Par une « note » du comité exécutif adressée aux comités du parti, j’ai ainsi appris que, avec les fondateurs de la Gauche unitaire, je m’étais en quelque sorte « auto-exclu » du NPA, et même que j’aurais participé à une sorte de machination ourdie par le Parti communiste et le Parti de gauche. Rien que cela ! Comme si cela ne suffisait pas, sur Internet ou par le truchement d’autres canaux, circulent dénonciations mensongères, insultes, calomnies… Sans parler de menaces personnelles dont certains responsables de la Gauche unitaire sont directement l’objet...

Il se trouve même deux personnages - je ne les nommerai pas, par souci de ne pas engager avec eux une querelle qui nous déporterait sur le terrain  qu’ils ont choisi, celui du caniveau -, l’un étant un éminent membre du comité exécutif du NPA (qui fut en son temps porte-parole de la campagne de José Bové et expliquait à cette occasion qu’il convenait de « faire de la politique autrement »), pour expliquer que je n’aurais jamais été membre du NPA, ayant adhéré le jour du congrès de dissolution de la LCR et m’étant de ce fait privé du droit de vote dans les discussions préparatoires au congrès constituant du nouveau parti. Chacun peut vérifier le caractère mensonger de ces affirmations auprès du comité auquel j’appartiens et dans l’assemblée duquel j’ai dûment voté, à jour de ma cotisation, le samedi 17 janvier ! Les mêmes de « révéler » encore, à qui veut bien écouter leurs imprécations, que je serais une sorte de chef d’orchestre maléfique, entouré de quelques comparses ou affidés, qui se chargeraient en mon nom des basses besognes lorsque j’aurais décidé de me tenir en retrait. Tout cela pour délivrer finalement, à mon encontre autant qu’à celle de mes camarades, une Bulle que l’on dirait inspirée par quelque théologien du Vatican, en vertu de laquelle Gauche unitaire est décrétée « mouvement politique qui combat le NPA », ses membres se mettant, est-il dit, « eux-mêmes en dehors du NPA ». Une formule, chacun en conviendra, qui rappelle celles dont usaient les maîtres du Kremlin à l’époque du stalinisme éradicateur de toute opposition dans le parti…Triste ironie de l’histoire que de la voir à la lettre reprise au sein d’une famille politique lointainement issue de l’opposition trotskyste aux perversions bureaucratiques de l’idéal révolutionnaire…


Où s’arrêtera ce torrent de haine ? Ira-t-on, comme on le fit au Parti communiste pour Pierre Juquin, en un temps où le pluralisme n’y était pas vraiment de mise (c’était en 1988), jusqu’à me jeter des orties lorsque l’on me croisera dans une manifestation ou lors d’une réunion ?

Il n’est pas dans mon intention d’entrer dans le petit jeu des polémiques stériles ou des outrances fratricides. Si d’aucuns veulent se livrer à ces entreprises délétères, ils le feront sans moi. Je n’ai pas d’ennemi au sein de la gauche de gauche, et certainement pas du côté du parti que ma tradition d’origine, la LCR, a initié. Mieux, jusqu’au dernier instant, je m’efforcerai de convaincre celui-ci que l’isolement, le sectarisme et le repli sur sa boutique sont la pire des attitudes.


Dans l’interview que j’ai accordée à Libération, ce 27 mars, j’ai de ce point de vue voulu exhorter mes camarades à faire preuve de plus de retenue. J’ai surtout voulu leur rappeler que nous avions jusqu’alors, eux et moi, pour culture commune de considérer que les différends politiques devaient se régler par le débat de fond, et surtout que le gage de la démocratie dans un parti était le respect des statuts (ceux du NPA stipulent que les exclusions sont du ressort des seuls adhérents qui doivent se prononcer par un vote, non d’une « note » d’un comité exécutif).


C’est d’ailleurs avec le même objectif que le bureau national de la Gauche unitaire vient de s’adresser au conseil politique national du NPA disponible sur le site de la Gauche unitaire : www.gauche-unitaire.fr)

En nous engageant dans le Front de gauche, mes camarades et moi-même ne sommes entrés dans aucun complot. Les visions policières de l’histoire n’ont jamais rien expliqué. Pire, elles ont conduit aux pires tragédies. Ceux du NPA qui ont, comme moi, construit de longues années durant la LCR, le savent mieux que d’autres. Simplement, nous ne pouvions accepter que soit délibérément détruite une nouvelle opportunité de voir la gauche de transformation se rassembler pour une échéance électorale majeure.

Libre à qui voudra d’expliquer que l’on peut faire émerger une alternative, dans un pays comme la France, en ignorant le suffrage universel. Quiconque disposant d’un minimum de sens politique sait parfaitement que les européennes vont être le théâtre d’une confrontation intense. Parce qu’elles seront les premières élections nationales depuis 2007. Et parce qu’elles vont nécessairement porter, tout à la fois, sur les réponses à la crise de l’ordre capitaliste mondialisé, sur les moyens de sortir l’Europe de l’impasse où l’ont menée les dogmes ultralibéraux, sur la sanction qu’il s’impose d’infliger à M. Sarkozy grâce à un véritable vote de gauche, décomplexé, audible et crédible. En allant jusqu’au bout de notre refus de la logique de division pour laquelle a, en toute connaissance de cause, opté la direction du NPA, nous avons fait ce qu’un parti avant tout soucieux de l’intérêt du plus grand nombre eût dû faire. Point barre !


