En complément de ma note précédente sur ce que vient de changer, dans la gauche, le sordide épisode du 49-3, utilisé par le gouvernement pour faire passer en force la loi El Khomri, je mets en ligne cette tribune. Elle m’avait été demandée par L’Humanité et fut publiée quelques jours avant ma dernière contribution. Son thème m’apparaît suffisamment important pour que je vous la livre à présent si, bien sûr, vous ne l’avez pas déjà lue : « Congrès du PCF, primaire, Front de gauche, candidature : quelle stratégie politique pour l’élection présidentielle de 2017. »

« Parce qu’il rebat des cartes politiques pour au moins cinq années, le scrutin présidentiel représente l’échéance majeure de la V° République. En 2017 pourtant, c’est rien moins que l’avenir qui s’y jouera. Celui de la France, de la République, de la gauche…

« La mal-nommée "loi travail", destructrice de 150 ans de conquêtes sociales, aura provoqué un réveil social d’autant plus prometteur qu’il se voit soutenu par l’opinion. L’aspiration au renouvellement de la vie démocratique se sera spectaculairement exprimée avec ces "Nuits debout" qui se reproduisent quotidiennement depuis un mois. Jamais, divorce n’aura-t-il été aussi prononcé entre la grande majorité du peuple de gauche et des gouvernants ayant renié jusqu’au plus infime de leurs engagements.

« Voilà qui appelle, en urgence, un débouché politique. Une alternative qui permette à des millions d’hommes et de femmes de prolonger leurs refus de la régression et, plus encore, de se convaincre que d’autres choix s’avèrent non seulement nécessaires mais possibles. Faute de quoi, c’est d’une véritable débâcle que nous nous retrouverons sans doute menacés. Avec un peuple qui s’enfoncera un peu plus dans un découragement dévastateur. Avec une droite qu’un tel contexte rendra encore plus agressive. Avec un Front national qui se nourrira des souffrances populaires, au point de se rapprocher encore du pouvoir. Avec une gauche disloquée parce qu’au sommet de l’État on aura rêvé d’effacer ce qui la sépare de la droite, marginalisée pour très longtemps si elle se fait éliminer du second tour de la présidentielle.

« Conjurer ce scénario catastrophe impose évidemment de rejeter la stratégie d’un président sortant qui s’emploie, en brandissant ces menaces, à se relégitimer alors que l’électorat progressiste, et même la plus grande partie des adhérents et sympathisants socialistes, se détournent de lui. Mais on ne saurait pour autant céder à la tentation de l’entre-soi : ce ne sont ni le regroupement d’une "petite gauche" de témoignage, ni la reproduction des erreurs qui ont conduit le Front de gauche dans l’impasse, ni la proclamation d’une candidature s’affranchissant de tout processus collectif quoique prétendant réorganiser à ses conditions le jeu politique, qui relèveront les immenses enjeux du moment. La gauche doit impérativement échapper à ce double piège que constituent sa possible disparition du théâtre électoral l’an prochain et sa prise en otage par des sociaux-libéraux dont l’action ne fait que généraliser la précarité et remettre en cause les protections collectives des salariés.

« Attelons-nous donc au rassemblement des forces vives de ladite gauche, celles qui sont en recherche d’une proposition tournant résolument le dos aux errements d’un quinquennat nauséeux. Telle est, en effet, la condition de la renaissance d’une offre à l’ambition majoritaire affichée. Et travaillons au dégagement d’un nouvel espace de débat et d’action commune. Pour faire converger toutes les énergies disponibles, qu’elles soient issues de la gauche anti-austérité, qu’elles relaient les attentes de ces dizaines de milliers de socialistes restés fidèles à leurs valeurs, qu’elle portent l’héritage de l’écologie politique, ou qu’elles viennent de ces acteurs sociaux qui reprennent aujourd’hui la rue. Pour dessiner les contours du projet transformateur qui, ne se dérobant pas au défi de la formation d’une nouvelle majorité politique à la tête du pays, rouvrira à notre peuple le chemin de l’espoir.

« C’est ce qui guide le Parti communiste lorsqu’il se fixe pour objectif l’ouverture d’un processus permettant à des centaines de milliers de citoyens de s’emparer de l’élaboration d’un programme transformateur. C’est, au fond, l’intention qu’a laissé transparaître l’appel à une "primaire des gauches et des écologistes", en catalysant un désir profond de sortir des trahisons du hollandisme. C’est, surtout, ce qui ressort de la multiplicité des initiatives qui fleurissent sur le terrain et témoignent d’un intérêt renaissant pour la politique.

« Tout cela peut, en se fondant en un même élan, aboutir à une candidature qui relèvera la gauche à la présidentielle, autant qu’à des campagnes législatives destinées à désigner des députés mandatés pour mettre en œuvre un changement véritable. »