Ces 4, 5 et 6 octobre, les communistes achèveront la première phase de préparation de leur congrès extraordinaire de la fin novembre, en se prononçant sur le texte qu’ils veulent voir prendre en compte pour déterminer leur politique des prochaines années. Tel est l’objet du vote que vont organiser les sections pour départager les quatre propositions en présence de « base commune ». À l’inverse de ce qu’écrivent tant de commentateurs « bien intentionnés », qui se plaisent à ramener n’importe quel débat politique à une confrontation d’ego ou à une lutte de pouvoir, l’enjeu de ce moment crucial n’est ni de régler des comptes après le très grave échec subi lors de la séquence électorale du printemps 2017, ni de plébisciter ou sanctionner le secrétaire national en fonction (la question de la direction nationale, comme toutes les autres, ayant à être discutée d’ici le congrès). Il est, du moins à mes yeux, d’adopter une orientation permettant au Parti communiste français de recouvrer son indépendance et de retrouver son sens de l’initiative.

Il y a urgence à donner au parti les moyens de reprendre la place que lui confèrent, tout à la fois, son histoire, un potentiel militant tel qu’il n’en existe nulle part ailleurs à gauche, la précieuse expérience que lui apportent les engagements de ses adhérents comme l’action de ses élus sur le terrain. Cette place se trouve au cœur de la bataille pour construire la contre-offensive progressiste si indispensable face aux catastrophes dont nous menace le capitalisme. Elle se situe en aile marchante d’une gauche qui rouvre un chemin d’espoir à la France. Ma conviction est qu’il s’agit aujourd’hui de LA condition qui permettra à notre peuple, aux travailleurs et à la jeunesse de relever des défis comme ils n’en avaient plus connus depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

C’est avec détermination et audace qu’il convient de s’engager sur ce chemin. En appréhendant dans leur complexité, la période historique dans laquelle nous nous trouvons et une situation française marquée depuis un an par le césarisme macronien, ce qui suppose d’aller bien au-delà de la nécessaire affirmation de l’actualité du communisme face aux désastres dont le désordre capitaliste menace l’humanité. En réfléchissant, dans ce contexte, aux moyens à mettre en œuvre pour reconstruire tous les instruments du combat de classe après des années de recul du mouvement ouvrier, ce qui appelle notamment un sérieux retour sur les obstacles rencontrés par le mouvement social ces dernières années et sur l’état de la conscience de classe. En reprenant la réflexion sur la stratégie à même de réunir une majorité populaire, ce qui ne saurait se résumer aux alliances à nouer pour faire émerger une alternative politique, mais exige d’abord de réfléchir à la manière d’œuvrer à l’unité d’un salariat aujourd’hui éparpillé et, à partir de là, de faire émerger un nouveau bloc social anticapitaliste. En reposant, en de nouveaux termes, la problématique du rassemblement des forces vives de la gauche – toujours aussi indispensable pour faire surgir une contre-offensive du monde du travail –, ce qui ne devrait toutefois ni se réduire à la proposition de nouveaux cadres unitaires, ni se poser indépendamment du rôle qui revient au PCF pour défendre des propositions programmatiques à même de dynamiser les convergences, ni esquiver la question cruciale du rapport de force à bâtir pour éviter l’échec de nouvelles tentatives. En instruisant un bilan approfondi des expériences conduites ces dernières décennies, ce qui doit nécessairement commencer par les raisons pour lesquelles les promesses initiales du Front de gauche se sont achevées sur le terrible revers essuyé par le parti l’an passé, de son ralliement sans condition à la candidature présidentielle de Jean-Luc Mélenchon à l’effondrement de ses résultats aux législatives. En traduisant toutes ces réflexions en réaffirmation décomplexée du PCF, ce qui passe par son redéploiement comme outil collectif de débat, de réflexion et d’intervention, autour de directions porteuses d’une nouvelle ambition.

Cela me conduit à dire un mot de ma propre attitude pour la consultation de ce début octobre. Je me suis abstenu, au conseil national, sur la « base commune » issue de cette instance, considérant qu’elle demeurait très en deçà des nécessités de l’heure. Je n’ai, pour autant, signé aucun autre texte, redoutant que la multiplication de propositions alternatives ne contribue à fracturer un peu plus le parti, sans nécessairement l’aider à identifier les nœuds de la discussion et les points principaux de désaccord.

