Je ne m’étais pas encore exprimé ici sur le résultat du vote des communistes, les 4,5 et octobre, sur les projets de « base commune » qui leur étaient soumis. J’avais, dans mon post du 5 octobre, exprimé les réserves que m’inspirait le texte sorti du conseil national, ainsi que mon regret que la méthode de travail retenue n’ait pas permis d’éviter la présentation de quatre textes, ce qui me paraissait pourtant possible si l’on s’était employé à faire ressortir les « arêtes » de la discussion dans un même document, quitte à présenter des versions différentes sur les points faisant désaccord. On le sait maintenant, fait inédit dans l’histoire du Parti communiste français, la « base commune » issue des travaux du CN n’a pas été retenue par les militantes et militants, lesquels lui ont préféré celle qui était intitulée « Pour un manifeste du Parti communiste du XXI° siècle » (à 42,15% contre 37,99%). Le texte « Pour un printemps du communisme » a quant à lui totalisé 11,95% des suffrages, « Reconstruire le parti de classe » en recueillant lui 7,90%. Bien qu’une majorité absolue ne se soit pas dégagée des votes, la volonté des communistes ne s’en est pas moins manifestée, et elle s’impose désormais à tous. Elle fixe une feuille de route : tourner la page de la longue séquence qui s’est achevée sur le terrible échec des élections législatives de l’an passé, tirer jusqu’au bout les bilans indispensables, ouvrir la voie à de profondes transformations du parti et de sa stratégie, travailler en ce sens à partir de la « base commune » arrivée en tête. C’est donc une seconde phase du débat qui s’ouvre et doit mener au congrès extraordinaire de la fin novembre. Et c’est dans ce cadre que devra être abordée la question de la future direction et du secrétariat national, dont le mandat devra être d’impulser un nouvel élan pour le PCF. Comme contribution à cette nouvelle phase de la discussion interne, je publie ci-dessous l’intégralité de mon intervention devant le conseil national des 13 et 14 octobre. J’y résume l’état d’esprit qui sera le mien, ces prochaines semaines, dans le travail de la « commission du texte », dont la composition vient d’être revue et dont la tâche sera d’aboutir à un document finalisé à partir de ce qui émanera des contributions de militants comme des amendements retenus par les conférences de sections et de fédérations.

« Le vote des communistes nous oblige toutes et tous, quelles qu’aient été nos positions durant la première phase du débat préparatoire à notre congrès extraordinaire.

« Je dis bien ‘’nous oblige’’, pas qu’il faut ‘’faire avec’’, comme je l’entends parfois suggérer, d’aucuns ajoutant d’ailleurs un ‘’mais’’. Tout est évidemment dans ce ‘’mais’’, qui ne me semble pas une bonne manière d’aborder les prochaines semaines…

« Ce vote nous oblige, d’abord, en ce que le choix d’une « base commune » qui n’était pas celle sortie du conseil national est une manifestation de vitalité démocratique. Un parti qui débat et qui vote est un parti qui vit. Même lorsque cela révèle une crise d’orientation et de direction, ainsi qu’une forte division de nos rangs. Notre vie démocratique est le plus sûr moyen de surmonter une telle situation. Ce n’est jamais, on le sait, le cas dans les organisations où la libre discussion et la souveraineté des militants n’existent pas.

« Mais ce vote nous oblige également en ce qu’il traduit une défiance envers le bilan politique (et collectif) de la direction, le sentiment largement répandu parmi les militants de ne pas être entendus, une profonde insatisfaction devant ce que proposait la « base commune » sortie du conseil national.

« Évidemment, on me dira qu’il est plus facile d’émettre ce diagnostic lorsque, comme je l’ai fait, on s’est abstenu lors du vote du CN, et que l’on a refusé ensuite d’entrer dans la confrontation texte contre texte.