Il faut une traduction politique aux mobilisations populaires. Cette dernière ne peut émaner d’une seule force, si populaire fût son leader… Au fil de mes lectures, je vois que d’aucuns croient intelligent d’illustrer la ligne du NPA en lui prédisant un score mirifique de 10% et en vouant le Front de gauche à un résultat calamiteux. L’électoralisme n’est décidément pas l’apanage de ceux que nos révolutionnaires patentés accusent généralement d’illusions « parlementaires ». À supposer qu’Olivier Besancenot et ses amis obtiennent 10%, comme ils disent l’espérer, et que le reste de la gauche de transformation en totalise autant, en quoi le total des voix obtenu (aux alentours de 20%, si l’on en croit toujours les sondages) permettra-t-il de franchir un pas qualitatif dans la construction d’une alternative digne de ce nom ? Comme toujours, l’éparpillement aura signé l’impuissance et l’irresponsabilité de la gauche de gauche. Seul le rassemblement, sans rien ignorer des spécificités de chacun, est de nature à ouvrir une dynamique politique. 


Au fond, l’enjeu de la controverse qui vient de naître est simple. C’est une conception de la politique qui se révèle en jeu. Désigner des « complots » initiés par d’autres formations a obligatoirement pour conséquence de transformer des partenaires potentiels en adversaires déloyaux, donc de durcir délibérément les relations avec eux. Traiter les désaccords de stratégie par l’injure ou la calomnie aboutit à détruire les fondements du projet que le NPA affirme vouloir porter – et auquel, pour ma part, je demeure fidèle – celui d’une refondation démocratique autant qu’anticapitaliste de la gauche. A-t-on réellement besoin de cela à l’heure où droite et patronat se mettent en position d’affronter avec la dernière brutalité le mouvement social ?

Pour résumer, que tendent à renaître certaines mœurs détestables représente une menace si grave pour l’avenir même des confrontations à gauche, qu’il fallait toutes affaires cessantes tirer le signal d’alarme… Je reproduis ci-dessous l’entretien accordé à Libération.

NPA: «Cela rappelle le temps des procès de Moscou»

INTERVIEW

Christian Picquet, chef de file des «unitaires», dénonce les méthodes visant à l’exclure du parti de Besancenot

Recueilli par MATTHIEU ÉCOIFFIER

Christian Picquet, chef de file de la minorité «unitaire» de la LCR, voulait défendre la tradition pluraliste de l’ex-Ligue communiste révolutionnaire au sein du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Après avoir été écarté de la direction politique du parti d’Olivier Besancenot, il a fondé l’association Gauche unitaire et rejoint le Front de gauche aux européennes avec le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon et le PCF. Dans Libération, il rejette son exclusion du NPA. Ironie du sort, Christian Picquet sera candidat en juin en troisième position sur la liste du Front de gauche en Ile-de-France face à Olivier Besancenot, en troisième position sur la liste du NPA.

Etes-vous toujours membre du NPA ?

Je ne ferai pas campagne pour le NPA, qui refuse le rassemblement de la gauche de gauche pour ces européennes. Point barre. Où la logique de l’esprit de parti va-t-elle s’arrêter ? A la LCR, on traitait les divergences par la discussion politique. Pas en se désignant des «ennemis». Ces jours-ci, nous recevons des menaces et des insultes sur nos portables du type : «Vous êtes pas mal dans vos baskets d’aller chanter la Marseillaise avec Marie-George Buffet au Zénith ?», «On va pas être aussi patients avec vous que les vieux trotskistes». Cela suffit. Cela rappelle le «Fusillez ces chiens enragés» des staliniens au temps des procès de Moscou.

Etes-vous formellement exclu du NPA ?

Il y a eu une «note» du comité exécutif suggérant que nous nous serions de nous-mêmes «mis en dehors du parti».La constitution de Gauche unitaire y est même présentée comme une opération du PCF et du PG contre le NPA ! C’est la veille théorie du complot. Mes camarades s’assoient sur les statuts : pour exclure quiconque du NPA, il faut un vote des adhérents.

Etes-vous victimes, vous et vos camarades unitaires, d’une épuration ?

Au congrès fondateur du NPA, en février, la sensibilité «unitaire» représentait un délégué sur six (17 %) du NPA. La direction nous a refusé la proportionnelle, choisissant, selon ses propres critères, 13 noms pour le parlement du parti, dont certains n’avaient même pas voté notre motion. Tout cela dans une ambiance détestable, où des camarades ont été traités d’«enculés». J’entends dire que le NPA doit «se débarrasser des mauvaises habitudes de la LCR». J’y vois la remise en cause du droit de s’organiser en tendances à l’intérieur du parti et de s’exprimer à l’extérieur. Veulent-ils un parti où la direction du NPA, qui est identique à celle de l’ex-LCR, a tous les pouvoirs ?

En étant candidat face à Besancenot, ne poussez-vous pas le bouchon un peu loin ?

Je ne pouvais accepter que la direction du NPA fasse passer ce qu’elle croit être un intérêt de parti avant celui du peuple de gauche. Je fais ce que le NPA aurait dû faire. Le Front de gauche est la seule offre unitaire vraiment à gauche. Olivier Besancenot a d’immenses qualités, l’anticapitalisme est largement partagé. Mais il a quelque chose de lunaire lorsqu’il explique que le NPA est l’unique réponse à la situation. Le NPA, ce ne peut être «nulle part ailleurs», un parti doit proposer une traduction à la colère sociale et ne peut se contenter d’en appeler à la grève générale comme à la Guadeloupe. Les rendez-vous électoraux sont incontournables. Que Besancenot ait choisi de ne pas conduire de liste marque le peu d’importance qu’il accorde aux élections.