GAUCHE ET DROITE IDENTIFIENT DES VISIONS OPPOSÉES

Évidemment, il convient de ne pas esquiver une controverse qui peut se révéler de plus en plus démobilisatrice au regard des enjeux d’un moment crucial. Du côté des « insoumis », comme de la part des dirigeants écologistes actuels, on nous enjoint volontiers de divorcer du concept même de gauche, au prétexte qu’il aurait été perverti par les errements d’un social-libéralisme ayant dominé notre camp social et politique depuis une bonne trentaine d’années, ou encore que l’enjeu climatique et environnemental aurait fait naître un nouveau paradigme porteur d’espérance sur l’ensemble du globe. S’exprimant dans la même livraison de L’Humanité que moi, le 12 juin, Adrien Quattenens et Karima Delli, de la « France insoumise » et d’Europe écologie-Les Verts, se seront rejoints dans la condamnation dédaigneuse des désirs d’unité à gauche, n’hésitant pas à suggérer que leurs mouvements respectifs possèderaient à eux seuls les clés d’une sortie par le haut de l’impasse politique présente. Pour le premier, « les abstentionnistes et les fâchés, fussent-ils de ‘’gauche’’, se contrefichent du sort de la ‘’gauche’’ et de sa reconstruction. Et comme on les comprend : ils veulent des réponses concrètes et immédiates à leurs problèmes quotidiens. » Pour la seconde, « l’écologie est solidaire, féministe, cosmopolite ; en somme elle ne peut être que sociale. (…) Les unions, les cartels et autres formules ‘’trois en un’’, plus jamais ça ! » Sauf que…

Jamais l’injustice n’aura autant miné la cohésion des nations, le travail n’aura été aussi précarisé, les équilibres écologiques n’auront été à ce point dévastés par un capitalisme cupide, la paix n’aura été si menacée par la compétition déchaînée des intérêts égoïstes sous les auspices de la mondialisation marchande et financière. La gauche, autant que la droite, repèrent pour cette raison des visions opposées du monde. D’un côté, l’humain et la planète au centre de tout, l’imbrication indissociable des combats pour la justice sociale et environnementale, l’horizon de l’égalité et de l’émancipation, la prééminence de la souveraineté des citoyens sur la domination d’une infime minorité de profiteurs, bref le clivage de classe trouvant une traduction politique tendue vers le progrès civilisationnel. De l’autre, la toute-puissance de l’argent, la course au rendement maximal pour l’actionnaire, la destruction des politiques publiques seules à même de garantir l’intérêt général, l’accumulation de plus en plus déséquilibrée des richesses à un pôle des sociétés quitte à ce que des vies par millions fussent saccagées et privées de tout avenir décent.

Le 2 décembre 1792, soit quelques années après que gauche et droite se soient choisies leurs places dans les enceintes parlementaires (c’est le 28 août 1789, lorsque l’Assemblée constituante eut à statuer sur l’étendue des pouvoirs à laisser au monarque, que tenants et opposants de l’absolutisme se positionnèrent de part et d’autre de l’Hémicycle), Maximilien Robespierre avait, au fond, tout résumé : « Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’Homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister » (in Robespierre, Écrits, « Sur les subsistances », Messidor/Éditions sociales 1989).

À l’inverse, tous ceux qui auront prétendu s’affranchir de ce clivage fondamental ne seront parvenus qu’à répandre la confusion. Pour le seul bénéfice de ces aventuriers de la pire espèce qui prospèrent sur tout le continent, se montrant toujours prompts à célébrer « le peuple », à moins qu’ils ne profèrent de vigoureux « ni gauche-ni droite », pour mieux égarer les légitimes exaspérations dudit peuple et dévoyer ses exigences de justice au moyen de campagnes haineuses le fracturant au nom d’identités supposées irréconciliables. Sans parler des bien peu ragoûtantes combinaisons électorales, voyant le ralliement d’écologistes à des forces de droite avant tout soucieuses de repeindre en vert les logiques prédatrices caractérisant le système capitaliste, que l’on voit ici ou là s’ébaucher comme une concrétisation des stigmatisations démagogiques visant les « chefs de tente » de la gauche.

