Le blog de Christian Picquet

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vendredi 14 avril 2017

Cette guerre qui menace de nouveau, et qu'il faut arrêter...

Elle aura été l’invitée surprise de cette dernière ligne droite de la campagne présidentielle. Je veux parler de la guerre. Cette guerre qui se dessine de plus en plus visiblement en toile de fond d’une globalisation capitaliste secouée de spasmes violents.

En règle générale, pour peu qu’ils consentent à s’aventurer sur un terrain dont ils redoutent probablement qu’il les fît déraper, les principaux candidats excipent surtout de leurs aptitudes régaliennes à faire face à un ordre mondial en pleine ébullition. Sur le fond, rien pourtant qui vînt précisément répondre aux angoisses assaillant nos concitoyens quant à l’avenir, ce qui accentue en retour le sentiment de décalage qu’ils ressentent devant une parole publique profondément altérée.

Parlons sans faux-fuyants. Que la responsabilité de l’attaque chimique perpétrée contre la ville syrienne de Khan Cheikhoun, le 4 avril, fût à imputer au régime de Bachar Al-Assad, cela fait hélas peu de doutes. Que ce crime monstrueux, commis contre des civils, dût en toute logique conduire ses auteurs devant un tribunal international, cela relève de l’évidence. Que le monde payât ici le prix de l’incurie de la « communauté internationale » et de ses innombrables renoncements à œuvrer à la transition politique propre à débarrasser Damas de son odieux dictateur, plus personne ne peut l’ignorer. La pluie de missiles Tomahawk que la Maison Blanche a déclenchée contre la base d’Al-Chaayrate n’en acquiert pas, pour autant, la moindre légitimité.

En s’affranchissant de toute décision des Nations unies, l’aventurier démagogue tenant désormais lieu de président aux États-Unis aura finalement enfoncé davantage la Syrie et le Proche-Orient dans le chaos qui les caractérise depuis trop longtemps. Non seulement, les frappes américaines s’avèrent de nature à éloigner encore la perspective diplomatique qui continuait à se négocier entre diverses parties au conflit. Mais elles risquent d’avoir des implications aussi désastreuses que les expéditions qui, hier, en désintégrant l’Irak puis la Libye, auront favorisé la prolifération du cancer jihadiste. Elles vont, au surplus, raviver les tensions internationales, plaçant de nouveau l’Amérique du Nord et la Russie au bord d’un choc frontal, comme en témoigne entre autres la suspension par Moscou de l’accord de « déconfliction » qui existait entre les forces aériennes des deux pays dans le ciel syrien. Pire, en larguant sa bombe la plus destructrice sur une montagne afghane, puis en désignant l’Iran comme une de ses possibles cibles dans le futur, et en dépêchant porte-avions et croiseurs lourdement équipés au large des côtes de la Corée-du-Nord, Washington entraîne la planète dans un engrenage dangereux. Après la puissance russe, c’est ainsi l’empire chinois qui aura été défié dans sa zone d’influence asiatique.

Il est probable que le changement d’attitude de Monsieur Trump traduise une évolution du rapport des forces au sein de l’administration américaine, y consacrant le retour en force de la vision interventionniste que défendaient les néoconservateurs sous les mandats de George W. Bush et Barack Obama. Mais, plus encore, il illustre la redistribution en cours des cartes du jeu international.

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lundi 3 avril 2017

L'heure est à un nouveau Front populaire. Pas à la dislocation de la gauche

L’affaire est entendue. Au travers des avanies qu’ils font subir à Benoît Hamon, ils veulent tuer le Parti socialiste. Ce « ils » désignent, vous l’avez compris, les Hollande, Valls, Le Drian, Rebsamen, Delanoë, et tant d’autres qui se rallient à Emmanuel Macron, avec un art consommé de la nuisance envers le candidat investi par leur parti. Je ne suis pas socialiste, je ne l’ai jamais été. Cela dit, comme tout un chacun, j’ai parfaitement saisi qu’au-delà du PS, c’est la gauche tout entière dont ils cherchent à se débarrasser. Leur but ? Évidemment, faire éclore le Parti démocrate dont ils rêvent depuis si longtemps, cette construction « centriste » s’adaptant à l’ordre néolibéral, au nom de la modernité supposée que ce dernier incarnerait. Ils vont si loin dans leur dérive droitière, que l’ancien Premier ministre de François Hollande est allé jusqu’à envisager des consensus avec… Monsieur Fillon, si ce dernier venait du moins à être élu.

Aux yeux de ces spadassins d’un nouveau genre, le péché du parti né à Épinay voilà 46 ans est de conserver, en dépit de tous les reniements auxquels son nom fut associé à chaque fois qu’il gouverna, un certain lien à l’aspiration à la justice et à l’égalité, si profonde au pays de la Grande Révolution. Et, bien sûr, à travers ladite aspiration, de n’avoir jamais totalement rompu sa relation à ces classes travailleuses et populaires qui forment la majorité de la population active, mais que les puissants d’aujourd’hui veulent rendre littéralement invisibles dans la vie publique. Ce « passé qui ne veut pas passer » s’avère à ce point résilient que le vainqueur de 2012 ne l’eût jamais emporté sans sa fameuse diatribe contre la finance toute-puissante. Et que Benoît Hamon ne se fût jamais installé dans cette compétition présidentielle sans le vote en sa faveur de 1,2 million d’électeurs de la « primaire » socialiste.

Que l’on me comprenne bien. Lorsque je dis que l’objet des grandes manœuvres en cours consiste à vouloir éliminer la gauche du paysage des prochaines années, ce n’est pas au sens où disparaîtraient soudain les forces héritières du combat séculaire du mouvement ouvrier, sociaux-démocrates refusant obstinément de s’abandonner aux sirènes du social-libéralisme, communistes à chaque instant engagés dans la résistance à l’intolérable, « alternatifs » ou « Insoumis » héritiers d’une culture d’extrême gauche enracinée de longue date… C’est au sens où notre camp dans sa diversité, faute d’alliances dynamiques, verrait durablement s’éloigner la possibilité de réunir des majorités populaires et de gouverner au service du plus grand nombre.

Là réside le véritable enjeu du débat traversant la gauche. Se situer du côté du monde du travail doit-il déboucher sur des postures, prenant par exemple la forme d’invocations abstraites, telles celles à une « révolution citoyenne » et à la « force du peuple » ? Ou bien la radicalité d’un projet se mesure-t-elle, en fin de compte, à la stratégie permettant, grâce à la convergence des formations et énergies disponibles, de mettre en œuvre des propositions audacieuses, modifiant concrètement le rapport des forces entre dominants et dominés ? Tel est le nœud du désaccord que recouvrent les controverses sur le rassemblement…

Voici quelques jours, l’un des porte-parole de Benoît Hamon fixait à la campagne de ce dernier l’objectif de parvenir à un nouveau Front populaire. Précisément, c’est la visée d’un « Front populaire et citoyen » qu’avaient adoptée les délégués du dernier congrès du PCF, en juin 2016. Et, des récentes initiatives pour le rassemblement de la gauche et une candidature présidentielle unique, a immédiatement resurgi l’évocation de la première victoire, au XX° siècle, d’une gauche unie pour faire face à la menace du fascisme, et pour changer le quotidien de ce peuple ayant si souvent, dans l’histoire, payé le prix du sang pour avoir défié les privilèges de la naissance et de la fortune.

