Partout, dans les nouvelles Régions redessinées par la réforme territoriale voulue par le Président de la République et son Premier ministre, se prépare dès à présent le scrutin de décembre prochain. C’est peu dire que la loi dite « Nouvelle organisation des territoires dans la République » va consacrer une nouvelle régression sociale et démocratique. Par-delà l’arbitraire d’un redécoupage, décidé sans concertation avec les citoyens comme avec leurs élus et qui aura pour effet d’éloigner un peu plus les citoyens des lieux de décision, la « philosophie » de ce nouveau texte législatif va être de faire émerger des « champions » dans la course à la compétitivité européenne, autour de métropoles captant l’essentiel des moyens économiques, financiers et humains. À l’inverse, dans le contexte de l’austérité déployée en vertu des prescriptions du pacte budgétaire ravageant l’ensemble du continent, les politiques publiques risquent d’être les grandes victimes de ce processus. En clair, la gauche se retrouve devant un immense défi. Permettre que ces nouvelles institutions basculent, à la suite d’une majorité de départements et de quelque 150 municipalités de plus de 9000 habitants, dans l’escarcelle de la droite (et, peut-être, pour quelques-uns d’entre elles, du Front national), serait consentir à un nouvel affaiblissement du camp des travailleurs et des classes populaires. Ne pas chercher à rassembler le plus largement possible les forces progressistes, autour de choix ne s’inscrivant pas dans une logique libérale et pour faire au contraire des nouvelles Régions des boucliers au service des populations, serait l’assurance de manquer un rendez-vous décisif. La gauche anti-austérité ne peut, par conséquent, aborder la prochaine échéance électorale comme elle le fit à l’occasion des départementales, au risque de se priver d’un très grand nombre d’élus ayant vocation à se placer en première ligne des batailles difficiles qui s’annonce. C’est ce que j’ai voulu indiquer dans la tribune que m’ont demandé, dans la Région dont je suis l’élu, mes camarades de la fédération de Haute-Garonne du Parti communiste, pour leur hebdomadaire, Les Nouvelles 31. Je vous la livre ci-dessous, comme un complément à ma note du 18 avril sur la situation du Front de gauche.

« La gauche se retrouve à la croisée des chemins. Toute la gauche… Les formations que les électeurs associent à la fuite en avant libérale de l’exécutif, autant que celles qui contestent cette politique mais ne parviennent pas à incarner une alternative nationale crédible. En dépit de la bonne résistance manifestée par leurs candidats, à commencer par ceux du Parti communiste, aux dernières départementales.

« Si elle veut recouvrer sa mission au service du progrès humain, il lui faut reprendre le chemin du peuple en répondant à ses aspirations… Aider ce faisant le monde du travail à retrouver confiance en sa force collective… Engager une contre-offensive résolue face à un bloc droitier qu’hégémonise idéologiquement le Front national… Combattre la division que ne cessent d’aggraver les orientations gouvernementales, et qui répand un terrible sentiment d’impuissance dans la société…

« Les élections régionales vont, en ce sens, représenter une échéance cruciale. Si elles devaient se dérouler à l’instar des départementales, dans un contexte de démobilisation de l’électorat populaire et de confusion désespérante, c’est assurément sur une nouvelle défaite qu’elles se dénoueraient. Et cette défaite aurait non seulement des retombées dévastatrices sur le quotidien des populations, compte tenu des compétences considérables qui vont être dévolues aux Conseils régionaux dans le cadre de la loi NOTRe, mais elle annoncerait celle, encore plus magistrale, de la présidentielle et des législatives de 2017.

« Tout doit être fait pour empêcher un scénario qui menace d’aggraver la dégradation des rapports de force et de déchirer un peu plus le tissu d’implantation territoriale qui fit historiquement la force de la gauche. Tout doit être entrepris pour enclencher une dynamique d’unité et d’espoir, qui puisse garder le plus grand nombre possible de collectivités régionales à gauche, sur la base d’une offre politique répondant, non aux impératifs de l’austérité nationalement mise en œuvre, mais aux besoins sociaux et environnementaux comme aux attentes démocratiques des populations.

« C’est avec cet objectif que Gauche unitaire vient d’en appeler, dans toutes les Régions, à des rencontres destinées à créer les conditions de listes de large rassemblement à gauche. À charge pour lesdites rencontres d’engager le travail et la discussion autour des grands axes de politiques publiques de nature à permettre aux futures Régions d’être des boucliers au service des populations.

« Des politiques publiques qui iraient, par exemple, à l’encontre de la baisse des dotations d’État, reposeraient sur l’affectation de ressources fiscales pérennes à ces collectivités, donneraient la priorité à la relocalisation des emplois, conditionneraient les aides aux entreprises à de stricts critères sociaux et environnementaux, s’emploieraient à protéger les services publics des effets désastreux des restrictions budgétaires, favoriseraient les transports collectifs et le ferroviaire plutôt que le tout-routier, contribueraient à des politiques d’aménagement des territoires récusant les projets destructeurs de l’écosystème et favorisant l’agriculture paysanne…

« La gauche anti-austérité n’a pas le droit de manquer ce rendez-vous… »

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