À ce propos, j’entends de nombreuses critiques sur les statuts qui ont abouti à la structuration de facto de « tendances » au sein du PCF. De par mon propre parcours, je n’ai aucune prévention de principe pour les « tendances ». Que l’on regrette la tension interne qu’elles peuvent engendrer, ou que l’on se félicite à l’inverse du pluralisme qu’elles favorisent, la plus élémentaire lucidité amène considérer qu’elles apparaissent toujours en réponse à des crises de direction faisant surgir d’importantes divergences d’orientation. Leurs limites n’en sont pas moins évidentes, lorsqu’il s’impose de clarifier des questions compliquées sans altérer l’indispensable fraternité militante. Aussi, plutôt que de se focaliser sur les normes statutaires en vigueur depuis quelques années, mieux vaut-il s’attacher au fond des problèmes soulevés.

Ceci étant dit, je ne renvoie pas tous les textes dos-à-dos. J’ai eu l’occasion, au cours des échanges conduits à la direction du PCF, de dire qu’en dépit des réserves que m’inspire la « base commune » sortie du conseil national, en particulier sur la manière de traiter les points évoqués précédemment, certains de ses développements constituaient d’utiles avancées. J’apprécie le texte « Pour un manifeste du Parti communiste du XXI° siècle » (soutenu, entre autres, par André Chassaigne, Fabien Roussel, Frédéric Boccara ou plusieurs secrétaires départementaux) pour sa volonté de rendre plus visible le parti et plus lisible sa démarche, quoique certains aspects ou faiblesses méritent d’être discutés (par exemple, sur le traitement de l’engagement initial du PCF au sein du Front de gauche ou les rassemblements à impulser demain). Il est regrettable que les échanges directionnels, tels qu’ils se sont jusqu’alors menés, n’aient pas permis de faire figurer, dans un seul document, des préoccupations n’apparaissant pas contradictoires autant que les points devant être impérativement tranchés par les militantes et militants.

J’ai, en revanche, des désaccords essentiels avec les deux autres propositions soumises au vote. Avec celle qui s’intitule « Reconstruire le parti de classe » (soutenue notamment par Emmanuel Dang Tran), en ce que son insistance sur une série de « fondamentaux », autant que son positionnement aboutissant à une affirmation solitaire du PCF, loin de représenter une ligne efficiente, ne sauraient conduire qu’à un isolement mortifère. Avec celle qui appelle à « un printemps du communisme » (soutenue par Elsa Faucillon, Patrice Cohen-Séat ou Frédéric Genevée), parce qu’au-delà de thématiques que je juge dangereuses (comme celle du « salaire à vie » qui vient s’opposer à la défense d’une « sécurité-emploi-formation »), il résume sa posture stratégique à la recherche d’un partenariat prioritaire avec la « France insoumise ». Ce qui l’amène à relativiser les désaccords qui se sont creusés avec cette dernière organisation, à considérer que le rôle du parti se limiterait désormais à « se mettre au service d’une nouvelle forme de rassemblement », et à suggérer la formation d’un large « front commun » qui revêt au fil des lignes tous les attributs d’un proto-parti. À suivre les initiateurs de cette proposition, la subordination définitive du PCF se verrait consacrée.

Je forme le vœu que les communistes soient nombreux à se prononcer sur le texte qui leur paraîtra le mieux à même de faciliter leur travail d’élaboration collective d’ici le congrès. Pour ma part, je souhaite que se dégage, à partir du 7 octobre, une orientation qui écartera les solutions de facilité et les fuites en avant porteuses de renoncement. Un nouveau texte, pour le dire autrement, construit sur un nouvel équilibre prenant en compte ce qu’aura exprimé le vote de ce début octobre. Qui devra permettre de réunir très largement le parti autour d’une vision précise des exigences de l’heure, comme d’un chemin clairement tracé pour y répondre. C’est ce à quoi j’entends contribuer, à la place qui est la mienne à la direction du PCF. Cela fera l’objet de mon prochain post, lequel portera sur les questions qu’il convient, à mon sens, d’approfondir maintenant.