Que, dans la mémoire collective, fût restée si vivace l’idée qu’il n’est de gauche qu’au service de ceux d’en bas, n’est pas sans expliquer pourquoi le 80° anniversaire de 1936 fut à ce point banalisé, l’an passé, par ces personnages qui se précipitent maintenant dans les bras d’un aventurier qui promet aux Français de déréglementer à tout-va l’économie, la protection sociale et le droit du travail. Il est vrai, on l’avait trop peu souligné sur le moment, que ceux-là avait déjà choisi le 3 mai 2016, date-anniversaire du second tour des législatives ayant offert la victoire aux partis du Front populaire, pour engager le débat sur la loi El Khomri à l’Assemblée nationale. Éclairant, si l’on veut bien se souvenir qu’au nombre des grands acquis de cette année-là, figuraient les conventions collectives, celles précisément que l’on s’est employé à dynamiter à travers le renversement de la hiérarchie des normes.

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mercredi 29 mars 2017

Devant un piège mortel pour la gauche, une seule solution : l'unité !

Le ralliement de Manuel Valls à la candidature d’Emmanuel Macron a au moins une vertu : elle clarifie la situation et les enjeux de la séquence électorale en cours. Comme vient de l’indiquer mon camarade Pierre Laurent, « ce choix sonne le regroupement de tous les responsables des renoncements du quinquennat et de la division de la gauche, autour d'une candidature dont les orientations de droite sont désormais clairement affichées ».

Voilà qui devrait déciller bien des yeux. La gauche tout entière fait face à un danger mortel. Tout, à présent, prouve que son élimination du second tour de la présidentielle, donc sa marginalisation certaine pour de très longues années, condamnerait le peuple français à choisir la moins pire des catastrophes qui le menacent : entre une extrême droite dont la victoire étranglerait la République, une droite plus déterminée que jamais à liquider ce qui subsiste de l’héritage du Conseil national de la Résistance, et la grande coalition des tenants « macroniens » de l’austérité et du libéralisme qui ravagent l’ensemble de l’Europe.

Il n’est qu’un moyen de déjouer ce piège mortel : l’unité ! Les postures dilatoires, les prétextes tacticiens, les calculs à courte vue et les logiques hégémoniques se révèlent pour ce qu’elles sont : irresponsables, pour ne pas dire criminelles. Il s’avère aussi absurde, d’un côté, d’imputer à Benoît Hamon le bilan du quinquennat de François Hollande que de vouloir, de l’autre, entrer dans une compétition avec Jean-Luc Mélenchon pour savoir… qui occupera la quatrième place au soir du 24 avril.

Une seule candidature est nécessaire, si l’on veut que la gauche ne devienne pas une force résiduelle, ayant renoncé à porter une ambition majoritaire au service du plus grand nombre de nos concitoyens. D’évidence, au vu des convergences d’ores et déjà existantes entre les candidatures Hamon et Mélenchon, et même s’il ne sera pas possible de surmonter les différences existantes, un pacte commun en quelques points est possible, pour répondre à l’urgence sociale, écologique et démocratique.

Un sommet de toute la gauche et de ses deux candidats s’impose dans les prochains jours pour en discuter. Là encore, je rejoins l’appel que vient de lancer Pierre Laurent, ce 29 mars. Mais c’est la pression citoyenne qui va s’avérer déterminante. Les différents appels en faveur du rassemblement ont raison de proposer de nouvelles initiatives samedi prochain. Faisons-nous entendre partout…

mercredi 22 mars 2017

Lettre à des amis se pensant insoumis : "Votre inconscience me fait peur"

Nous le savons désormais, la compétition présidentielle comptera onze candidats. En théorie, le débat officiel devrait à présent se déployer pleinement. En réalité, tout conduit à redouter que la confrontation de projets ne se trouve toujours écrasée par un climat pollué par les affaires, pour le plus grand plaisir d’aventuriers démagogues s’évertuant à répandre la confusion. Relayé par une kyrielle d’intellectuels en cour, de faiseurs d’opinion autoproclamés ou de médiacrates bardés de certitudes, un scénario s’ébauche, dont on s’efforce de convaincre les Français qu’il serait inéluctable. Ainsi, l’enjeu de ce scrutin consisterait-il à départager Monsieur Macron de Madame Le Pen, sous-entendu les tenants de « l’ouverture » de ceux du « repli », les exaltés de la mondialisation « heureuse » des intégristes d’un nationalisme ethnique. C’est là jouer avec le feu… Placer l’extrême droite au centre du jeu politique… En faire l’alternative à un ordre social générateur d’injustice et devenu, pour cette raison, insupportable au plus grand nombre de nos concitoyens… Cet ordre auquel l’ex-banquier d’affaire s’identifie naturellement, comme en atteste la structure de son électorat potentiel.… Le plus terrible est que la gauche, face à ce choix en trompe-l’œil, fait penser au lapin tétanisé par les phares du véhicule qui va l’écraser. Consentant à sa marginalisation. Acceptant son éjection quasi-certaine du second tour. Résignée à la perte de crédit en découlant et la rendant inaudible du peuple. Pour cette raison, et quoi que l’on me rétorque (Jean-Luc Mélenchon, à en croire Le Monde de ce 18 mars, doit me classer au nombre de « ces amis de ‘’l’unité’’ » qui se livreraient contre lui « à un pilonnage démoralisant »), la question du rassemblement demeure l’un des enjeux majeurs de cette élection à nulle autre pareille. Jusqu’au dernier instant, il faudra par conséquent ne pas relâcher la pression citoyenne qui en porte l’exigence. En reprenant la plume sur cette question, je voudrais une nouvelle fois m’adresser à celles et ceux qui, dans notre camp, ne voient pas arriver le boulet qui nous laissera tous sur le carreau. Par commodité, afin de mieux ramasser les principaux éléments de la discussion, c’est la forme de la « lettre ouverte » que j’aurai choisi pour exprimer mes préoccupations.

« Les amis, il fallait que je vous livre ce que j’ai sur le cœur. En raison de tous les combats que nous avons livrés ensemble, depuis la campagne du « non » de gauche au Traité constitutionnel européen, voici déjà douze ans. En raison également de nos efforts partagés, au fil de ces années si chargées en rendez-vous politiques et sociaux, afin que surgisse dans ce pays une perspective d’espoir ne s’abîmant pas de nouveau dans la soumission à la doxa libérale. En raison enfin de cette lueur que nous avions allumée en créant le Front de gauche, en 2009, par un accord conjoint du Parti communiste français, du Parti de gauche et de la Gauche unitaire.

« Je connais, pour l’un l’engagement dans l’aventure que représenta la création du Parti de gauche, pour l’autre la certitude qu’il conviendrait dorénavant de fondre le PCF dans une nouvelle force composite, pour un troisième la farouche volonté de sauver ce qui peut encore l’être d’une extrême gauche n’ayant pas su tirer les leçons de ses erreurs d’analyse. Je respecte ces parcours, et d’autres encore, quoiqu’ils nous aient plus d’une fois divisés.

« L’heure est cependant trop grave pour que je ne vous dise pas à quel point votre inconscience des dangers du moment me fait véritablement très peur. Mes mots vous paraîtront peut-être durs. Ils le sont, à dessein. La lecture de très nombreux blogs ou contributions sur la Toile m’aura en effet permis de dresser, pour ainsi dire, le « portrait-robot » de la démarche qui vous conduit à vous opposer, avec tant de vigueur, à nos efforts pour réunir la gauche sur une plate-forme de rupture avec les errements d’un quinquennat agonisant, et pour aboutir à une candidature présidentielle unique.