Il est des instants où l’on se sent tenté de rappeler chacun et chacune au sens des réalités. Avec une moitié du corps électoral se détournant des isoloirs, la meilleure performance réalisée ce 26 mai, en l’occurrence par EELV, n’aura entraîné que 13% des suffrages exprimés, toutes les autres formations se situant très en-deçà des 10%, le total ne réunissant pas un tiers des voix. La stratégie du « populisme de gauche » ne s’est guère avérée opérante, que ce soit à travers le verdict des urnes en France comme en Espagne, ou dans les tentatives fracassées de « fédérer » le peuple par-delà l’affrontement capital-travail. Quant à l’écologie recentrée, qu’outre-Rhin les Grünen semblent enclins à vouloir incarner pour les besoins d’une nouvelle « Grande coalition » qui en ferait les partenaires privilégiés de la CDU-CSU, elle risque d’avoir des retombées aussi délétères que l’alliance des sociaux-démocrates avec les conservateurs : une extrême droite prospérant (comme en France) sur les angoisses et le mal-vivre des victimes de l’ordolibéralisme.

PORTER UNE OFFRE POLITIQUE DEVANT LE PAYS

C’est avec cette conviction que, me semble-t-il, les communistes ont voulu, en ce début d’été qui s’annonce socialement meurtrier (avec le sort réservé à General Electric et, à travers ce fleuron, à toute notre industrie nationale, ou avec la contre-réforme de l’assurance-chômage, qui va drastiquement réduire les droits des privés d’emploi), porter une offre politique devant le pays. Ils auront, ce faisant, formé le vœu que, dans l’année qui vient, les Français puissent percevoir qu’une union populaire est en train de voir le jour, et que cette nouvelle donne soit de nature à les sortir de la désespérance ou, à tout le moins, de ce sentiment d’impuissance qui mène à toutes les défaites.

Sans attendre les résultats du dialogue à peine renoué entre composantes de la gauche, ni les scrutins qui se profilent avant la présidentielle de 2022, il apparaît tout d’abord possible de rassembler largement dans de grands combats sur lesquels Jupiter et ses ministres peuvent être mis en échec, ce qui redonnerait incontestablement confiance à des millions d’hommes et de femmes. Nous parlons de la bataille référendaire qui soulève la question du devenir d’Aéroports de Paris, bataille qui est en train de cristalliser un affrontement politique décisif avec les tenants du démantèlement de tout ce qui ressemble à une entreprise ou à un service publics… Du dossier d’ores et déjà ouvert du système des retraites, lequel ne saurait être appréhendé indépendamment de l’état de délabrement où la santé publique s’est vue plongée… De la lutte contre la vie chère et pour le pouvoir d’achat, dont tous les sondages attestent qu’ils sont devenus la première préoccupation des Français… Du besoin d’un plan d’urgence en faveur des transports ferroviaires publics, élément-pivot d’une réponse cohérente au défi climatique… Ou encore de l’école de la République, que l’action de Monsieur Blanquer saccage allègrement dans le but de la soumettre à une impitoyable sélection de classe… Sur tous ces sujets, il paraît parfaitement envisageable d’initier, en étroite relation avec les mobilisations d’ores et déjà engagées, les contre-offensives qui ont tant fait défaut au mouvement social ces derniers mois.

Une précision me paraît s’imposer à cet égard. Chacune des thématiques que je viens d’évoquer ne désigne pas simplement des campagnes ponctuelles, comme nous aurons si souvent eu l’occasion d’en mener, à partir de coalitions plus ou moins larges. Elles sont susceptibles de mettre en visibilité les défis de civilisation que la gauche et les écologistes se doivent de relever s’ils veulent redevenir des acteurs regardés et écoutés. Je veux parler de la nécessité d’une maîtrise publique des secteurs de l’économie relevant du bien commun et de la souveraineté de la nation… De l’impérative transition écologique, à même de faire face aux menaces pesant dorénavant sur notre écosystème, donc sur le genre humain… Du besoin d’aller vers un nouvel âge de la Sécurité sociale, prolongeant l’œuvre d’Ambroise Croizat en venant protéger chacun des moments de la vie de nos concitoyens.

LE CONTENU ET LA MÉTHODE

C’est ce en quoi ces grands combats dessinent en creux, à terme, le projet de gouvernement qui s’inscrira en rupture avec la casse néolibérale dont le plus grand nombre n’a que trop souffert, et qui se fera à l’inverse l’écho des immenses besoins populaires insatisfaits. Que, par l’espoir renaissant comme au travers d’une dynamique politique et populaire, notre pays finisse par échapper à cette catastrophe que représenterait, en 2022, la réédition du face-à-face mortifère du tenant du titre avec sa concurrente néofasciste, voilà bien l’objectif ! C’est d’ailleurs, au-delà des résistances indispensables, pour que commence à exister dans le débat public des éléments d’alternative, que le Parti communiste français aura, dès la conclusion du « Grand débat », en mars dernier, formulé ses « Dix propositions pour la France ». Des propositions qui ne se bornent pas à recenser les principaux impératifs de l’heure, mais avancent dans la foulée les moyens économiques, fiscaux et démocratiques de les faire aboutir, tout en soulignant que des avancées de haut niveau n’auront jamais été conquises sans que le peuple ne s’en mêle et renverse le rapport des forces en sa faveur.

