Le blog de Christian Picquet

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lundi 9 avril 2018

Macron peut perdre... Mais attention aux fausses manoeuvres !

Dans un moment tel celui que nous vivons, les choses évoluent très rapidement. Voilà donc que la mobilisation des cheminots, conjuguée à celle de la fonction publique et de beaucoup d’autres secteurs, déjoue les pronostics d’isolement que d’aucuns avaient formulés. En dépit des contre-vérités gouvernementales (selon lesquelles le changement de statut de la SNCF ne préluderait pas à sa privatisation), des insultes proférées en grand nombre contre les grévistes (ils seraient des « gréviculteurs », à en croire un sémillant député de « La République en marche »), d’un matraquage médiatique comme nous n’en avions pas connu depuis l’ex-ORTF au temps du général de Gaulle (cherchant à dresser les usagers contre les salariés en lutte pour le service public), les sondages renvoient une très instructive photographie : l’opinion est, dans ses profondeurs, polarisée.

Si, pour l’heure, ils indiquent (avec la fameuse « marge d’erreur » qui peut vite, on le sait, en inverser les résultats) que le soutien à la grève du rail est légèrement minoritaire, ils soulignent que la perception de celle-ci dépend de la position sociale des personnes interrogées : ouvriers, employés et jeunes, entre autres, soutiennent les cheminots, tandis que les catégories les plus aisées approuvent la contre-réforme ayant mis le feu aux poudres. Il s’est même trouvé une enquête qui manifestait un accord majoritaire avec le mouvement (à 46% contre 42%). Ce qui témoigne de l’aiguisement de la lutte des classes, moins d’un an après l’arrivée aux affaires de Monsieur Macron. Et qui indique que celui-ci se heurte à une quadruple difficulté.

D’abord, il a échoué à convaincre le pays sur le fond de son projet. À démontrer en quoi la transformation de l’entreprise publique en société anonyme, qui pourrait ouvrir son capital à des intérêts privés (animés par une logique de profitabilité) réglerait magiquement les problèmes de sa modernisation autant que ceux de ses investissements d’avenir. À répondre au défi d’une dette abyssale, engendrée par des choix d’un État qui ne veut toujours pas en assumer la charge en ces temps d’austérité sacralisée, ce qui explique la colère de l’ensemble des syndicats à l’occasion de la réunion destinée à traiter de ce point, le 5 avril. À justifier en quoi l’abolition du statut des cheminots représenterait une amélioration des conditions du transport ferroviaire, ce qui d’un seul coup renvoie les ministres à leur véritable obsession : précariser le monde du travail, comme seule réponse à la concurrence impitoyable que déchaîne une mondialisation financiarisée.

Ensuite, le pouvoir se révèle victime de sa gestion absolutiste des affaires du pays. Laurent Berger y est d’ailleurs allé de cette formulé dépitée : « La méthode Macron, c’est ‘’vous discutez et je tranche’’. » Dans le monde rêvé du macronisme, la démocratie sociale est une contrainte inutile, les « corps intermédiaires » une lourdeur insupportable, les conventions collectives (auxquelles on peut rattacher le statut des travailleurs du rail) une entrave à la liberté des dirigeants d’entreprise de décider sans entraves du sort des personnels. Non seulement la procédure des ordonnances, retenue pour faire passer à la hussarde la seconde loi travail, mais le contenu de ces dernières (avec le dynamitage des droits des syndicats et la diminution brutale de leurs moyens de défendre leurs mandants), avant la rebuffade infligée aux signataires de l’accord sur la formation professionnelle, ont ôté aux composantes syndicales les mieux disposées à l’égard de l’Élysée l’illusion qu’il y aurait, pour elles, du « grain à moudre » dans des processus de négociation. Ce n’est pas sans expliquer la tendance, qui s’affirme, à la reconstruction cahin-caha de l’unité, chez les cheminots autant qu’à l’échelon de plusieurs secteurs professionnels.

De même, en cherchant frénétiquement à briser les reins de l’un des derniers bastions du mouvement ouvrier, la Macronie a abouti à l’inverse de l’effet recherché. Les usagers peuvent bien grogner ou s’emporter devant les difficultés rencontrées les jours de grève, ils ressentent simultanément – et intuitivement – qu’une défaite des agents de la SNCF ne ferait qu’aggraver leur propre quotidien, fait de menaces sur l’emploi, de précarité sans cesse aggravée, de pertes régulières de pouvoir d’achat, de difficultés d’accès à des services publics par ailleurs asphyxiés, de retombées excluantes des inégalités territoriales. Le fait qu’à la mobilisation des cheminots s’ajoutât maintenant celles des fonctionnaires, des personnels de la santé et des Ehpad, des salariés d'Air France, des éboueurs parisiens, des employés de Carrefour ou des étudiants n’a fait que souligner l’enjeu crucial de l’instant politique et social. Le Roi-Soleil élyséen n’est aujourd’hui soutenu que par 27% des classes populaires, ne recevant l’appui massif que des « premiers de cordée ». L’entourloupe consistant à prétendre qu’il fut élu pour mettre en œuvre son programme a fait long feu…

Enfin, à la chaleur de l’affrontement social, toutes les faiblesses de l’entreprise macronienne, un temps oubliées tant notre juvénile président paraissait doter d’une baraka à toute épreuve, sont soudainement réapparues. On ne peut gouverner un pays dans un exercice de la responsabilité suprême plus solitaire encore que ne l’était celui du fondateur de la V° République, en réduisant le gouvernement à un simple conseil d’administration chargé d’avaliser les caprices du souverain, en piétinant la représentation parlementaire jusqu’à vouloir lui enlever les quelques prérogatives qu’il lui restait, en s’appuyant sur la seule expertise d’une poignée de technocrates ne jurant que par la vulgate néolibérale, en ayant construit un parti mobilisé par la seule promotion du Prince et ne disposant de ce fait d’aucun relais sérieux au sein des territoires.