« Manifestement, l’affaire est entendue pour vous. Vous paraissez vouloir suivre Jean-Luc Mélenchon lorsque, se détournant du pacte de non-agression théoriquement conclu avec Benoît Hamon, il explique : « Imaginez-vous que quarante jours avant le scrutin, je saute au cou (dudit Hamon), cela ferait des milliers d’abstentionnistes de plus. » Ou lorsque la porte-parole du candidat, Raquel Garrido, se perd dans la condescendance, c’est-à-dire dans la tentation de l’hégémonisme : « Benoît Hamon n’est là que pour tenter de réduire l’influence de Jean-Luc Mélenchon, c’est ça la vérité. »

« Je n’en veux pas moins reprendre quelques-uns de vos principaux arguments et tenter, de nouveau, de vous convaincre qu’ils nous mènent, qu’ils amènent toute la gauche, à une authentique catastrophe.

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jeudi 9 mars 2017

Ignorer ce qui menace la France, c'est aussi trahir la gauche !

(Cette note a été remise à jour le 9 mars)

Quelques heures après la publication de mon dernier post, le fragile espoir né du dialogue renoué entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon se voyait mis à mal. À l’issue d’un dîner entre le vainqueur de la « primaire » socialiste et le héraut de la « France insoumise », le peuple de gauche se voyait informé qu’un accord était intervenu… pour ne pas tomber d’accord. Dans un lapidaire communiqué, où perçait une obscure délectation puisque n'y pointait pas le moindre regret, le candidat Mélenchon constatait simplement : « À cinquante jours du premier tour, il n’est pas possible de régler la différence qui par exemple nous sépare sur la question essentielle de l’Europe. Je n’ai pas été surpris qu’il me confirme sa candidature et il ne l’a pas été que je lui confirme la mienne. Nous sommes convenus d’un code de respect mutuel dans la campagne. » Beaucoup, je l’ai personnellement vérifié, en auront éprouvé un surcroît de découragement. Faut-il, dès lors, renoncer à rechercher le « pacte de majorité » et la candidature présidentielle unique qui permettraient, en s’appuyant sur l'élan d’une union retrouvée, de gouverner demain la France sur des objectifs réellement de gauche ? Je le pense moins que jamais.

Pour peu que l’on voulût bien s’intéresser un peu au nouveau paysage politique en train d’émerger, on aboutira à la conclusion qu’il serait insupportable, criminel même, de consentir à une gauche fracturée, donc impuissante et mise hors-jeu pour longtemps. Quatre grands traits caractérisent en effet notre vie publique.

D’abord, à travers la révélation de l’affairisme de François Fillon, qui lui interdit désormais de disposer de la légitimité suffisante pour incarner la fonction présidentielle dans des institutions d’essence bonapartiste, à travers également les soubresauts qui font du Parti socialiste un bateau ivre au terme d’un quinquennat affligeant, ce sont les formations d’alternance qui se retrouvent en pleine tourmente. La V° République s’en voit, du même coup, entraînée dans une véritable crise de désintégration.

Ensuite, comme toujours en pareilles circonstances, lorsque semble avoir disparu toute alternative de progrès, c’est l’extrême droite qui voit ses voiles se gonfler. Quoique rien ne fût jamais écrit, Madame Le Pen s’avère maintenant en position de l’emporter le 7 mai prochain, et son essor fulgurant fait du Front national l’enjeu central de l’élection présidentielle, pour le premier autant que pour le second tour. Au surplus, même si sa conquête du pouvoir se voyait une nouvelle fois mise en échec, le parti national-lepéniste n’en aurait pas moins atteint un étiage tel qu’il disposerait des clés des réorganisations en gestation du côté d’une droite sans projet, privée de leadership et idéologiquement disloquée.

De la même manière, la politique ayant horreur du vide, comme on dit, d’autres aventuriers en viennent inévitablement à se poser (et à apparaître à une partie de l’opinion) comme des recours. La nouveauté vient aujourd’hui du fait qu’une fraction très substantielle de la finance s’investit dans la bataille électorale et cherche à y promouvoir un candidat au programme aussi attrape-tout que correspondant à ses intérêts fondamentaux, en l’occurrence Emmanuel Macron. Ce faisant, se fait jour la volonté de ces milieux d’affaire de s’émanciper, non seulement des partis existants, mais des mécanismes de la démocratie citoyenne, afin de mieux prendre en mains directement les destinées de la nation.

Enfin, le ralliement d’un François Bayrou au rejeton de la banque Rothschild, en se conjuguant à ceux qui se préparent dans le clan des supporters « socialistes » du pouvoir en place, est de nature à accélérer une recomposition au centre-droit de la scène politique hexagonale. L’un des objectifs de l’opération, chacun doit s’en montrer conscient, consiste à marginaliser tous les courants qui, à gauche, revendiquent leur filiation au mouvement ouvrier et entendent continuer à se réclamer de cet héritage émancipateur.

Soulignons-le donc sans détours : dans de semblables conditions, l’existence d’une gauche en état de porter une nouvelle majorité politique à la tête du pays dépend clairement de son rassemblement. Rassemblement, cela va sans dire, sur des bases qui l’autorisent, c’est-à-dire qui se situent en rupture avec l’austérité comme avec les logiques de soumission au dogme néolibéral.

La désignation de Benoît Hamon par les participants de la « primaire » de janvier l’a permis, et le permet toujours. D'ailleurs, à qui resterait incrédule sur la distance prise par le candidat socialiste avec la gestion hollandaise des affaires, le ralliement de nombre des ténors sociaux-libéraux du PS à la campagne de Macron se chargerait de remettre les pendules à l'heure. Il importe donc que toutes les énergies disponibles s’emploient, sinon à discuter d’un programme global de gouvernement, le temps nous manquant pour mener à bien une cette entreprise, du moins à dégager une série de propositions-phares répondant tout à la fois aux urgences du moment et aux aspirations de notre peuple.

Tel est l’un des principaux enjeux de la séquence électorale de ce printemps. S’y dérober, en faisant passer des considérations boutiquières avant l’esprit de responsabilité, revient à jouer à la roulette russe l’avenir de la France comme celui de notre camp social et politique !

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samedi 25 février 2017

L'unité est un combat, pas une partie de poker-menteur

Nous aurons eu, ces derniers jours, une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne : Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon auront enfin pris langue, laissant même espérer une rencontre dans les prochains jours. La mauvaise : ce contact à peine renoué, les équipes des deux candidats se seront engagées, à distance, dans une partie de cache-cache particulièrement pénible, dont beaucoup auront tiré la conclusion que le chef de la « France insoumise » cherchait surtout un prétexte pour refuser l’unité de candidature à la présidentielle. D’autant que, dans le même temps, Yannick Jadot parvenait, lui, à conclure un accord avec son compétiteur socialiste…

Au point où nous sommes rendus, les choses doivent être dites clairement. La France vit à l’heure de tous les dangers. Le Front national n’aura cessé de progresser dans les enquêtes d’opinion, au point que sa présidente semble devoir faire jusqu’au bout la course en tête et que son élection devient, de jour en jour, plus plausible. Le candidat de la droite aura fini par reprendre sa campagne, à ceci près que le scandale l’ayant dépouillé de sa légitimité n’aura fait que renforcer sa détermination à conduire, coûte que coûte, son entreprise de régression sociale et démocratique. Quant à Monsieur Macron, le soutien que vient de lui apporter François Bayrou peut lui laisser espérer un regain de dynamique, qui le qualifierait, au détriment de la gauche, pour le match final contre la représentante de l’extrême droite.