Serait-ce à dire, comme certains le suspectent manifestement, que nous serions nostalgiques des processus antérieurs de rassemblement de la gauche ? Nullement. À ceci près que les philippiques trop faciles contre les « unions de la gauche à l’ancienne » – j’en vois beaucoup circuler, sur les réseaux sociaux, ces derniers temps – ne disent rien de ce qu’il convient d’entreprendre à présent pour conjurer une catastrophe imminente. Nul ne saurait oublier que, sans unité, il n’est pas d’ambition majoritaire imaginable, pas d’élan citoyen envisageable, pas de gouvernement possible pour conduire une action transformatrice changeant au quotidien les vies de nos compatriotes.

Dit autrement, tirer les leçons du passé, c’est en premier lieu fonder les rassemblements du futur sur des contenus ne se dérobant pas à la contestation du pouvoir de la finance, tout en sachant innover pour répondre aux gigantesques mutations que produit le capitalisme globalisé, autant qu’aux nouvelles demandes qu’elles suscitent. Et c’est, également, élaborer les plates-formes politiques dans une relation de complémentarité avec les forces du mouvement social (tout en respectant scrupuleusement l’indépendance de celles-ci), et imaginer des constructions s’opérant de la base au sommet, c’est-à-dire faisant dialoguer les forces organisées de la gauche et de l’écologie politique avec les travailleurs, les jeunes, les collectifs de citoyens, la population. Au risque de me répéter, telle aura été la méthode retenue par les communistes pour sélectionner leurs « Dix propositions » : non en les choisissant à partir de leur programme pré-existant, mais en se confrontant sans préalable aux doléances et attentes recueillies à l’occasion de la mobilisation des « Gilets jaunes », des autres luttes sociales de la période et d’innombrables débats de terrain.

Pour le dire autrement, l’union populaire à bâtir, c’est par conséquent un Front populaire adapté aux coordonnées du XXI° siècle. Il s’agit maintenant de prendre, pour commencer à la matérialiser et partout où cela s’avérera possible, l’initiative de rencontres populaires où seront conviés les représentants de toute la gauche ou des mouvements écologistes, les acteurs et actrices du syndicalisme ou du monde associatif, les hommes et les femmes qui veulent prendre en main leur destin et celui de leur pays.

QUAND LA TENTATION PRÉSIDENTIALISTE PEUT TUER…

Le chemin ici suggéré, nul ne saurait l’ignorer, sera long, escarpé, semé d’embûches. La moindre de ces dernières ne sera pas cette tentation, que l’on devine déjà chez certains, de céder une nouvelle fois aux sirènes du présidentialisme. Sans craindre, hélas, de torpiller, les recherches unitaires qui se manifestent un peu partout, notamment pour battre la droite comme l’extrême droite lors des prochaines municipales et faire basculer à gauche un très grand nombre de communes, ce qui est parfaitement envisageable au vu de l’exaspération du pays devant les politiques conduites au sommet de l’État. Que chacun mesure dès lors bien, à cet instant, la responsabilité qu’il va prendre.

Transformer un peu plus la gauche en champ de ruines ne fera de personne le maître du jeu électoral en 2022. Seul Emmanuel Macron y trouvera son compte, dès l’an prochain, si l’éparpillement de ses détracteurs progressistes lui permet d’opposer aux revendications populaires le lot de municipalités (notamment de métropoles) dans lesquelles il aura pris pied grâce à l’appui d’une droite traditionnelle qui se retrouve parfaitement en phase avec ses choix de gestion. C’est cependant Madame Le Pen qui peut, à l’arrivée, tirer les marrons du feu. S’ils surviennent, les éventuels succès électoraux de la Macronie ne reposeront en effet pas sur un élargissement de la base sociale des gouvernants, mais sur notre propre incurie. Redoutons alors que le parti de la haine puisse se présenter en réceptacle des colères nationales que nous aurons renoncé à lui disputer. Ce n’est pas par électoralisme, mais en vertu d’un choix responsable, que Fabien Roussel aura donc, dans son interview au Monde du 20 juin, lancé cet appel : « Localement, nous pouvons montrer que, quand la gauche se rassemble, elle peut gagner. »