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lundi 26 mars 2018

Pour gagner, construire la bataille de l'intérêt général

Ce titre du Journal du dimanche en date du 18 mars, juste avant que des centaines de milliers de personnes déferlent dans les rues de l’Hexagone, résumait parfaitement la stratégie des gouvernants pour définitivement mettre à bas le service public : « Réformes : Macron veut encore accélérer. »

De fait, portant le fer au cœur de ce qu’il demeure du « modèle social » hérité des combats de la Résistance, multipliant à dessein les sujets de confrontation avec le monde du travail, annonçant d’ores et déjà les attaques suivantes, ils entendent frapper les Français de sidération, décourager les mobilisations, imposer dans les consciences l’idée que la partie est jouée d’avance face à un pouvoir inflexible et sûr de lui. Un jeu à quitte ou double, en quelque sorte, que le Premier ministre expose en ces termes, toujours dans l’organe de presse dominicale devenu la Pravda du macronisme : « La France a perdu trop de temps au cours des années passées alors que le monde, lui, changeait à grande vitesse. »

En clair, voilà le mouvement social et, plus globalement, le camp progressiste dans son ensemble, prévenus de ce qui les attend et placés, pour cette raison, devant l’obligation de définir le plan d’action et les dispositions à même de repousser l’assaut, des plus violents et des plus cohérents, qui leur est livré. Nous savons, au miroir de l’offensive engagée par l’exécutif contre notre système ferroviaire (je renvoie, sur le fond de la question, à ma note du 3 mars), comment l’adversaire compte procéder : d’abord assommer le pays sous une avalanche de contre-vérités destinées à déprécier le service public du rail (comme tous les services publics à sa suite), en arguant des dysfonctionnements pourtant provoqués par les politiques de rentabilisation qui l’ont, année après année, lourdement endetté ; ensuite, se prévaloir d’une volonté novatrice contre les « conservatismes » imputés à celles et ceux qui résistent ; puis, faire dans ce cadre passer les « statuts » des agents (ceux de la SNCF en premier lieu, mais ceux des fonctionnaires ne tarderont pas à suivre) pour d’invraisemblables « privilèges », alors qu’ils ont été conçus, depuis la Libération, pour garantir l’indépendance du service public ; enfin, isoler les cheminots du reste du corps social, espérant ainsi infliger une défaite majeure au secteur du mouvement ouvrier qui reste le plus organisé au terme de deux décennies d’attaques incessantes contre le salariat.

Point n’est besoin d’être un fin analyste pour comprendre que, de l’issue de cet affrontement, dépendra largement la suite du quinquennat. D’autant qu’une part grandissante de nos concitoyens est en train de prendre la mesure de la nature véritable de l’action mise en œuvre depuis le sommet de l’État. Selon un sondage Elabe, 74% des personnes interrogées estiment injuste la politique du gouvernement, 77% d’entre eux allant jusqu’à considérer qu’elle ne rassemblait pas les Français. Des personnels des Ehpad à ceux de toute la santé, des retraités aux travailleurs victimes d’innombrables plans de licenciements au moment où les ministres se louent d’un début de reprise économique, des employés du commerce visés par des restructurations massives à ceux des transports soucieux d’arrêter à leur tour la casse sociale et les privatisations, des populations en butte à la désertification rurale aux bibliothécaires, on ne compte plus les manifestations de mécontentement. Au point que Le Monde, dans sa livraison du 20 mars, laissait filtrer son désappointement : « La liste apparaît bien longue : après la faible mobilisation à l’automne contre les ordonnances réformant le code du travail, la protestation pourrait-elle resurgir sur le terrain des entreprises ? »

Naturellement, nous ne sommes pas encore en présence de la convergence des luttes, qui s’avère si souhaitable mais qu’interdisent toujours les défaites accumulées ces dernières années. Nous ne sommes toutefois plus dans la phase d’abattement qui suivit le désastre politique des scrutins de 2017. C’est dire l’enjeu, de part et d’autre de la ligne de front qui s’esquisse : que cheminots et agents du service public contraignent le Roi-Soleil installé à l’Élysée au recul, et c’est une brèche qui s’ouvrira, dans laquelle ne manqueront pas de s’engouffrer un très grand nombre des victimes de la déréglementation libérale.

Impossible, de ce fait, d’entrer dans la bataille si des divisions mortifères se perpétuent et viennent affaiblir les capacités d’engagement du grand nombre, si les ripostes restent isolées les unes des autres, si l’opinion dans ses profondeurs ne prend pas parti ou se laisse intoxiquer par le matraquage idéologique dont elle fait l’objet. Mais impossible, a contrario, de céder à la tentation de la proclamation, des appels incantatoires à un « tous ensemble » avant que les conditions n’en fussent réunies, de la concurrence entre courants et organisations qui s’opposent au bradage du rail au privé et à l’étranglement du service public.

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vendredi 16 mars 2018

Ni à Mayotte, ni ailleurs, on ne doit toucher au droit du sol

Avec le pouvoir de Monsieur Macron, il faut décidément s’attendre à tout. Enfin, surtout au pire… Ainsi, sa réponse à la grève générale et aux barrages paralysant Mayotte depuis le 20 février, soulèvement de toute une population devant une situation sociale calamiteuse et une insécurité dramatique, vient-elle de nous en fournir un nouvel exemple.

Nos concitoyens ont longtemps ignoré à quel point la population de cette île, devenue le 101° département français depuis 2009, vivait l’enfer. Un enfer tout à fait révélateur de la situation de cette Outre-Mer que nos gouvernements successifs, sans aucune exception, auront tout fait pour conserver dans l’orbite française, par souci de conserver la trace d’une grandeur impériale pourtant inexorablement évanouie, sans pour autant se préoccuper d’en assurer l’égalité avec la métropole.

En l’occurrence, prolongement d’une histoire coloniale remontant à la fin du XIX° siècle, tout aura été mis en œuvre, à partir de 1974, pour séparer Mayotte des trois autres îles de l’archipel des Comores, devenues indépendantes à cette date. Y compris des manœuvres électorales éhontées, destinées à dérober aux Mahorais leur droit à l’autodétermination, et jusqu’au recours aux bandes mercenaires menées par le trop célèbre « Bob » Denard. Ce qui devait d’ailleurs amener au désaveu de l’État français par l’Assemblée générale des Nations unies (une résolution de cette dernière, en 1994, se sera prononcée en faveur du rattachement à l’État comorien).