Ladite gauche s’en retrouve interpellée sur son avenir. Elle se voit menacée d’une marginalisation électorale dont le prix pourrait être terrible, dès le scrutin législatif et au lendemain de cette séquence électorale. Quiconque prendrait son parti de l’échec se profilant ou, pire, justifierait une fracture de nature à lui interdire inéluctablement l’accès au second tourde la présidentielle, ferait preuve d’une irresponsabilité criminelle. Que le peuple de gauche, on peut en être sûr, ne pardonnerait pas…

À cet égard, si sa proposition, au soir de la « primaire » de janvier, de discussions en vue d’aboutir à un rassemblement aura été la bienvenue, Benoît Hamon ne peut laisser maintenant certains de ses partisans la résumer, à demi-mots, à une tentative de siphonage de l’électorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon. De son côté, ce dernier ne saurait insulter l’intelligence des citoyens en présentant, comme des débats de clarification, une succession de mises en demeure essentiellement destinées à révéler les turpitudes dont il soupçonne son interlocuteur socialiste, quoique celui-ci soit sorti vainqueur de sa confrontation avec Manuel Valls.

Dans une lettre qu’il dit destinée à « voir ce que nous pouvons faire d’utile », le candidat Mélenchon égrène remarques grinçantes (« il est évident que dans les sondages ta candidature reste à un niveau extrêmement bas »), demandes de « garanties politiques sur (l’engagement de Hamon) à rompre avec le quinquennat et son bilan », et exigence appuyée que le désormais représentant du PS démontre qu’il lui est « possible de (s’)avancer largement » vers les 357 mesures du programme des Insoumis, « quitte à ce que ceux qui (le) combattront de toute façon dans (son) parti prennent leur distance ». Il demande, en ce sens, un refus de tout accord avec Emmanuel Macron, l’abolition des « mesures emblématiques » prises ces cinq dernières années, l’instauration de la « Sécurité sociale intégrale », la restauration de la retraite à 60 ans, la sortie du nucléaire avec passage « aux 100% d’énergies renouvelables », la dénonciation de l’accord Ceta, ou encore le retrait de l’Otan. Sans parler de cette autre exhortation portant sur la non investiture des figures sociales-libérales du PS en vue des législatives. À ces conditions, il se dit disposé « à consulter les 250 000 personnes qui se sont personnellement engagées à (ses) côtés sur la proposition qui leur serait faite ».

Nombre des questions soulevées par Jean-Luc Mélenchon revêtent une certaine pertinence. Comment, en effet, reconstruire une dynamique populaire sans, par exemple, vouloir abroger la loi El Khomri ou remettre en cause le dispositif du Cice, lequel n’aura profité qu’aux actionnaires sans relancer l’activité ni protéger l’emploi ? Comment imaginer ceux qui ont trahi toutes les attentes de leurs mandants après 2012 défendant demain une alternative à leur propre bilan ? On ne peut pour autant approuver la méthode utilisée par celui qui avait porté, en 2012, les couleurs d’un Front de gauche affichant alors une ambition pour la gauche tout entière.

D’abord, l’argumentation de la lettre ouverte rappelle une pratique dans laquelle aura longtemps excellé l’une des branches du trotskysme, le courant lambertiste pour être précis, que Jean-Luc Mélenchon connaît bien pour y avoir fait ses premiers pas de militant. Elle consiste, en se parant de la vertueuse intention d’aboutir à un « front unique », à mettre ses interlocuteurs « au pied du mur », afin de mieux démasquer leur duplicité. Outre que cette bataille en trompe-l’œil pour l’unité n’aura jamais abusé très longtemps sur les arrières-pensées de ceux qui y recouraient, elle aura toujours eu pour résultat de creuser les divisions que l’on se targuait de vouloir surmonter.

Ensuite, pareille démarche ne fait qu’entretenir la plus préjudiciable des confusions. Ce n’est pas par des oukases, des proclamations de radicalité ou des mots générateurs de tensions que l’on répondra au désir de gauche qui renaît dans le pays et que l’on fera progresser une perspective en laquelle puisse se reconnaître une majorité de Français. C’est, au contraire, en faisant porter la discussion sur les axes d’un programme tournant le dos aux renoncements du passé et répondant aux urgences du moment que l’on réveillera l’espoir, et que l’on redonnera à notre peuple l’envie de se battre pour pour le redressement du pays et pour de nouvelles conquêtes.

Extraire la France des griffes d’une finance prédatrice, reprendre le contrôle du système bancaire, permettre ce faisant à la puissance publique de recouvrer des marges de manœuvre au service du redémarrage de l’économie. Faire souffler sur ce pays le grand vent de l’égalité et de la justice, en entamant la redistribution des richesses au moyen d’une grande réforme de la fiscalité, en déclarant la guerre au chômage grâce à la sécurisation des parcours professionnels de chacun comme à une nouvelle diminution de la durée du travail, en augmentant les revenus des classes travailleuses et populaires. Engager la réindustrialisation de nos territoires, affronter dans ce cadre les défis de la révolution numérique, imaginer un nouveau mode de développement écologiquement soutenable. Répondre à une crise démocratique devenue phénoménale en relevant la citoyenneté, en élargissant les droits du plus grand nombre à la ville comme à l’entreprise, en luttant contre les fractures enfonçant un très large pan de notre société dans l’exclusion, en ouvrant sans hésitation le chantier de la VI° République. Rendre à la France une voix forte sur le continent pour porter l’exigence de l’arrêt de l’austérité et du dumping social, oser en ce sens affronter les gouvernements libéraux et la Commission de Bruxelles, défendre de nouveaux critères pour le déploiement des politiques européennes, aller vers une nouvelle Union émancipée de ses traités actuels. Voilà ce dont il convient de discuter.

Il faut le faire avec la volonté d’aboutir. Aboutir à un contrat permettant à toute la gauche de se retrouver autour d’une candidature unique à la présidentielle, de défaire la droite et l’extrême droite, de faire élire une majorité de gauche à l’Assemblée nationale, de gouverner ensuite tout au long de la mandature sur un projet de progrès. On doit se féliciter que, confirmant une nouvelle fois qu’« il tient la gauche debout », le Parti communiste vienne de se prononcer en ce sens, dans une « Adresse au peuple de France » appelant à un « pacte pour une nouvelle majorité à gauche ».

Le sur-place, les comportements dilatoires, les calculs non exempts d’un certain cynisme risquent toutefois de se poursuivre. Avec leurs retombées démoralisantes, si la pression citoyenne ne s’organise pas très vite. Robert Guédiguian vient d’en montrer le chemin, dans une tribune publiée par Le Monde du 23 février. S’adressant à Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, le réalisateur talentueux écrit : « Unis, vous pouvez gagner, nous pouvons gagner avec l’un ou l’autre, peu importe car vous pensez tous les deux qu’il faut en finir avec notre régime présidentiel. Les gens qui souffrent ne voteront pas pour vous si vous êtes séparés. La vague qui s’est levée se brisera sur vos bons mots et elle refluera plus loin que d’où elle était partie, chargée d’une désillusion de plus. Et vous en serez responsables. »

Dans les années 1970, au temps du Programme commun, on avait coutume de dire, reprenant un mot d’Etienne Fajon : « L’union est un combat. » Elle le reste. Mais, au vu de la gravité de l’instant, des voix par centaines de milliers doivent faire entendre qu’elles ne veulent pas qu’on la confonde avec une partie de poker-menteur.

dimanche 19 février 2017

Demain, il sera trop tard !