UN RÔLE ESSENTIEL POUR LES COMMUNISTES

Cela n’obère en rien les faiblesses du Parti communiste. Les élections européennes n’auront pas été à la hauteur de nos attentes, et il nous faut continuer à analyser lucidement les racines de nos difficultés. Dans ma note précédente, j’aurai d’ailleurs évoqué quelques pistes de travail à ce propos. Cela dit, des dizaines de milliers d’adhérentes et adhérents, dont chacun peut mesurer au quotidien la force de caractère et l’engagement opiniâtre, des milliers d’élus et plusieurs centaines de maires sortants, un enracinement de chaque instant dans les combats pour la dignité et la démocratie font, dans les circonstances présentes, une force de frappe considérable. Non, bien sûr, pour ajouter notre pierre à des visions autocentrées d’appareils ignorants des désastres qui menacent, mais plutôt pour les bousculer, prendre aussi modestement qu’avec détermination les initiatives qu’impose la prise en compte de l’intérêt collectif du monde du travail et des classes populaires.

Des amis me disent parfois, réagissant aux réflexions de ce blog, que le dernier congrès du PCF aurait opté pour le repli et la fermeture, ce dont nous aurions payé le prix le 26 mai. Ils me paraissent prisonniers de grilles d’analyse déformées des débats traversant le parti. L’initiative communiste, l’existence d’une force repérable et repérée en ce qu’elle agit en toute indépendance et visibilité, me semble au contraire la condition de rassemblements ambitieux, respectueux du pluralisme de la gauche, se nourrissant par conséquent de ses synergies militantes. C’est, à mes yeux, l’état d’esprit avec lequel il convient d’aborder une conjoncture aussi complexe que lourde de dangers. Ouverture et détermination à donner une portée conquérante à ses apports originaux peuvent aujourd’hui fonder une nouvelle conception de l’union indispensable.

Une union dont je tiens encore à dire qu’elle doit être recherchée sans exclusive a priori vis-à-vis de qui que ce soit. Beaucoup de désaccords nous opposent. Les gestions gouvernementales passées auront laissé des cicatrices terriblement profondes. Les logiques de cavalier seul et d’hégémonie auront lourdement et durablement divisé celles et ceux qui aspirent au dépassement du capitalisme. Les fuites en avant idéologiques, conduisant à oublier que la gauche ne peut exister que dans un rapport sans cesse renouvelé au combat social et écologique comme au mouvement ouvrier, auront fait le reste. On ne saurait dorénavant retrouver le chemin du peuple sans répondre à sa soif de justice et d’égalité, sans oser lui proposer d’imaginer un nouveau modèle de développement soutenable, sans faire nôtre sa quête de souveraineté démocratique et d’indépendance de la France.

Autant de constats qui ne peuvent néanmoins justifier que l’on substitue invectives et excommunications aux discussions franches et loyales, assumées devant le pays, sur les éléments structurants d’une perspective de transformation radicale de la société. C’est le corps citoyen, le mouvement populaire dans sa diversité qui doivent être les juges de ces confrontations, car c’est seulement s’ils se reconnaissent dans une démarche qu’ils la porteront à la victoire.

J’en termine en disant qu’avec cette contribution toute personnelle, je n’imagine pas avoir fait le tour de la question, fort épineuse, de l’alternative à faire émerger en un temps finalement très court. Simplement, pour placer quelques bornes sur le chemin qui s’ouvre à nous, j’aurai voulu prolonger et systématiser la réflexion brièvement exposée devant le conseil national du PCF à la mi-juin. Pour restituer la cohérence des lignes qui précèdent, je publie ci-dessous cette intervention. En espérant que tout cela pourra aider à des échanges féconds.

MON INTERVENTION DEVANT LE CONSEIL NATIONAL DU PCF

« Je me limiterai à trois remarques. Tout d’abord, un mot sur la campagne. Si nous voulons en dresser un bilan équilibré, il faut reconnaître un échec électoral. Celui-ci ne nous pose pas seulement le problème de notre perte de visibilité ces dernières années. Il nous confronte, dans le cadre d’une tendance générale au recul du mouvement ouvrier à l’échelle de toute l’Europe, aux questions de l’identification à une large échelle de la visée communiste, de notre ancrage dans le monde du travail, de la perception de notre utilité par la société.