Depuis, singulièrement dans la dernière période, l’île se sera enfoncée dans une relation d’inégalité sociale grandissante vis-à-vis de la métropole, et même du reste de la communauté ultramarine. Avec des prestations sociales de quatre à cinq fois inférieures à celles dont bénéficient l’Hexagone ou les autres DOM (alors que les Mahorais disposent de bien plus faibles revenus), un niveau de vie moyen de 290 euros mensuels pour les Français originaires de Mayotte (quand celui des Français venant d’autres zones, « Blancs » pour la plupart d’entre eux, atteint 1400 euros), des aides étatiques à l’investissement bien moindres que celles affectées à d’autres départements d’Outre-Mer (ce qu’accentue l’inexistence totale de contributions en provenance de l’Union européenne)…

À l’inverse, nœud de la crise paroxystique qui vient d’éclater après avoir couvé de longues années durant, l’écart avec les voisins de Mayotte, eux-mêmes plongés dans une misère encore plus dramatique, n’aura cessé de se creuser. En dépit de son sous-développement endémique, le produit intérieur brut par tête y est, en effet, plus de dix fois supérieur à celui des Comores, et plus de vingt fois supérieur à celui de Madagascar. D’où l’amplification vertigineuse des flux migratoires – au demeurant, inscrits dans l’histoire de cette zone, où la circulation d’une île à l’autre est traditionnelle depuis le 7° siècle –, de nature à déstabiliser un contexte déjà chaotique et à générer une insécurité devenue à la longue insupportable aux habitants.

Contraint de réagir dans l’urgence à une révolte ne cessant de s’étendre tout au long de ces trois dernières semaines, le gouvernement n’aura su avancer que des propositions relevant de la coercition et de la lutte contre l’immigration illégale. Comme si des dispositions de même inspiration, imaginées par chacune des équipes dirigeantes dans le passé, ne s’étaient pas déjà révélé un fiasco. Ni le durcissement des entraves à la circulation entre Mayotte et ses voisines (avec le rétablissement d’un visa à partir de 1995), ni l’instauration d’un régime d’exception ayant conduit à 20 000 expulsions expéditives chaque année, ni la rétention administrative de milliers d’enfants en contradiction avec la législation française qui interdit cette pratique (en 2014, sous le quinquennat de François Hollande, on en aura dénombré 5500) n’auront pu interrompre les vagues migratoires. Au point d’avoir vu la population totale de l’île s’accroître de près de 44 000 individus sur les seules années 2016 et 2017, pour une population totale de 256 000 personnes…

Il est, naturellement, justifié de répondre aux revendications de l’intersyndicale et du collectif à la tête de la mobilisation, en agissant notamment pour rétablir la tranquillité publique, démanteler les zones de non droit, mettre hors d’état de nuire les bandes qui font régner la terreur. Il est tout aussi légitime de vouloir réguler, autant qu’il est possible et dans le respect du droit français comme international, les phénomènes migratoires, ce qui suppose en premier lieu d’assurer des conditions d’accueil décentes à celles et ceux qui arrivent, afin d’éviter la multiplication des « clandestins ». Mais, sauf à s’enfoncer toujours davantage dans les impasses ouvertes par les politiques déjà mises en œuvre, les engagements des pouvoirs publics en matière de sécurité doivent se compléter de mesures visant au développement économique, coordonné et solidaire, de l’archipel autant que de cette partie de l’océan Indien et du canal du Mozambique.

Seule une telle ambition, en s’affrontant courageusement aux déséquilibres et injustices à l’origine d’une crise sociale et humanitaire sans précédent, se révélera efficiente. La France, parce qu’elle aura été la puissance tutélaire de cette zone, et parce qu’elle ne peut se dérober à ses responsabilités dans le désastre qui l’affecte, se retrouve au pied du mur. Elle se doit, dans le même temps, d’intervenir auprès de ses partenaires du Vieux Continent afin d’obtenir un engagement à la mesure de la représentation qu’assure à l’UE l’existence d’un département français dans cette région.

Autant dire qu’il s’avère proprement indigne de voir nos éminences gouvernementales, emmenées par ce Monsieur Collomb qui semble vouloir dépasser en abjection Nicolas Sarkozy quand il était lui-même ministre de l’Intérieur, s’aventurer sur le chemin de la remise en cause du droit du sol à Mayotte, plutôt que de se poser les bonnes questions. Et ce, par le biais d’un artifice juridique, à savoir l’octroi d’un statut « d’extraterritorialité » à la maternité de Mamoudzou, dans le but d’interdire aux enfants qui y naîtront de parents étrangers de pouvoir faire ultérieurement valoir leur droit d’accéder à la nationalité française. Vieille recette que celle-là… Voilà belle lurette que le Front national mène battage sur ce thème, et que la droite la plus perméable à ses idées l’aura suivi (dans sa campagne de 2017, François Fillon expliquait par exemple : « Je veux qu’à Mayotte, l’acquisition de la nationalité française soit subordonnée à la régularité du séjour des parents »).

Il importe de prendre la mesure du précédent gravissime que constituerait la suspension d’un pilier de notre pacte civique à l’échelle d’un département français, même s’il se trouve à des milliers de kilomètres de Paris. Ce pacte veut que la France ne trie pas ses enfants selon leurs origines, dès lors qu’ils ont vu le jour au sein des mêmes frontières. Non seulement, si l’on allait au bout de l’intention aujourd’hui affichée, c’est l’indivisibilité de la République qui se verrait sauvagement remise en cause, mais c’est une dimension fondamentale de l’identité française qui s’en trouverait atteinte. Plus rien n’empêcherait, ensuite, que l’on consente d’autres exceptions. En Guyane, tout d’abord, dans la mesure où cette dernière affronte des difficultés qui ne sont pas sans ressemblances avec Mayotte, puis en d’autres territoires accueillant eux aussi un très grand nombre de réfugiés (pourquoi pas, dans ce cadre, étendre un jour la mesure à la Seine-Saint-Denis ?)

À un moment où l’extrême droite gagne du terrain dans toute l’Europe, où le racisme se traduit en de nombreux pays par l’organisation de véritables chasses aux migrants (on vient de voir où cela aura conduit l’Italie), c’est de notre pays que viendrait alors le signal du repli sur des logiques d’ethnicime ou de discriminations institutionnalisées. Le silence par lequel un large pan de la gauche a accueilli le nouveau dérapage liberticide de la Macronie est, à cet égard, préoccupant. Céder sur des principes fondamentaux, admettre une entorse à l’exigence d’égalité entre celles et ceux qui sont appelés à former une commune nation, même au nom des circonstances particulières que peut connaître une des contrées de celle-ci, reviendrait à prendre sa part d’une défaite politique, idéologique et morale majeure.