Si, encore, il n’y avait que des blogs engagés, tel celui-ci, pour mettre en garde devant la catastrophe qui nous guette, d’ici quelques semaines… Mais, à lire les commentaires de plus en plus nombreux qu’hébergent les grands titres de la presse nationale ou européenne, la conviction se répand que le pays chemine au bord du précipice. Sans que le plus élémentaire instinct de survie conduise les états-majors partisans, y compris à gauche, à un sursaut. C’est à ce genre de climat délétère que l’on reconnaît les moments de basculement historique.

Lorsque, dans un temps aussi déterminant qu’une campagne présidentielle dans notre V° République, on s’emploie à culpabiliser les Français pour justifier les sacrifices terribles que l’on entend exiger d’eux, mais que l’on escamote l’état social dramatique d’un pays déjà étranglé depuis des lustres par le néolibéralisme… Lorsque ceux que l’on qualifie volontiers de « grands candidats » (au point de leur accorder des temps d’antenne ahurissants) se complaisent dans des rhétoriques creuses sur l’avenir, mais que nul n’évoque, à quelques voix dissonantes près, dont celles de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, ces millions de personnes plongées dans le chômage de masse, une précarité durable et des inégalités grandissantes (à l’image des 6,1 millions inscrites à Pôle emploi, des 8,5 millions recensées comme pauvres, des six millions bénéficiant des minima sociaux, des 3,9 millions relevant de l’aide alimentaire, des 2,3 millions recevant le RSA, des 3,9 millions étant classées comme mal-logées, ou des 900 000 privées de logement personnel)… On se trouve proche d’un divorce consommé entre la France des installés et celle des ignorés que représentent les classes travailleuses et populaires, pourtant majoritaires dans notre société. On se trouve même renvoyés à un phénomène d’exclusion instituée comparable, du moins par sa radicalité, à celle qui amenait, au milieu du XIX° siècle, un prêtre du nom de Lamennais à écrire : « Que possédez-vous ? – Tout. – Asseyez-vous au banquet social. La table est dressée pour vous. Toi, qui n’as rien, retire-toi. Est-ce qu’il y a une patrie pour le pauvre ? » (in Le Livre du peuple, 1847).

« Une patrie pour le pauvre » : les mots prennent de nos jours une singulière résonance… Lorsque se voient sapés les fondements de l’appartenance à une commune nation, ce qui se révèle le véritable ressort de la perte d’identité dont on parle tant, mais que les Saint-Jean Bouche d’Or de la pensée unique s’évertuent à ethniciser les fractures françaises pour mieux dissimuler la vérité du capitalisme globalisé qui nous impose sa loi… Lorsque partout les peuples se dressent contre la course effrénée au profit, avec son cortège d’injustices insupportables et de menaces sur les équilibres écologiques de la planète, mais que les élites politiques et intellectuelles appellent au contraire à pousser les feux de ce processus de dévastation de la vie humaine… Lorsque les assises économiques, sociales, territoriales, culturelles de l’Hexagone se retrouvent minées par un libre-échangisme déferlant au seul avantage des transnationales, mais que les gouvernements du continent (dont celui, hélas, de la France) s’accordent pour que l’accord commercial avec le Canada, le fameux Ceta, entre en vigueur avant que les Parlements nationaux l’aient seulement discuté… Lorsque d’aucuns ne cessent d’en appeler à l’autorité de l’État, mais qu’ils se taisent quand un pays de l’Union européenne, le Danemark en l’occurrence, vient se placer à l’avant-garde de ses semblables pour décider de nommer un ambassadeur auprès des Gafa (terme sous lequel on désigne les multinationales du numérique), ce qui signifie qu’on les traite à l’égal des gouvernements… On répand chez des millions d’hommes et de femmes le terrible sentiment que ne revêtent plus la moindre importance les cadres à travers lesquels ils crurent longtemps peser grâce à leurs bulletins de vote.

Et lorsque toute la vie démocratique d’un pays vit au rythme des révélations sur le détournement de fonds publics au bénéfice personnel du chef de file d’une droite ultraconservatrice, mais que celui-ci se montre prêt à user de n’importe quelle ficelle juridique pour s’installer coûte que coûte à l’Élysée et y jouir de cinq années d’impunité… Lorsque ce comportement d’hobereau cynique ôte toute légitimité à ce candidat, même s’il parvenait à sortir gagnant de la présidentielle à la faveur d’un concours de circonstances, mais que le président du Medef se porte à son secours, paniqué à l’idée que les grandes entreprises se trouvent soudainement privées d’un personnage préconisant, comme elles, l’anéantissement du pacte social de la Libération… Lorsque tout cela menace le régime et les partis d’alternance d’une dislocation cataclysmique, mais que les puissances financières répondent à cette menace en s’investissant directement dans la compétition électorale, à travers notamment la présence de leurs fondés de pouvoir dans les entourages de Messieurs Fillon ou Macron… On délivre aux citoyens le message que plus rien n’arrête la cupidité des hommes d’affaires libéraux.

Comment Madame Le Pen n’en tirerait-elle pas les fruits ? Confrontée à une gauche que l’action de François Hollande a laissée exsangue, et à une droite aussi décomplexée dans sa détermination réactionnaire que rattrapée par son goût immodéré pour l’argent maître de tout, le Front national apparaît comme l’alternative à un nombre croissant d’électeurs. Qu’importe la logique de destruction des principes égalitaires et universalistes de la République qu’induit son programme, qu’importe encore l’imposture de sa posture sociale comme de sa promesse de redonner au peuple sa souveraineté, qu’importent enfin les accusations dont ses dirigeants font eux-mêmes l’objet, la force de l’extrême droite provient de la vacuité (ou du discrédit) des offres politiques qui lui font face.

Commentant l’enquête électorale fort instructive du Cevipof, réalisée par Ipsos-Sopra Steria entre les 7 et 12 février, le journaliste Gérard Courtois relève à juste titre l’imminence du danger : « Certes, avec 26% des intentions de vote (Le Pen) n’a pas progressé depuis un mois. Mais elle fait désormais nettement la course en tête et peut compter sur un électorat remarquablement fidèle et déterminé. 74% des électeurs qui se prononcent en sa faveur assurent que leur choix est définitif, soit un taux bien supérieur à celui des autres candidats (…). Si Mme Le Pen apparaît toujours comme la candidate qui ‘’inquiète’’ le plus, elle est aussi celle qui, aux yeux des Français, ‘’veut vraiment changer les choses’’ » (Le Monde du 17 février).

