Dans le prolongement de ma note sur les moyens de surmonter la crise présente du Front de gauche, je reproduis ici la tribune que L’Humanité a publiée dans son édition du 7 mai, sous le titre « Un débat entre toutes les forces de gauches ». Comme aux autres intervenants sollicités sur le thème « Déverrouillons la politique », il m’avait été demandé de répondre plus précisément à la question : « Rejet de la politique, abstention massive, replis identitaires : quelle stratégie politique pour construire un rassemblement populaire alternatif ? » Dans l’espace limité de cette contribution, j’ai voulu m’atteler à développer l’idée qu’un « sursaut unitaire » était indispensable à gauche… Tant qu’il en était encore temps !

« Si elle veut redevenir porteuse de changement, la gauche n’a plus le droit de persister dans ce déni de réalité auquel nous aurons assisté à l’occasion des départementales.

« Scrutin après scrutin, le Parti socialiste essuie l’impitoyable sanction de la fuite en avant libérale du gouvernement. Mais les courants anti-austérité n’incarnent pas une relève crédible. Le tissu d’implantation territoriale, qui fit la force du camp progressiste, se déchire. Le mouvement social se révèle profondément affaibli par une longue succession d’échecs. La division que provoque, à gauche, les orientations de l’exécutif alourdit le sentiment d’impuissance dans la société. Et c’est l’idéologie du repli et du renoncement aux exigences d’égalité et de solidarité qui marque des points dans les consciences. Tandis que le Front national fait son miel des souffrances engendrées par le chômage, la précarité, la destruction des protections collectives.

« Parlons sans détours : l’heure ne peut être à l’illusion qu’une reprise économique permettra, d’ici 2017, de refaire le terrain perdu depuis le début du quinquennat de François Hollande. Elle n’est pas davantage à l’attente, au fond paralysante, d’un « Syriza à la française » qui viendrait prendre son essor sur les ruines de la social-démocratie. Elle est à un sursaut unitaire. Avant qu’il ne soit trop tard…

« Un sursaut qui permette de retrouver le chemin d’un peuple qui s’éloigne de la gauche. Qui soit ainsi de nature à remobiliser celles et ceux qui ont perdu confiance en leurs capacités de changer le cours des choses. Qui se révèle en mesure de contrer le développement d’un puissant bloc droitier dominé par les thématiques lepénistes. Qui s’attelle à offrir une réponse progressiste à la crise d’identité frappant un pays dont les conquêtes les plus fondamentales sont balayées par la globalisation marchande et financière, ce qui implique en tout premier lieu de redonner un sens à la République et de redéfinir, en fonction des fondements universalistes de cette dernière, la place de la France dans le concert des nations.

« Le sursaut ne deviendra possible qu’à travers un changement complet de cap à la tête du pays. Le collectif socialiste « Vive la gauche ! » vient en ce sens d’appeler à la construction d’un contrat de majorité à même de pouvoir de nouveau rassembler la gauche autour d’une orientation alternative à celle des actuels gouvernants. Il a raison !

« Engageons donc partout le débat entre toutes les forces de gauche disponibles au travail en commun. Sur ce qui pourrait devenir un nouveau « pacte républicain »... Sur le plan d’investissement massif que permettrait la rupture avec le pacte européen d’austérité... Sur le nouveau modèle de développement et de réindustrialisation propre à favoriser une relance socialement utile et écologiquement soutenable... Sur la grande réforme fiscale de nature à initier la redistribution des richesses... Sur la remise du système bancaire sous contrôle public, afin de réorienter le crédit en direction de la conversion écologique de l’économie, autant que de l’aide aux PME. Sur les grandes avancées sociales qu’attend le monde du travail, avec en premier lieu l’instauration d’une sécurité sociale professionnelle assurant le droit à l’emploi comme à la formation professionnelle tout au long de la vie. Sur la revitalisation démocratique qu’appelle une V° République à bout de souffle, pour redonner aux citoyens les moyens de décider et ouvrir de nouveaux droits aux salariés dans les entreprises.

« Des forces existent, jusqu’au sein du Parti socialiste, pour enclencher cette dynamique de rassemblement, éviter que de nouvelles collectivités basculent à droite lors des prochaines régionales, conjurer la débâcle qui nous menace tous pour 2017. Il en va réellement de la survie de la gauche. »