Certaines et certains d’entre vous ont pu trouver exagérées mes notes précédentes, lorsque j’aurai été amené à argumenter sur la rupture que cherche à opérer le macronisme avec la tradition républicaine. Ils ont aujourd’hui la confirmation que l’offensive ne connaît plus de limites, s’étendant maintenant à des domaines sur lesquels un consensus avait pu s’installer au fil de l’histoire nationale (le droit du sol, sous des formes particulières liées à l’exercice du pouvoir royal, est par exemple antérieur à la Révolution et à l’instauration de la citoyenneté). Pour le dire crûment, en défense de l’égalité sociale, de la démocratie ou de droits universels arrachés depuis des lustres, c’est bel et bien une même bataille pour la République qui vient de débuter…

mercredi 7 mars 2018

Du "dégagisme", ou de l'extrême danger de la confusion en politique

Je l’avoue, les propos ayant motivé la rédaction de cette note m’avaient, dans un premier temps, échappé. Les découvrant, un peu par hasard, il m’aura semblé inconcevable de ne pas y réagir. Car il est des sujets avec lesquels on ne badine pas. Le vote en faveur de l’extrême droite, qui n’aura cessé de gagner en ampleur ces dernières décennies – jusqu’à entraîner près de onze millions de Français au second tour de la dernière présidentielle –, et les motivations ayant pu inspirer ce choix, en font partie. On comprendra, du coup, la colère qui m’aura saisi devant une déclaration du candidat de la « France insoumise » à la législative partielle de la 8° circonscription de Haute-Garonne.

Accueillant Jean-Luc Mélenchon, à Saint-Gaudens, le 21 février, Philippe Gimenez, c’est son nom, se sera en effet livré à cette analyse : « Ici, à l’élection présidentielle, si on cumule les scores de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, cela fait 45% des suffrages. Ces scores montrent qu’il y a un vote contestataire. » Qu’importe si, pour ce scrutin dont le premier tour interviendra le 11 mars, et qui aura valeur de test national sur la terre de lutte qu’est le Comminges haut-garonnais, j’apporte mon soutien à ma camarade Corinne Marquerie et à son suppléant Philippe Ségura, qui affichent haut les couleurs communistes. Je ressens ce genre de rhétorique comme une trahison. De ce qui aura présidé à la convergence plurielle du Parti communiste, du Parti de gauche et de la Gauche unitaire, dans ce Front de gauche dont j’aurai été l’un des trois cofondateurs en 2009. De ce qui aura fondé, depuis toujours, le combat de la gauche en faveur du progrès, face aux idéologies entretenant la haine de l’Autre, le repli ethniciste, la destruction de l’universalisme républicain, le rejet des valeurs émancipatrices du mouvement ouvrier.

Mêler dans une même essence « contestataire », comme l’aura fait le candidat Gimenez, des suffrages se portant sur des propositions de rupture avec l’ordre capitaliste dominant comme sur un Front national apportant une réponse terriblement régressive aux problèmes du moment, revient à nier leurs déterminations contradictoires. Sans doute, à mesure que les « partis de gouvernement » s’identifiaient, auprès du plus grand nombre de nos concitoyens, par leur adhésion à un néolibéralisme exprimant les vues de la finance, le national-lepénisme sera-t-il parvenu à dévoyer une large partie de la souffrance et de l’exaspération populaires. Certainement, faut-il tout mettre en œuvre pour soustraire ces millions d’hommes et de femmes à une tentation désastreuse. C’est toutefois, au fond, banaliser l’acte de l’électeur qui en vient à glisser un bulletin d’extrême droite dans l’urne, que de le réduire à une manifestation de mécontentement.

Ignorer qu’un vote reflète toujours une forme d’adhésion à une politique relève de l’aveuglement. C’est en conscience – une conscience peut-être brouillée, mais une conscience tout de même –, c’est-à-dire en fonction de leur perception des enjeux, que des individus optent pour la « priorité nationale », défendue par un parti néofasciste pour désigner la société d’apartheid dont il rêve, plutôt qu’en faveur de la justice et de l’égalité, qui donnent son sens à l’engagement progressiste. Et il ne suffira pas de faire assaut de surenchères « contestataires » pour dissiper la confusion des esprits, et reprendre à l’extrême droite le terrain qu’elle a patiemment grignoté. À moins, bien sûr, de consentir sciemment à l‘ambiguïté des postures, ce que je n’ose imaginer être le fondement du discours qui m’aura révulsé.

Dans un lointain passé, une partie de la gauche se sera égarée dans la sous-estimation du danger que représentait un totalitarisme professant la purification des sociétés. C’est ainsi qu’au détour des années 1930, avant d’opérer un « tournant » salutaire vers la constitution de « fronts populaires », les partis communistes considérèrent fascisme et nazisme comme l’expression éphémère de la crise durable dans laquelle se trouvait entré le capitalisme. En vertu de quoi, en Allemagne par exemple, le KPD aura cru que la radicalité de son opposition au système, et la violence de ses dénonciations de la trahison de la social-démocratie, suffiraient à l’assurer de la victoire face aux bandes armées hitlériennes. On sait où cela aura conduit…

Sans pousser plus loin la comparaison, ce qui serait naturellement absurde, la sortie du représentant de la « France insoumise » soulève la question du « dégagisme » auquel ce courant entend s’identifier. Jean-Luc Mélenchon y voit même l’étape préliminaire de la « révolution citoyenne ». À ses yeux, que la volonté de se débarrasser de la « caste » dirigeante puisse se porter, au gré des circonstances, sur les pires adversaires de l’exigence républicaine ou du changement social, qu’il s’agisse des amis de Madame Le Pen ou des nationalistes corses, importe manifestement moins que la dynamique supposée de cette aspiration au « coup de balai ». Ce qui revient à s’aveugler sur la réalité des rapports de force comme du climat idéologique marquant de son empreinte la vie publique.

Dans un contexte marqué par l’offensive brutale des classes possédantes pour liquider les plus grandes conquêtes sociales des 70 dernières années, l’état de déshérence des gauches, le surgissement un peu partout d’aventuriers forts en gueule, la fragmentation des nations et l’essor concomitant d’un racisme exacerbé par des mouvements migratoires bousculant les équilibres de celles-ci, c’est à droite, pour ne pas dire très à droite, que se dénouent les crises affectant l’ordre politique de très nombreux pays européens. Nulle part, y compris lorsqu’elle connaît des succès électoraux marquants – comme en Espagne, en France ou en Belgique –, la gauche d’alternative n’incarne une solution de pouvoir crédible.