Bien sûr, l’attachement de notre peuple à ses acquis républicains peut, in fine, barrer la route de l’Élysée à la tenante du repli et de la haine. Peut-on toutefois se montrer certain que le « plafond de verre » résistera cette fois encore ? Surtout, qui sera le bénéficiaire d’un nouvel échec de Madame Le Pen ? La droite filloniste, extrémisée comme jamais depuis soixante-dix ans, qui après avoir tant redouté d’être privée de la victoire en deviendra plus acharnée à plier la France aux exigences des marchés ? Ou le petit Monsieur Macron qui, se prétendant l’incarnation de la modernité libérale, entend désarticuler la gauche pour mieux faire émerger un modèle économique inspirée de la Silicon Valley ? Dans un cas comme dans l’autre, même si elle s’incline de nouveau dans sa quête du pouvoir, face à des adversaires se détournant des souffrances et attentes populaires, sa démagogie sans bornes permettra à l’extrême droite de poursuivre son ascension et de s’enraciner davantage sur l’ensemble du territoire.

C’est ici que va se mesurer la responsabilité, ou l’irresponsabilité, de la gauche. De toute la gauche ! Maintenant que les électeurs de la « primaire » socialiste ont levé l’hypothèque hollando-vallsiste qui l’enfermait dans la division, elle se doit de laisser de côté querelles d’égo et comportements tacticiens. Elle peut ainsi redevenir la grande force porteuse de redressement national, de changement politique et social, de reconstruction d’une République pour tous et toutes. Son rassemblement en est toutefois la condition, dès l’élection présidentielle. Si tous les sondages la qualifient en effet pour le second tour en cas d’union, ils s’accordent également pour l’en éliminer si elle demeure fragmentée.

Tout redeviendra possible si toutes ses composantes s’emploient sans tarder, non à solder les comptes du passé, encore moins à confronter chacune de leurs différences, mais à tourner la page d’un quinquennat crépusculaire. L’objectif doit être de dégager les quelques axes du contrat de majorité qui pourrait les réunir, contre une finance oligarchique et au service du seul intérêt général. Le calendrier d’une campagne inédite, où rien n’est plus écrit, le permet encore. Reste que le temps presse. Demain, il sera trop tard !

vendredi 10 février 2017

Questions sur le rassemblement de la gauche

De mémoire, nous n’avons jamais connu campagne présidentielle à ce point imprévisible. À moins de trois mois du premier tour, tous les personnages ayant, à un moment ou à un autre, tenu entre leurs mains les destinées du pays, se voient signifier leur congé. Le dernier en lice, Monsieur Fillon, risque de connaître un sort identique, rattrapé qu’il se trouve par une extravagante consanguinité avec le monde de l’argent facile et des affaires juteuses. Du même coup, l’issue du scrutin cardinal de nos institutions échappe totalement aux deux appareils qui régentaient jusqu’alors les alternances électorales, signant très probablement la fin d’un ordre politique. Je reviendrai, dans une prochaine note, sur ce chamboule-tout hexagonal qui pourrait entraîner des bouleversements aussi déterminants que ceux ayant suivi, en leur temps, l’effondrement des III° et IV° Républiques. Je veux, pour l’heure, me consacrer exclusivement à cet autre séisme, conséquence probable de tous les autres, qui rebat les cartes à gauche.

Nous nous étions, progressivement, résignés à la menace du pire. Elle occupe toujours, hélas, notre horizon. Lorsqu’une crise tempétueuse vient miner l’édifice institutionnel en place, les règles politiques en vigueur et les principes moraux conférant sa cohésion à la nation, sans que les forces de progrès n’apparaissent porteuses d’alternative, le risque est grand qu’en tirent bénéfice une droite extrémisée comme jamais, un démagogue à la communication aussi habile que son projet est dangereux pour les classes populaires, ou une extrême droite soufflant sur les braises de la détresse sociale et du délitement démocratique. Paradoxalement, c’est néanmoins l’ampleur même de ces dangers qui fait aujourd’hui renaître ce désir de gauche qu’ont manifesté, avec l’éclat que l’on sait, les électeurs de la « primaire » socialiste en désignant Benoît Hamon.

Voilà qui règle au moins une première question, ayant largement perturbé les débats au sein de notre camp depuis des mois. Le clivage entre droite et gauche n’a rien perdu de sa pertinence, quoique l’action déployée au sommet de l’État ces cinq dernières années ait provoqué un immense découragement. Lorsque la droite se veut résolument à droite, que le Front national voit ses voiles se gonfler au risque de mettre à mort la République, faudrait-il à notre tour encourager la confusion ambiante en bricolant des constructions substituant, aux repères hérités des combats socialistes et communistes, un nouvel antagonisme supposé opposer « le peuple » au « système » ?

Je regrette, à cet égard, que Jean-Luc Mélenchon ne prenne toujours pas la mesure des transformations profondes du paysage politique en quelques semaines. Interrogé par Le Parisien du 5 février, il indique par exemple : « La gauche aujourd’hui est une étiquette confuse, surtout avec l’arrivée de Macron. Mais, oui, on peut battre la droite et Le Pen. L’essentiel, c’est de répondre à la vague ‘’dégagiste’’. » Parlons-nous franchement. Le concept de « dégagisme » se révèle au mieux creux, au pire dangereux.

Pour compréhensibles qu’ils fussent, la révolte que suscite le cynisme des classes dirigeantes, le désir du « coup de balai » salutaire ont rarement, dans l’histoire, été les vecteurs d’un changement progressiste. Le « dégagez-les tous », outre qu’il peut s’appliquer à n’importe lequel des détenteurs d’une parole publique, peut très vite nourrir un « tous pourris » auquel la démocratie ne survit généralement pas. Notre peuple a d’abord besoin, a fortiori par temps d’orage dévastateur, d’une perspective d’avenir, de propositions susceptibles de nourrir ses mobilisations, d’espoir.

Que le clivage droite-gauche retrouve présentement sa validité soulève ipso facto une seconde question, celle de l’unité de celles et ceux qui veulent agir en faveur d’une transformation profonde. Ce que vient de confirmer la « primaire » de janvier, c’est que la gauche n’est nullement fracturée en deux blocs « irréconciliables ». Foin de l’opposition factice entre « gauche de gouvernement » et « gauche de protestation » ! Foin de la théorisation hâtive d’une rupture définitive entre militants socialistes confondus sous l’opprobre de « solfériniens » et « insoumis » supposés incarner le renouveau ! Si, en dépit des dégâts provoqués par le quinquennat hollandais, 1,2 millions d’hommes et de femmes se sont déplacés aux urnes le 29 janvier pour y assurer, contre Manuel Valls, le succès de Benoît Hamon, c’est que le cœur de la gauche bat… à gauche.

Ce cœur bat, précisément, au rythme de différences se confrontant en permanence. Il ne peut cependant redonner à la France l’énergie de son redressement qu’à travers une dynamique de convergence des forces vives qui l’alimentent. Ce n’est pas seulement l’expérience qui pousse à considérer que l’union est la condition de toute avancée et de toute victoire. C’est la réalité d’une opinion en train de redécouvrir que la gauche n’est pas irrévocablement condamnée à la défaite vers laquelle paraissait la conduire la soumission au dogme néolibéral. Il n’est, pour le vérifier, que de se reporter aux enquêtes d’opinion qui, sans exception, placent une candidature commune de la gauche en tête du premier tour de la présidentielle. Donc, possiblement gagnante au second…

Il est impossible, par conséquent, de répéter à satiété que l’on veut battre la droite et l’extrême droite, si l’on ne prend pas en considération cette nouvelle donne. Il est inutile de dénoncer, à longueur de discours, l’imposture que représente la candidature de Monsieur Macron, si l’on ne se donne pas les moyens de renvoyer ce pur produit de la banque Rothschild à son univers d’origine. Plus encore, il est dérisoire de se dérober au rassemblement – forcément compliqué, d’autant que les délais deviennent très courts – en croyant habile de sommer le candidat socialiste de se débarrasser des sociaux-libéraux du PS, lesquels ne le soutiennent pas sans pour autant changer de parti.

