Le Trotsko et la Coco, éditions Arcane 17). Je crois ne pas m’être trompé lorsque je disais : « Longtemps, le Parti communiste a pensé qu’il pouvait incarner seul toute la gauche de contestation du capitalisme, qu’il pouvait être le cœur ou le centre de gravité de la reconstruction et que c’était autour de lui que les forces de transformation devaient s’organiser. Je n’y ai jamais cru et c’est l’une des raisons pour lesquelles je ne suis plus au Parti communiste depuis quelques décennies. Cela ne m’empêche pas de considérer, en dépit des préventions et critiques qui s’expriment souvent dans la gauche alternative, que le Parti communiste représente une histoire, un héritage qui a façonné la gauche et le mouvement ouvrier de ce pays. Le PCF peut connaître un certain déclin, il continue de conserver une expérience militante inégalée, une implantation locale toujours importante, un enracinement social tout à fait essentiel. Cela en fait une réalité incontournable pour la reconstruction d’une perspective politique. Les divergences existent, parfois importantes, et elles ne s’effaceront pas d’un coup de baguette magique. Je n’en suis pas moins persuadé qu’on ne reconstruira rien sans tenir compte de cette tradition, de cet apport spécifique des communistes. Avec leur part lumineuse et leur part d’ombre, dont il faut savoir débattre. »

En cet instant charnière, notre Gauche unitaire entend bien donner son point de vue sur les questions essentielles abordées. D'ailleurs, le document qui sortira de sa propre conférence nationale qui, ce week-end, préparera notre premier congrès à la fin 2010, devrait en être l'un des vecteurs.