L’Italie nous le confirme, avec ses élections générales du 4 mars. La dislocation des mécanismes traditionnels de représentation, sur fond d’atonie du syndicalisme et d’atomisation des conflits de classe, vient d’y favoriser une vague droitière sans précédent depuis la chute du fascisme mussolinien. Si le Parti démocrate aura subi une spectaculaire déroute, à l’image de celle qui frappe le social-libéralisme sur tout le continent, le reste de la gauche aura, de son côté, quasiment disparu. Le Mouvement cinq étoiles, qui avait fait du « dégagisme » aux couleurs transalpines le cœur de son offre politique, s’est lui-même trouvé idéologiquement emporté par le monstre qu’il contribua à faire naître, s’adaptant sans vergogne à une radicalisation xénophobe dont l’autre bénéficiaire aura été une extrême droite campant désormais aux portes du gouvernement.

Notre Hexagone ne se trouve nullement à l’abri de phénomènes similaires dans l’avenir. Qu’une situation exceptionnelle ait, au printemps dernier, vu Madame Le Pen mordre la poussière devant la ligne européiste-libérale d’Emmanuel Macron, et qu’elle ait fait de la « France insoumise » la première composante de la gauche, ne doit pas occulter la recomposition, qui s’esquisse, de l’opposition de droite. D’évidence, de ce côté, se cherche une alliance entre « Les Républicains » et le Front national, sur une ligne aussi conservatrice que démagogique, flirtant sans honte avec des logiques ségrégationnistes.

Je ne pourrai jamais, pour cette raison, me retrouver dans le satisfecit délivré par le leader de la « FI » au nouveau président du premier parti de la droite française, pour n’avoir pas « reculé » devant le « parti médiatique » : « Laurent Wauquiez a fortifié son autorité et s’est débarrassé d’une nouvelle poignée de traîtres. De son point de vue, il s’est renforcé. Autant de tireurs dans le dos de moins pour le prochain épisode. » Comment ne pas se sentir heurté par une pareille tirade, lorsque l’on est d’une gauche ayant quotidiennement à affronter, sur le terrain, les amis de Monsieur Wauquiez ? Surtout si, dans le même temps, le même Mélenchon appelle à « fédérer le peuple », sur la base de son aspiration supposée au renvoi des dirigeants en place, en repoussant avec la dernière virulence toute recherche pluraliste d’une perspective de gauche pleinement assumée.

Il existe, par conséquent, un très grand danger à gommer les différences entre les votes se portant sur le lepénisme ou sur la gauche de transformation. Le « dégagisme », promu au rang de concept traduisant la mue « populiste » dont se revendiquent les « Insoumis », n’est source que de délétère confusion. En s’accompagnant de la récusation du clivage entre droite et gauche, il interdit le rassemblement de toutes les énergies cherchant à faire prévaloir une « priorité sociale ».

Il convient, à l’inverse, afin qu’il devînt possible de reprendre l’offensive, de reconstruire des repères clairement identifiables par nos concitoyens, donc d’assumer une confrontation intransigeante avec la réaction sous toutes ses formes. C’était le sens du choix, qu’à notre corps défendant, nous aurons dû faire au second tour de l’élection présidentielle, pour conjurer la séduction que pouvait susciter le vote FN, et nous n’avons décidément rien à regretter. Cela doit maintenant inspirer la recherche de l’unité à gauche, dans l’objectif de rouvrir une perspective d’espoir aux classes travailleuses et populaires.

Cette note n’est, dit autrement, pas un simple « coup de gueule ». Elle se veut un signal d’alarme et un appel au ressaisissement. Lorsque l’incendie qui couve n’est pas précisément de ceux qui éclairent l’horizon, mieux vaut, plutôt que de souffler sur les braises, suivre l’intuition du philosophe Walter Benjamin. Alors que la tragédie menaçait de submerger l’Europe pour des années – il n’y aura lui-même échappé qu’en se suicidant pour ne pas tomber entre les mains des nazis, en 1940 – il écrivait : « Il faut couper la mèche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite » (in Sens unique, Lettres nouvelles/Maurice Nadeau 1978).

samedi 3 mars 2018

C'est la République qu'ils assassinent

Jupiter vient de dévoiler le cœur de son projet d’adaptation de la France à la norme d’une mondialisation financiarisée. Ne nous y trompons pas, il n’y a aucune « précipitation » dans la révélation de ses intentions envers le transport ferroviaire ou la fonction publique. Au contraire, la déconstruction du droit du travail, le transfert massif de la richesse vers une classe possédante cupide par le moyen d’une fiscalité plus inégalitaire que jamais, l’annonce de la remise en cause prochaine du Smic, la réduction des droits des chômeurs, l’attaque portée contre le logement social, le reformatage d’un système scolaire et universitaire grâce à une sélection sociale cyniquement accentuée, l’étranglement engagé de l’audiovisuel public, ou encore l’asphyxie savamment organisé des collectivités territoriales apparaissent maintenant comme un prologue. C’est la République qui se trouve, en réalité, depuis les premières heures de ce nouveau quinquennat, dans le viseur. Impossible, en effet, de ne pas la dépouiller de ses attributs fondateurs, pour ne plus en conserver que les apparences juridiques, lorsque l’on entonne à chaque instant l’ode à un marché sélectionnant les individus en fonction de leur adaptabilité à un univers de compétition impitoyable et d’individualisation forcenée.

Rien de très nouveau, à bien y regarder, dans les préconisations du rapport de Jean-Cyril Spinetta (lequel avait auparavant appliqué ses talents de « Terminator » à d’autres secteurs, à commencer par Air France) et dans les annonces d’Édouard Philippe concernant la SNCF. Cela fait des années que, de « paquets ferroviaires » européens en exhortations à la mise en place de cette « nouvelle gouvernance publique » servant de logiciel théorique au Fonds monétaire international comme à la Commission européenne, on en appelle à la transformation de l’entreprise en société anonyme (premier pas vers sa privatisation, dans la mesure où l’État s’y verrait interdire toute intervention, et où la course aux dividendes y deviendrait la règle), l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs (après celle du fret), l’amputation massive de la masse salariale (un plan de « départs volontaires » viendrait frapper quelque 5000 postes, après les 2050 suppressions d’ores et déjà inscrites au budget de cette année), et l’abolition du « statut » des cheminots pour les futurs recrutés.