Sous ce rapport, Jean-Luc Mélenchon fait fausse route en s’enfermant dans des exclusives peu compréhensibles du plus grand nombre, plutôt que de défendre les conditions politiques et programmatiques pouvant mener à une confluence conquérante. Comme toujours, ce sont les contenus qui déterminent les possibilités d’alliance. Je me félicite, pour cette raison, de la proposition de plate-forme en cinq points, faite par le Parti communiste, pour ouvrir la discussion. Encore faut-il la concrétiser sans tarder.

L’heure est à l’initiative. À l’audace. À la volonté de bousculer les pesanteurs et les tentations hégémoniques. Pas à la frilosité. Au contact de nombreux amis, de camarades, de militants issus du syndicalisme ou du monde associatif, j’ai pu mesurer à quel point l’issue de la « primaire » socialiste avait modifié les perceptions, réveillé l’intérêt pour la politique, fait resurgir la volonté de replacer la gauche dans le jeu électoral.

Des pétitions se font jour, sur la Toile, demandant à Hamon, Mélenchon et Jadot de reprendre le chemin du dialogue. Le baromètre politique Viavoice-Libération du 9 février fait, quant à lui, apparaître que 69% des sympathisants de gauche souhaitent « un large rassemblement de la gauche sous une candidature unique soutenu par Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot ». Sans parler, événement dont il convient de prendre la mesure, de cette tribune de trois personnalités européennes, dont Yannis Varoufakis, dans Le Monde du 10 février : « Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, au-delà de leurs différences, ont en commun de vouloir un plan de relance européen en faveur de la transition énergétique, une harmonisation fiscale entre États et un arrêt des traités de libre-échange. Ces propositions obligent à une remise en cause des règles actuelles de l’Union européenne, qui sont les prémices de la mise en place d’un nouveau projet européen. La France, deuxième puissance de la zone euro, a les moyens de faire bouger les lignes (…). La volonté de la gauche de s’entendre sur un candidat unique peut sauver les millions de citoyens dont les vies ont été brisées par des années d’austérité et permettre d’envisager un nouvel horizon pour l’Europe. »

Va-t-on ignorer ces attentes, ces exhortations à la responsabilité, ce rappel du rôle historique de la France sur le Vieux Continent ? Sauf à se claquemurer dans un immobilisme mortifère, il est immédiatement envisageable de réunir un carrefour de la gauche et des écologistes, dont l’acte fondateur pourrait être une rencontre publique entre les candidats, ou leurs représentants, et les dirigeants des organisations politiques qui les soutiennent, afin de discuter d'un contrat de majorité, nécessaire et manifestement possible, pour la présidentielle et les législatives. Avec les citoyens et sous leur contrôle, la dynamique peut, du même coup, changer de camp. Chacun est, désormais, devant ses responsabilités...

mardi 31 janvier 2017

Maintenant, reprenons le chemin du débat et du rassemblement à gauche

59% contre 41%, à quelques décimales près : le verdict est sans appel. Manuel Valls, le Premier ministre de la loi El Khomri et du 49-3, de la déchéance de nationalité, de la rigueur budgétaire, des cadeaux fiscaux sans contreparties aux entreprises, des postures sécuritaires et du détournement de l’idéal laïque à des fins douteuses, vient d’acquitter l’impitoyable addition d’une action ayant tourné le dos à tous les marqueurs de la gauche. Comme je l’écrivais, en titre de ma note précédente, pour la gauche tout entière l’événement s’avère une excellente nouvelle.

Benoît Hamon, désormais candidat du Parti socialiste et de ses alliés de la « Belle Alliance populaire », du moins théoriquement tant la campagne de la « primaire citoyenne » mit en évidence des projets opposés, n’aura pas simplement bénéficié du « dégagisme » (pour reprendre les termes de Jean-Luc Mélenchon) ayant déjà débarrassé le pays de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, avant peut-être de frapper à son tour un François Fillon rattrapé par ses combines grassement rémunératrices. Il aura été porté par une dynamique.

Cette dynamique qui, tout au long des cinq dernières années, aura vu le cœur du peuple de gauche s’opposer aux choix catastrophiques des gouvernants. Celle qui plonge ses racines dans cette particularité française, reflet d’une tradition républicaine à la radicalité inentamée, qui aura jusqu’alors empêché le PS de faire son Bad Godesberg ou de se « blairiser » définitivement, au contraire de ses semblables du continent. Celle qui voit un peu partout des ailes de la social-démocratie chercher un nouvel ancrage à gauche, sous l’effet de l’échec avéré des politiques sociales-libérales. Celle, enfin, dont la force provient de la renaissance constante, singulièrement dans notre mouvement ouvrier, de l’aspiration à l’unité de la gauche sur des orientations répondant aux attentes populaires.

Depuis ce dimanche, on assiste au déchaînement de commentaires médiatiques insistant sur l’entrée du parti né au congrès d’Épinay dans la zone des tempêtes. Beaucoup, jusque dans les rangs de la gauche anti-austérité, manifestent l’espoir à peine dissimulé que le vainqueur sorti des urnes fût finalement contraint de composer avec les héritiers du hollandisme, ne serait-ce que pour éviter une hémorragie d’élus et de hauts hiérarques socialistes vers ce Monsieur Macron devenu l’astre montant des pythies médiatiques. D’autres insistent encore sur les désaccords qui subsistent avec le programme de Benoît Hamon.

Loin de moi l’idée de mésestimer le caractère volatil, instable, de la situation. Loin de moi la volonté d’ignorer des différences susceptibles de compliquer les recherches unitaires qui se font jour. Mais ces difficultés ne peuvent occulter qu’un nouveau moment politique s’est ouvert, que les cartes commencent à être rebattues, qu’il redevient possible de travailler à surmonter les profondes divisions qu’entretenaient jusqu’alors les choix libéraux du président sortant et de ses gouvernements. Et, surtout, elles ne sauraient nous masquer que ce changement de donne se sera vu imposer par le déplacement aux isoloirs de millions d’électeurs. Un phénomène dont on peut aisément percevoir les limites, mais qu’il est impossible de minimiser en une période où la confusion règne sur le débat public et où le découragement se répand parmi les citoyens.

Des quelques semaines à venir dépendra l’avenir de notre camp social et politique. Son aptitude à revenir dans le jeu électoral et à se fixer, avec quelque crédit, l’objectif si crucial de battre la droite et l’extrême droite. Sa capacité, condition de la conquête d’une nouvelle majorité progressiste, à faire converger toutes les énergies transformatrices derrière une seule candidature à l’élection présidentielle, laquelle irait de pair avec la conclusion d’un contrat de législature. Sa reconstruction, au-delà des rendez-vous électoraux de ce printemps, sur une démarche de rupture avec les errements d’un pouvoir aujourd’hui agonisant et sur une stratégie de combat pour la justice et l’égalité.