« Je le reconnais volontiers, mais je constate aussi, comme chacun peut le faire, qu’il existe une très large majorité de communistes pour refuser les impasses de la dilution comme du repli sur soi, et pour vouloir conjuguer indépendance retrouvée de notre parti et ouverture à travers la mise en œuvre d’une politique audacieuse de rassemblement.

« Ce qui doit maintenant nous réunir est donc le travail à accomplir afin que le congrès débouche sur une ligne claire et offensive pour les années qui viennent. Ce qui suppose que personne ne cherche à esquiver le choix qu’ont fait les communistes ou à l’inverser, tout en faisant évoluer le texte pour en préciser les orientations essentielles, et en tranchant sur les points qui font désaccord entre nous.

« Si ce souci de préciser l’orientation doit être notre volonté commune, c’est parce que nous sommes entrés dans un moment d’une extrême complexité et d’une très grande dangerosité. Pour apporter ma pierre à cette indispensable réflexion collective, j’ajouterai aux points abordés dans le rapport de Pierre (Laurent) et dans plusieurs interventions trois blocs de questions qui méritent, me semble-t-il, de faire l’objet d’un travail conséquent.

« D’abord, la période politique. Les défaites majeures infligées au mouvement ouvrier depuis la fin du XX° siècle, l’ouverture avec les deux dernières crises financières d’une crise majeure de la globalisation capitaliste, ou le début de désintégration du projet macronien en France nous confrontent à un même défi : sortir l’alternative de rupture de l’impasse où elle se trouve. Le congrès doit impérativement prendre toute la mesure du fait que les convulsions du capitalisme ne trouvent aujourd’hui de solutions qu’à droite ou à l’extrême droite, avec même, désormais, la résurgence ici et là d’un fascisme de nouvelle génération. L’Europe n’est pas seule concernée. Ce qui se passe aujourd’hui au Brésil, et plus généralement la montée en puissance d’une réaction revancharde dans toute l’Amérique latine, donnent la parfaite mesure de cette tendance mondiale lourde.

« Ensuite, la stratégie. On ne peut la résumer aux alliances politiques à nouer à gauche, alliances par ailleurs indispensables si l’on veut reconquérir une majorité populaire. Il nous faut prioritairement nous atteler à la reconstruction, autour du salariat, du nouveau bloc historique où ont vocation à se retrouver toutes les forces et classes ayant un intérêt commun au dépassement du capitalisme. Ce qui a, notamment, pour implication que soit clairement abordé, dans le texte qui sortira du congrès, le problème nodal de l’articulation entre la centralité du clivage capital-travail – seul à même de pouvoir donner pleinement son sens au combat communiste – et l’engagement contre toutes les dominations, lequel revêt une importance décisive pour faire émerger une nouvelle conscience de classe appréhendant dans leur globalité les défis de la période. Cette conscience est, en effet, aussi brouillée aujourd’hui que la classe travailleuse se trouve fragmentée.

« Enfin, le programme. Si l’on veut que le parti retrouve et élargisse son espace, qu’il joue pleinement son rôle dans la politisation des luttes populaires, qu’il puisse d’une toute nouvelle manière prendre en charge une démarche de rassemblement de la gauche, la nécessité s’impose de défendre la cohérence d’un programme. Pas un programme qui serait simplement indexé sur notre visée communiste, ou qui se cantonnerait, comme nous le faisons trop souvent, à dresser un catalogue de revendications. Nous avons besoin d’une proposition qui parte des urgences sociales, démocratiques et écologiques du moment, telles que les ressent le plus grand nombre, pour redéployer une ambition majoritaire et dessiner, ce faisant, un chemin vers le pouvoir politique et la rupture avec les logiques du libéral-capitalisme.

« Prendre à bras le corps ces questions d’orientation, qui renvoient à la raison d’être d’un parti comme le nôtre, c'est selon moi réunir les chances d'un nouvel élan. »

Dans une prochaine note, je compte contribuer à cette réflexion que j’appelle de mes vœux, en revenant sur quelques-unes des questions posées aujourd’hui aux communistes.