Des dispositions qui s’articulent parfaitement à celles formulées par le ministre Darmanin pour la fonction publique. Là encore, en vertu du déjà trop célèbre programme « Action publique 2022 », on avance l’objectif de 120 000 suppressions de postes, d’un plan de « départs volontaires » destiné à y contribuer, de l’élargissement du recours aux contractuels (bien que la précarité représente, dès aujourd’hui, 17% des emplois publics), d’une rémunération « au mérite » des agents. Objets premiers de l’offensive des ministres et des experts relayant sans discontinuer les préceptes libéraux sur les plateaux de télévision : les fonctionnaires territoriaux, que l’on accuse d’avoir plombé la dépense publique. Supercherie absolue, ces derniers relevant pour les trois-quarts d’entre eux de la « catégorie C », et l’accroissement de leur nombre ayant simplement traduit les dévolutions vers les collectivités de compétences auparavant assurées par l’État, à la suite des mouvements successifs de décentralisation.

S’employant à embrumer les esprits pour mieux réunir les conditions de son opération, l’exécutif déploie un argumentaire démentant l’improvisation que d’aucuns lui prêtent parfois. Ce qui rappelle, au passage, à qui voudrait l’ignorer, que la bataille va se livrer dans le soutien à apporter aux cheminots… autant que sur le terrain directement politique et idéologique. J’y reviendrai.

Ainsi, la présentation des nouveaux paradigmes traitant du rapport de la puissance publique au transport ferroviaire se fait-elle au nom des dysfonctionnements en série dont sont régulièrement victimes les usagers ; comme si ce n’était pas les mesures de rentabilisation à outrance, adoptées par la direction de la SNCF au nom d’une austérité décrétée impérative, qui se trouvaient à l’origine des gigantesques pagailles que l’on sait. Ainsi, veut-on faire croire à nos concitoyens que le « statut » de la SNCF, comme celui des cheminots, s’avéreraient la cause d’une dette devenue abyssale (46 milliards d’euros) ; or, celle-ci est principalement la résultante des investissements consentis pour le développement des grandes infrastructures liées à l'extension du TGV, investissements que les gouvernements n’ont jamais repris à leur charge, contrairement à l’engagement pris à partir de 1997 (ce qui eût évité à l’entreprise d’acquitter chaque année 1,3 milliard de frais financiers). Ainsi, le Premier ministre cherche-t-il à se montrer rassurant, lorsqu’il s’adresse au pays, à propos de la fermeture de 4000 à 9000 kilomètres de lignes, prônée par le rapport Spinetta au motif de leur non rentabilité ; il se sera toutefois bien gardé d’insister sur le fait que le transfert, qu’il annonce simultanément, de la gestion de ces dessertes à des Régions n’en ayant pas nécessairement les moyens (ou la volonté), conjugué à l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs, a toute chance d’aboutir à un résultat identique : la condamnation à mort du réseau de proximité et le repli sur les seules lignes susceptibles de dégager des bénéfices.

Non seulement cette fuite en avant annonce des catastrophes telles qu’en ont connues les pays voisins lorsqu’ils expérimentèrent ce genre de recettes, sans parler de l’impasse où a déjà conduit l’ouverture du fret aux appétits du privé, mais c’est la France, en son identité fondatrice, qui va s’en retrouver profondément atteinte.

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lundi 19 février 2018

Les véritables enjeux du débat au Parti communiste français

La dernière session du conseil national du Parti communiste français aura fait l’objet, une fois n’est pas coutume, de nombreux commentaires. À les suivre, alors qu’était simplement à l’ordre du jour la construction de la riposte aux attaques du pouvoir macronien et l’engagement du débat préparatoire au congrès extraordinaire de novembre prochain, les discussions auraient été marquées par la volonté d’une partie des dirigeants de régler ses comptes avec le secrétaire national du parti. Il aura suffi, pour nourrir cette interprétation à la bienveillance évidente, que soient publiées diverses contributions au débat et que le conseil national demande à l’exécutif de resserrer la composition de la commission appelée à travailler à la « base commune » qui sera discutée au mois de juin et transmise aux militants. J’aurai même eu la surprise de lire, de la part d’une rédactrice de Regards, un papier exclusivement consacré à un texte signé de jeunes dirigeants communistes (il est maintenant mis en ligne sur le site Internet de L’Humanité), que mes « amis », je cite, « passés de la LCR au PCF », auraient fait partie de cette « offensive » visant directement Pierre Laurent et censée opérer un « balancement entre rassemblement et identité communiste ». Terrifiant appauvrissement de l’analyse d’une plume d’un média hier plutôt innovant et à présent tétanisé par son souci de ne pas s’écarter de l’orbite de la « France insoumise » : elle ne parvient manifestement plus à considérer les débats pouvant traverser un parti comme un signe de vitalité démocratique, n’y percevant que querelles de clans, complots d’apparatchiks ou luttes sournoises pour le pouvoir. L’insignifiance du propos dit, hélas, à quelle déshérence idéologique on en est arrivé à gauche, les saillies répétées de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de quiconque s’oppose à sa politique ayant lourdement contribué à nourrir cette dérive dépolitisante. La réalité, telle que je la vis du moins, est assez différente. Ayant subi un terrible échec aux dernières législatives dans le prolongement du choix d’une courte majorité de ses adhérents pour la présidentielle, confronté à une contre-révolution sociale d’une violence inédite en France depuis la Libération, appelé comme l’ensemble du mouvement ouvrier à reformater son logiciel afin de relever les gigantesques défis engendrés par la mutation de l’ordre capitaliste mondial, le PCF se doit d’engager simultanément une série de débats essentiels. Sur le bilan de ses décisions passées… Sur l’état de la société française… Sur le nouveau cadre stratégique pouvant redonner sens et cohérence à son action… Sur les transformations à apporter à son fonctionnement… Pour tenter d’en revenir au fond, j’ai choisi, pour cette nouvelle note, de vous livrer mon intervention devant le conseil national de ces 9 et 10 février. À titre d’éclairage de ce qui se joue vraiment au PCF.

« Quelques réflexions, tirées notamment de ma participation au chantier « Bilan et avenir de notre démarche stratégique ».

« L’enjeu de notre congrès extraordinaire – ce sera la première de ces réflexions – me paraît être de mettre le parti en situation de relever les défis colossaux d’une nouvelle époque historique.