« Mais, c’est tout le paradoxe, grâce à la campagne dynamique que nous avons menée autour de Ian Brossat et de ses colistiers, nous avons regagné en influence. Modestement mais très significativement. C’est un atout pour travailler maintenant sur les problèmes lourds que nous avons rencontrés, et que je viens d’évoquer.

« Deuxième remarque : nous ne devons pas sous-estimer que nous entrons, en France, dans un moment politique de basculement possible.

« Si Emmanuel Macron a accéléré la réorganisation du jeu politique à son bénéfice, le pouvoir ne dispose du soutien que du bloc social des gagnants de la mondialisation capitaliste, et le ‘’dégagisme’’ continue de planer sur chaque élection dans un contexte où jamais un gouvernement n’a connu un tel manque de légitimité depuis les origines de la V° République. L’extrême droite prospère, quant à elle, sur un mouvement de droitisation politique et idéologique qui travaille en profondeur la société française.

« Par conséquent, la stratégie macronienne, consistant à faire du Rassemblement national la seule alternative au cœur d’un champ politique par ailleurs en ruines, peut tout à fait donner les clés du pouvoir à l’extrême droite dans les toutes prochaines années. Comme cela s’est passé en Italie…

« Nous avons donc une situation où, d’un côté, le mouvement social affronte une panne de stratégie qui l’empêche de reprendre l’initiative, et où, de l’autre côté, la gauche est affaiblie comme jamais. Dans ces conditions, ouvrir une issue à la crise française passe en premier lieu par la construction de cadres de confrontation politique et sociale qui s’emploient à inverser le rapport des forces et à arracher des victoires. Autrement dit, qui s’efforcent de redonner confiance au monde du travail.

« Pour préciser : il ne s’agit pas simplement de mener des campagnes ponctuelles, comme nous en avons l’habitude, mais de construire de véritables batailles politiques de masse à partir desquelles il devienne possible de rassembler des majorités populaires et de faire converger les forces du mouvement social avec celles de la gauche. Ce sont les batailles qui ont été listées dans le rapport de Fabien Roussel et qui sont reprises dans la résolution qui vous est soumise.

« Dans le déploiement de cette démarche, nous rencontrons évidemment une difficulté : dans la configuration présente, il est impossible de savoir encore laquelle des batailles pointées va cristalliser l’affrontement avec le gouvernement et le patronat. C’est dans le cours même des confrontations que se révéleront les dynamiques. Ce qui interdit, à cette étape, de concentrer nos efforts sur une seule question.

« Naturellement, cela ne règle pas le problème de la perspective politique. Ce sera ma troisième remarque.

« Si la France peut basculer dans l’aventure, la gauche peut elle-même disparaître, ou du moins être frappée d’une marginalisation durable. La question de sa reconstruction nous est dès lors posée dans l’urgence.

« Elle nous est d’autant plus posée que nous avons une place spécifique. Bien que nous soyons affaiblis et que nous venions de connaître une déconvenue électorale, nous conservons une capacité politique et une force de frappe militante qui font de notre parti un pôle de stabilité dans une gauche en grande désorientation. Aucune des autres composantes de la gauche ne possède ces atouts. Même Europe écologie, lorsqu’elle se félicite de son résultat, ne peut se prévaloir d’une place stabilisée sur l’échiquier politique.

« Dans ce contexte, nous pouvons jouer un rôle moteur si nous savons articuler trois choses : 1. notre affirmation propre autour de nos propositions pour l’action et le débat (nos « dix propositions » dessinent, de ce point de vue, une cohérence globale entre les objectifs à conquérir et les moyens permettant d’y parvenir) ; 2. une offre formulée grand angle en direction de toute la gauche, à partir d’un contenu de rupture avec les politiques du capital : et 3. la recherche d’une dynamique populaire, seule à même de pouvoir porter une ambition majoritaire.

« Le grand enjeu, pour le parti, réside dans le déploiement de sa capacité d’initiative. Dans l’état de balkanisation de la politique française, nous n’avons rien à redouter de personne. Nous pouvons nous placer en dialogue avec toutes les forces ou courants qui poseront, d’une manière ou d’une autre, la question de la reconstruction, sans pour autant nous subordonner à quelque initiative que ce soit. Enfin, nous pouvons faire valoir l’originalité de notre approche : ni acceptation de la logique du plus petit dénominateur commun, ni consentement à l’hégémonie de quiconque, ni réduction de notre ambition au regroupement d’une petite gauche de témoignage (l’heure n’est certainement pas, comme certains s’en montrent tentés, à la reproduction d’une démarche du type « collectifs antilibéraux » d’il y a une dizaine d’années). »