Je n’avais pas encore parlé ici de la Fête de L’Humanité. Pourtant, même les médias en général plutôt avares dans leur traitement de l’action du Parti communiste français auront dû le reconnaître : ce grand rendez-vous populaire aura été un bon cru. Pour réparer mon retard, je reproduis ci-dessous l’éditorial que je viens de donner aux Nouvelles 31, la publication des communistes de Haute-Garonne. Et je l’assortis d’un post-scriptum qui revient sur la polémique que certains dirigeants de la « France insoumise » se seront crus autorisés à déclencher, peut-être dépités d’un succès qu’ils n’attendaient pas…

« Avec ses 550 000 participants, ses allées investies par une jeunesse enthousiaste, la présence d’innombrables figures de la création artistique et de la pensée critique, la venue de représentants de toute la gauche et du mouvement social, la Fête de L’Humanité aura bien donné le ton de la rentrée des communistes.

« Une rentrée où nous sommes déterminés à ne rien lâcher à un pouvoir au service de la finance, qui entend brutalement démanteler jusqu’aux plus belles conquêtes du Front populaire et du Conseil national de la Résistance. Où notre combativité s’enracine dans la conviction qu’il est possible de mettre Monsieur Macron en échec. Où la volonté de rassemblement est notre réponse au besoin de reconstruire une perspective majoritaire de progrès social et de démocratie. Où nous devons plus que jamais combattre les barbaries et les désordres engendrés par un capitalisme qui menace l’humanité même.

« C’est dans ce cadre que nous avons engagé toutes nos forces dans la bataille contre des ordonnances qui, prologues d’une contre-révolution libérale tous azimuts, veulent livrer pieds et poings liés le monde du travail aux appétits prédateurs inépuisables du capital. Et c’est derrière les syndicats, que l’on cherche avec ce texte à priver des moyens de défendre les salariés, que nous entendons travailler à la convergence de toutes les énergies disponibles. Le 21 septembre est le nouveau temps fort de l’épreuve de force à construire, étape après étape. Il nous faut en faire un nouveau succès.

« La mobilisation sera toutefois d’autant plus forte que nous saurons faire vivre en son sein une autre politique, défendre de nouveaux droits pour les travailleurs, plutôt que la généralisation de la précarité et du dumping social pour le plus grand profit des actionnaires des grands groupes. C’est l’objet de la proposition d’une sécurité-emploi-formation, pour laquelle notre groupe parlementaire a déjà déposé une proposition de loi, qui permettrait de garantir à chacune et chacun un parcours professionnel sans chômage. À nous d’en faire grandir l’exigence dans le pays.

« Cette année, enfin, la Fête de L’Humanité aura été placée sous le triple signe de la justice, de la démocratie et de la paix. Est-il seulement besoin d’en démontrer l’actualité, alors que les surenchères nucléaires se multiplient entre les États-Unis et la Corée du Nord, et qu’un président américain, pour la première fois depuis Hiroshima et Nagasaki, affirme à la tribune des Nations unies qu’il est prêt à rayer un pays et sa population de la carte ? Les marches pour la paix de ce 23 septembre, à l’appel de plusieurs dizaines d’organisations, revêtent pour cette raison un enjeu crucial. Les communistes appellent donc à y participer massivement. »

PS. On le sait, la direction de la « France insoumise » aura, pour la première fois depuis des années, choisi de ne pas tenir de stand à la Fête. Jean-Luc Mélenchon aura d’ailleurs choisi délibérément ce week-end pour se rendre à la Réunion, décidant lui-même de médiatiser cette visite comme un pied de nez aux centaines de milliers d’hommes et de femmes qui avaient légitimement vu, en ce rendez-vous politique de rentrée, la première grande manifestation d’opposition de gauche aux gouvernants actuels. Parce que Pierre Laurent avait osé s’étonner de cet acte implicite d’hostilité, et parce qu’il avait marqué certaines des différences entre le PCF et la « France insoumise », il se sera attiré une violente tirade contre une direction communiste décrite comme « en perdition ». « En perdition », mais pourtant fort nécessaire à l’ex-candidat à l’élection présidentielle lorsqu’il lui fallut présenter au Conseil constitutionnel le nombre de parrainages d’élus indispensable à son entrée officielle en campagne. Cet épisode plutôt pathétique m’amène à réitérer ce que je n’ai cessé de défendre : il y a plus que jamais besoin d’un parti comme le PCF. Qui porte une expérience politique accumulée au fil du temps. Qui dispose d’un capital de militants et d’élus témoignant de la richesse de son enracinement. Qui transmet la mémoire des combats du mouvement ouvrier. Qui est animé d’une conception de classe sans laquelle l’action pour la transformation sociale ne serait qu’illusion. Qui porte, pour la gauche tout entière, du moins pour celle qui se refuse à abdiquer devant le macronisme, une perspective de résistance et de reconstruction unitaires. Et qui s’efforce de mettre dans le débat public les propositions programmatiques pouvant nous faire avancer sur ce chemin dont chacun perçoit bien, aujourd’hui, la difficulté…