« Le capital est parvenu à remodeler, tout à la fois, l’ordre productif et sa domination à l’échelle de la planète entière. En clair, il a infligé une défaite majeure à notre camp social et politique. En même temps, singulièrement depuis la crise de 2007-2008, ce nouvel âge du capitalisme débouche maintenant sur une phase durable de convulsions, d’instabilité, et même de guerres. Le macronisme, avec sa volonté d’adapter brutalement la France aux exigences de la finance, mais aussi du fait de l’étroitesse de sa base sociale et donc de la fragilité de son projet, s’inscrit dans cette période d’intenses contradictions.

« Le débat sur la stratégie, qui est naturellement au cœur de notre réflexion, a pour objectif de nous doter des moyens politiques et organisationnels de relever le parti, de lui permettre d’affronter la complexité de cette nouvelle donne, de rayonner de nouveau, de redevenir une force de référence. Car, selon moi, l’existence d’un Parti communiste reste d’une totale actualité. J’y reviendrai.

« Cela me conduit directement au problème du bilan. Impossible le dissocier de la question stratégique, comme je l’entends parfois dire, un peu trop rapidement.

« Bien sûr, les choix électoraux que nous avons pu faire par le passé, à commencer par celui de la dernière présidentielle, comme ceux que nous serons amenés à faire à l’avenir, revêtent toujours une forte dimension tactique. Il y a toutefois un grand danger à déconnecter totalement la tactique de la stratégie qui donne, en principe, sa pleine cohérence à notre activité.

« Pour ne prendre que la dernière période, c’est moins la décision d’appeler à voter en faveur de Jean-Luc Mélenchon à deux reprises, et tout particulièrement l‘an passé, qui est en cause, que le fait de nous être détournés de notre objectif stratégique en validant, de facto, celui dudit Mélenchon. En 2017, celui-ci se limitait à l’affirmation d’une radicalité – qu’il est allé ensuite jusqu’à proclamer « populisme » – qui l’aura amené à se défaire de la référence (qui était pourtant celle du Front de gauche à son origine) au mouvement ouvrier et à la lutte des classes. En perdant, quant à nous, notre propre cohésion, à travers une tendance à l’alignement sur la vision et le discours de Jean-Luc Mélenchon, nous en sommes arrivés à oublier ce que nous avions placé au cœur de notre démarche lors de notre dernier congrès : la volonté de rouvrir une perspective d’espoir à toute la gauche, et au-delà à notre peuple.

« À partir de ce retour sur nos choix passés, nous avons à présent besoin d’approfondir une série de points fondamentaux, si nous voulons retrouver notre pleine identité et notre efficacité.

« Premier point à approfondir : le fait de définir, comme nous le faisons, le communisme comme un chemin et une visée – le chemin étant ce « mouvement qui abolit l’état réel » dont parle Marx, et la visée étant, à suivre toujours Marx, l’appropriation par la société de l’ensemble de ses conditions d’existence –, doit se prolonger de la conviction qu’on ne peut les porter, dans les conditions présentes, qu’à travers l’existence d’un Parti communiste suffisamment fort pour peser sur les réorganisations à venir de la gauche, du mouvement ouvrier, du camp progressiste. Le débat existe dans nos rangs, il convient de le mener jusqu’au bout.

« Deuxième point. Il existe un large accord, parmi nous, pour considérer que le clivage capital-travail demeure la contradiction motrice du combat transformateur. Cela nous distingue fondamentalement de ceux qui pensent le moment venu d’y substituer l’opposition d’un peuple essentialisé à « l’oligarchie ». Il reste toutefois à définir ce que pourra être demain le bloc anticapitaliste apte à réunir, autour d’un salariat devenu majoritaire dans une société telle la nôtre (et, par conséquent, appelé à être la force entraînante de la transformation sociale), l’ensemble des forces et classes ayant intérêt au dépassement du capitalisme. Ce qui nous conduira, dans la foulée, à réfléchir aux chemins à travers lesquels pourra se traduire la bataille de conquête d’une hégémonie culturelle, dans les nouvelles coordonnées de l’époque…

« Troisième point. Je partage depuis longtemps l’idée que la révolution du XXI° siècle prendra la forme d’un long processus de conquêtes successives, dont la démocratie sera le pilier autant que la garantie. Mais nous devons, en même temps, réfléchir aux ruptures qui se révéleront indispensables pour faire progresser à chaque étape le rapport des forces. Autrement dit, poser d’une nouvelle manière les questions essentielles de la conquête du pouvoir politique, de l’État et des institutions. La « révolution citoyenne », dont d’autres se réclament, ne peut être notre réponse, dès lors qu’elle prétend s’affranchir de la réalité de la lutte des classes.

« Dernier point : les alliances. Elles sont, à mes yeux, aussi incontournables que le clivage droite-gauche est indépassable, en ce qu’il continue à structurer les affrontements politiques. Aujourd’hui autant qu’hier, elles représentent le moyen de mettre en mouvement une majorité populaire. D’autant que la fragmentation des niveaux de conscience, au sein du salariat comme parmi les classes et secteurs ayant un intérêt commun à la sortie des logiques capitalistes, interdit plus que jamais d’imaginer qu’un seul parti puisse être l’acteur d’un changement politique et social majeur. En conséquence, des coalitions seront indispensables si l’on veut concrétiser une ambition majoritaire. C’est donc sur la manière de concevoir les rassemblements que nous devons travailler, à la lumière notamment des années passées. Trois principes paraissent, à cet égard, se dégager : ce sont les contenus qui doivent déterminer les alliances ; ces dernières ne peuvent se concevoir indépendamment de l’intervention populaire et citoyenne qui doit les nourrir en permanence ; leur dynamique dépend toujours du rapport de force qui s’instaure en leur sein, donc de l’influence d’une force qui ait à cœur d’en être l’aile marchante, en l’occurrence notre parti.

« Cette nouvelle manière de penser les rassemblements du futur ne viendra pas seulement à l’ordre du jour lorsque se posera, de nouveau, la question d’une perspective de gouvernement. Elle doit nous guider dès les prochains rendez-vous politiques. Ainsi, l’un des enjeux des élections européennes de 2019 sera de savoir si la gauche échappera à la balkanisation, qui la priverait d’élus en nombre suffisant pour pouvoir se faire entendre et laisserait le pouvoir, la droite et le Front national maîtres du jeu. La bonne méthode consistera à partir de nos propositions et de la mise du parti en ordre de bataille, pour vérifier s’il existe avec d’autres des compromis possibles. »

Ces débats, que j'appelle de mes voeux dans cette intervention, ne relèvent donc en rien de ce théâtre d'ombres qu'on nous décrit complaisamment ici et là. Ils intéressent même, bien au-delà du seul PCF, toute la gauche.

samedi 10 février 2018

Début de réchauffement... du climat social

Telle est la malédiction de tous les gouvernements se situant dans le cadre du néolibéralisme mondialisé... Pour s’imposer, gagner les faveurs d’une majorité des électeurs consentant encore à se déplacer aux urnes, profiter de concours de circonstances variés et surtout de l’absence d’une perspective crédible de rupture à gauche, ils s’emploient à caresser – pour mieux les dévoyer – les attentes populaires d'une vie moins précarisée par des salaires ou des pensions en berne et le chômage de masse. Ils ne tardent cependant jamais à se voir rattraper par la réalité d’une globalisation dérégulatrice, destructrice de droits et porteuse d’inégalités insupportables au plus grand nombre. Le « trou d’air » que traverse présentement la Macronie en fournit le plus récent exemple.