Tout au long de l’année passée, le Parti communiste se sera engagé dans une vigoureuse bataille pour le rassemblement le plus large possible. Il se sera efforcé de vaincre le scepticisme ambiant, à partir d’une double conviction : que telle était la condition pour sauver la gauche d’une déroute annoncée de toutes parts et, surtout, qu’il existait de nombreuses forces disponibles à une contre-offensive unitaire, y compris dans la mouvance socialiste. Ce n’est certainement pas au moment où les faits confirment l’analyse qu’il faudrait renoncer.

Le soir de sa désignation, Benoît Hamon aura exprimé cette intention, qui aura résonné en elle-même comme une rupture avec le legs de la triste mandature qui s’achève : « Dès lundi, je proposerai à tous les candidats à cette primaire, mais aussi à Yannick Jadot et à Jean-Luc Mélenchon, de ne penser qu’à l’intérêt des Français au-delà de nos personnes. Je leur proposerai de construire ensemble une majorité gouvernementale cohérente et durable pour le progrès social, écologique et démocratique. »

Partis et personnalités désignés se doivent de répondre positivement à l’invitation. Parce que ce sont son redressement et sa remobilisation qui se révèlent en jeu, toute la gauche a le devoir de reprendre le chemin du débat et du rassemblement.

Sans doute reste-t-il peu de temps, avant les échéances de la présidentielle et des législatives, pour clarifier les points qui font discussion et aboutir à un nouveau pacte majoritaire, évitant à notre pays d’avoir à subir, ou la terrible épreuve que représenterait une victoire de la droite ou de l’extrême droite, ou cette plongée dans la confusion que constituerait le succès d’un banquier d’affaire reconverti en aventurier démagogue.

Il n’empêche ! Si la volonté est au rendez-vous, il est parfaitement possible de se mettre au travail sur les quelques axes à partir desquels pourrait se vertébrer une plate-forme de salut public : le lancement d’un plan massif d’investissements pour la réindustrialisation de nos territoires et la conversion écologique de l’économie ; la mise en œuvre d’une action destinée à reprendre le pouvoir à la finance, à engager la redistribution des richesses, à dégager pour la puissance publique les marges de manœuvre à même de conduire des politiques audacieuses au service de l’intérêt général ; un programme d’avancées sociales destiné à sécuriser les parcours professionnels, réduire la durée du travail, augmenter les salaires et les pensions, redéployer ces boucliers que constituent les services publics pour nos concitoyens ; l’engagement d’un processus institutionnel ouvrant la voie à une VI° République, déprésidentialisée et fondée sur de nouveaux droits pour les citoyens autant que pour les salariés ; la réorientation de la politique européenne de la France, dans l’objectif de sortir d’une austérité mortifère, de mettre les choix de l’UE au service d’un développement solidaire et de la démocratie, d’aboutir à la négociation d’un nouveau traité.

Pour le dire plus précisément, on ne relèvera pas la gauche en « jouant la montre », en laissant se refermer la porte qui vient de s’entrouvrir, en escomptant secrètement tirer avantage de la balkanisation de l’offre électorale, en se réfugiant derrière de dérisoires querelles de préséance. On ne reconstruira une perspective unitaire, et on ne pourra aborder l’épineuse question des candidatures à la présidentielle comme aux législatives, qu’en partant des contenus. C’est d’ailleurs en jugeant des propositions en présence que les participants à la « primaire » auront rallumé une petite lueur d’espoir. C’est toutefois une réponse qu’ils attendent maintenant des forces politiques. Malheur à qui leur donnerait le sentiment qu’il prend son parti d’un désastre… qui n’a pourtant rien d’inéluctable.

jeudi 26 janvier 2017

La défaite de Valls serait une bonne nouvelle pour toute la gauche

Comme beaucoup d’entre vous, j’imagine, j’ai regardé le débat télévisé entre les deux finalistes de la « primaire » organisée par la « Belle Alliance populaire ». J’en ai retiré la confirmation de ce que j’évoquais dans mon précédent « post ». Entre Manuel Valls et Benoît Hamon, puisque c’est ce dernier que les électeurs ont placé devant Arnaud Montebourg pour porter les couleurs de toutes les gauches socialistes, nous avons tout simplement affaire à l’affrontement entre le tenant du passif d’un quinquennat dont on mesure chaque jour à quels désastres il a conduit le pays, et une personnalité qui dit vouloir entendre de nouveau les attentes du peuple. Ne tombons donc pas dans cette langue de bois désespérante qui amène d’aucuns à vouloir toujours, politiquement correct oblige, assortir une cuillerée de miel d’une dose équivalente de goudron : la victoire de Benoît Hamon serait une excellente chose pour la gauche tout entière.

Oh ! J’entends bien les commentaires ironiques insistant sur une participation électorale moindre qu’attendue par la rue de Solferino et que pronostiquée par les sondeurs. Le recul du nombre de votants, si l’on prend pour point de comparaison la précédente « primaire » de 2011, reflète manifestement l’affaiblissement d’un Parti socialiste victime, à l’instar des autres composantes du camp progressiste, des trahisons à répétition d’un pouvoir dont l’électorat populaire ne peut retenir aucune avancée d’envergure, sur les plans social et démocratique, à la seule exception du « mariage pour tous ».

Cela dit, ceux qui voudraient ne percevoir dans cette mobilisation en demi-teinte que la confirmation de leur propre stratégie, je pense par exemple aux amis de Jean-Luc Mélenchon, devraient plutôt s’interroger sur ce que cet engouement pour le moins limité pourrait dire de l’état de la gauche dans son ensemble. C’est sans doute l’institut Odoxa qui éclaire le véritable problème en écrivant : « Malgré l’intérêt des Français pour les primaires en général, et celle-ci en particulier, cet échec se comprend aisément : huit Français sur dix ne pensaient pas que le vainqueur de cette primaire serait le prochain président de la République (83%) et presque autant (79%) estimaient que le PS sortira ‘’affaibli’’ de la prochaine élection présidentielle. Dans ces conditions, avec un tel enjeu, à quoi bon aller voter ? »

Si, comme on peut le craindre, cette analyse se révèle juste, c’est à une amplification sans précédent des tentations du « vote utile » que nous risquons d’assister en avril et mai prochains. Avec pour déterminations premières ce que les citoyens estimeront être le danger principal… Sans que ce réflexe ne bénéficie, cette fois, au porteur des couleurs socialistes… Et sans que personne ne soit épargné à gauche, y compris le candidat de la « France insoumise »…

Dans ces conditions, il serait prudent de ne pas prendre à la légère le nombre de participants au dernier dimanche électoral. Après tout, même si dans la réalité elle n’avait que peu dépassé le million d’électeurs (elle est officiellement chiffrée à presque 1,6 million de votants), il s’agirait d’un événement significatif. Que, dans un contexte de discrédit de la parole publique et de délitement phénoménal de la gauche, il se trouve encore un si grand nombre d’hommes et de femmes pour accomplir cet acte citoyen, et plus encore pour donner une majorité aux deux candidatures se réclamant de l’alternative de gauche au hollandisme, ne saurait être sous-estimé. N’en relativisons pas la portée : prendre le chemin d’isoloirs situés parfois à quelques dizaines de kilomètres de son domicile constitue un engagement militant sans comparaison possible avec les centaines de milliers de « clics » de souris que revendiquent présentement, comme les marques du soutien populaire dont ils bénéficieraient, des mouvements se voulant « hors système ».

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