Point un, il me paraît impératif – je dis bien impératif ! – que le Front de gauche ait une candidature à cette consultation capitale, dans l’esprit même qui l’amena à se présenter rassemblé aux européennes puis aux régionales, et comme il devra adopter une posture unifiée pour les cantonales et les sénatoriales de l’an prochain. Toute autre attitude nous mènerait collectivement à un désastre aux conséquences bien pires que l’échec de la tentative unitaire de 2006-2007 : l’espoir que nous avons contribué à réveiller au sein du « peuple de gauche » ne s’en relèverait pas…

Point deux, avec mes camarades de Gauche unitaire, je suis chaque jour plus convaincu qu’il faut en finir avec les mécanismes plébiscitaires de la V° République et avec la personnalisation délétère de notre vie publique, donc que c’est un « paquet » qu’il nous faudra imaginer pour 2012, présidentielle et législatives liées, avec pour principale carte de visite la volonté, non seulement de répondre à l’urgence sociale, mais de passer au plus vite à une VI° République rétablissant le principe de souveraineté du peuple, autrement dit la prééminence des Assemblées à tous les niveaux.

Point trois, je suis favorable au fait que l’alliance PCF-PG-GU, élargie dans les conditions esquissées lors du "sommet" du 9, appréhende sans tabous ni faux-fuyants, dans le même mouvement qui la verra construire son programme partagé (comme nous en avons décidé le 9 juin), le problème de celui ou de celle qui portera nos couleurs à ce moment.

Point quatre, si le temps n’est pas encore venu de procéder à ce choix, dans le cadre d’une campagne qui devra obligatoirement être conduite de manière collégiale, je ne vois pour ma part aucun obstacle à aucune candidature, qu’elle s’esquisse dès à présent ou qu’elle surgisse par la suite.

Point cinq, Jean-Luc a d’incontestables qualités à faire valoir pour faire acte de candidature, même si d’autres postulants pourront, demain peut-être, justifier d’autres atouts.

Point six, il n’existera, l’instant venu, que trois critères pour arrêter notre décision : la compétence à porter la plate-forme commune du Front de gauche ; la capacité à faire entendre une voix forte dans un concert politique qu’écrasent traditionnellement les deux ou trois « présidentiables » adoubés par les élites et les commentateurs en vogue avant même que le peuple se fût exprimé ; l’aptitude à fédérer toutes les composantes de la campagne et à mettre en pleine visibilité une diversité qui sera, in fine, la force motrice de notre bataille.

Question de méthode

Une fois tout cela dit, que l’on me permette une remarque de méthode. Je n’ai pas pour habitude d’attaquer les journalistes, de les stigmatiser ou de les insulter, ayant pour eux respect et affection (du moins, tant qu’ils demeurent dans les « clous » de la charte déontologique héritée de la Libération). J’ai trop longtemps dirigé une rédaction, celle de Rouge en l’occurrence, pour m’aventurer sur un terrain que je sais par nature glissant pour la démocratie. J’ai trop souvent pesté contre mes camarades dirigeants de l’ex-LCR lorsqu’ils se croyaient autorisés à faire la leçon à des journalistes ayant exercé leur droit de critique envers la politique du parti : comment prétendre que l’on a tiré tous les enseignements de la dérive liberticide des tentatives passées de changement révolutionnaire, si c’est pour nier pratiquement le droit des professionnels de la presse à laisser libre cours à leur subjectivité, dès lors bien sûr que celle-ci ne contrevient pas à la vérité des faits ? La presse est, ou plutôt elle devrait être, un contre-pouvoir d’autant plus précieux que son indépendance et son pluralisme se trouvent aujourd’hui remis en cause par un régime et de grands groupes financiers foulant ces principes au pied pour mieux hâter l’hyperconcentration, qu’ils appellent de leurs vœux, de ce secteur d’activité.

Cela dit, je ne peux que m’émouvoir que mon interlocuteur de « lexpress.fr » ait omis, lorsqu’il me joignit par téléphone, de m’informer qu’il procédait à un entretien en bonne et due forme, et non à l’une de ces conversations que les responsables politiques ont chaque jour avec des journalistes soucieux d’étayer leurs papiers. Donc, de retrouver des propos, qui n’ont pas été les miens et se révèlent pour le moins sommairement résumés, sous une forme question-réponse, sans qu’il m’ait été possible de relire l’entretien, ainsi que cela se fait habituellement.

L’affaire est évidemment de peu d’importance, s’agissant du sujet sur lequel je viens à l’instant de revenir. Il n’empêche ! Faut-il donc qu’en lieu et place d’argumentations raisonnées, de celles qui honorent le débat d’idées et contribuent à redonner ses lettres de noblesse à la politique, nous, responsables politiques et élus, soyons – volontairement ou à notre insu – entraînés dans la spirale sans fin des petites phrases et des polémiques gratuites ? N’y avait-il vraiment rien d’autre à retenir du « sommet » du Front de gauche, pour que l’on imagine que ses trois composantes passent leur temps à se jeter mutuellement des peaux de bananes ? Il suffisait toutefois d‘observer le sérieux et le caractère responsable de cette rencontre pour comprendre que nous ne faisons assaut d’aucune démagogie lorsque nous disons, Marie-George, Jean-Luc ou moi-même, que nous avons la haute ambition de conquérir à nos idées une majorité à gauche et dans le pays…

Tournons la page… L’article de « lexpress.fr » est, a minima, un travail hâtif, dont je ne blâme pas l’auteur (je sais dans quelles conditions et souvent dans quelle précarité lui et ses confrères doivent œuvrer), mais dont je considère qu’il est de nature à altérer le crédit des organes d’information en général. Du pain-bénit pour les entreprises initiées, sous un sarkozysme qui emprunte de plus en plus volontiers ses méthodes au berlusconisme voire au poutinisme (on le voit en ce moment à propos de la recapitalisation du Monde), pour enrégimenter la presse et encadrer le droit à l’information.

J’écris ces lignes alors que je suis en route pour Clermont-Ferrand, où je dois animer une réunion publique de notre Gauche unitaire auvergnate. Je viens juste de lire, dans Libération, une tribune où Jean-François Kahn, pointant le danger de « la disparition de toute presse réellement ou totalement indépendante », invite la profession à se repenser « radicalement – style, langage, fonctionnement, financement, rapports internes, structures d’organisation, de diffusion, d’intervention – pour préparer la reconquête de tout le terrain perdu en matière de pluralisme, d’indépendance et de liberté ». Bien vu !