On se souvient du sort du « travailler plus pour gagner plus », qui assura le succès de la campagne sarkozyenne de 2007. On se souvient également de la Berezina à laquelle sa promesse « d’inversion de la courbe du chômage » conduisit François Hollande. Voilà, à son tour, Emmanuel Macron qui se prend les pieds dans le tapis de ses engagements à concilier augmentation du pouvoir d’achat et justice sociale avec une libéralisation sans précédent des politiques publiques.

Le résultat s’en mesure à la rechute brutale de la popularité du couple exécutif dans les enquêtes d’opinion… À la déroute des candidats de « La République en marche » aux législatives partielles du Val-d’Oise comme du Territoire-de-Belfort (dans l’un et l’autre cas, sur fond d’abstentionnisme record, ils auront perdu plus de la moitié de leur électorat de juin 2017)… Au développement actuel de mobilisations sectorielles qui confrontent l’ensemble de la société au défi primordial de son avenir...

Pour quiconque avait simplement eu le souci de s’intéresser à la loi de finances 2018, il était évident que les choix gouvernementaux, en dépit des annonces censées endormir nos concitoyens, ne feraient qu’enrichir une infime minorité déjà opulente. Pire, à en étudier soigneusement les conséquences, on s’apercevait vite que les 4,5 milliards d’euros de cadeaux fiscaux consentis aux 1% les plus riches, avec la fin de l’impôt sur la fortune conjuguée au nouveau prélèvement forfaitaire unique sur les dividendes et plus-values (la flat tax à la française), seraient exactement compensés par les 4,5 milliards de hausse des prélèvements obligatoires pesant sur le reste des Français, avec les augmentations cumulées de l’essence, du gazole, du tabac, du gaz ou des péages autoroutiers.

Comme, dans le même temps, le basculement des cotisations chômage des salariés sur la CSG s’effectue au détriment de retraités appelés à subir l’amputation de 3,5 milliards d’euros de leurs revenus, c’est la supercherie de la posture du nouveau pouvoir qui est en train de se dévoiler. En ce début d’année, nos concitoyens ont donc tout loisir de vérifier, en se reportant à leurs propres budgets familiaux, les conclusions de l’Observatoire français des conjonctures économiques, lesquelles établissent que 365 000 foyers (sur 36,5 millions !) vont connaître 5% d’augmentation de leur pouvoir d’achat, ou de l’Insee, relevant simultanément que le revenu disponible de la plupart des ménages enregistrera, de son côté, une chute de 0,3% en 2018.

Jupiter et ses ministres fussent, peut-être, parvenus à faire passer cette pilule amère, dans un contexte où l’existence d’un taux de chômage inentamé paralyse largement les capacités de réaction du monde du travail, si l’austérité n’avait pas, dans le même temps, affecté durement la protection que notre peuple estime être en droit d’attendre de l’État. C’est bel et bien cette dimension qui relie les mobilisations en cours dans les Ehpad, et plus généralement à l’hôpital public, à l’école, dans les prisons, ou encore dans la police.

Tous ces secteurs, il importe de le souligner, se retrouvent contraints d’affronter en première ligne les terribles impacts de la régression sociale et des ghettoïsations territoriales. Pour le dire autrement, c’est ici le service public qui se révèle saigné à blanc par des coupes claires dans les budgets alloués aux administrations, au prix d’effectifs notoirement insuffisants pour faire face aux missions assignées et de salaires littéralement indignes. Une tendance que promettent d’aggraver le programme « Action publique 2022 » et ses objectifs de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, de destruction du statut de la fonction publique, de contractualisation des futurs recrutés.

La spécificité des combats engagés ces dernières semaines tient à la convergence des revendications de moyens, d’effectifs et de salaires, pour satisfaire la demande de services publics de qualité. En organisant la pénurie, le pouvoir macronien espérait manifestement, à terme, ouvrir la voie à la privatisation d’au moins une partie des tâches relevant aujourd’hui de la puissance publique. Un projet déjà à l’œuvre, s’agissant de la pénitentiaire, de la santé et, maintenant, de la police (avec la volonté de Gérard Collomb de faire de la « police de la sécurité du quotidien » le prétexte à un retrait de l’État en certains domaines relevant pourtant de la sécurité publique). La détermination des agents concernés représente un obstacle de taille à ce dessein, dès lors qu’elle entre en résonance avec l’attachement des citoyens à un service public synonyme, dans la tradition française, de primauté des droits fondamentaux, d’égalité républicaine, de cohésion sociale.

Et, dans la mesure où, en dépit de la croissance vantée à cor et à cri par toutes les éminences ministérielles, l’emploi demeure un sujet d’angoisse pour les Français, avec la multiplication des « ruptures conventionnelles collectives » et des plans de départ prétendument volontaire qu’autorise, de la part des grands groupes, le saccage du code du travail par les ordonnances Pénicaud, c’est de facto la question sociale qui revient en force au-devant de la scène. Bien sûr, cela ne se traduira pas rapidement par le « tous ensemble » qu’appellerait la Blitzkrieg macronienne, tant restent à surmonter les effets des défaites du passé, de la division syndicale et de la déréliction de la gauche.

Il n’en est pas moins vrai que, pour la première fois depuis le printemps 2017, la prise de conscience se fait jour que le pays affronte un défi de civilisation. Que, face à un gouvernement et à des actionnaires n’entendant reculer devant aucun moyen pour satisfaire l’avidité du nouveau capitalisme, il s’impose de faire front, de s’unir autant que l’est la classe possédante. Rien de plus encore, mais rien de moins déjà.

Si elle veut retrouver le chemin perdu du peuple, la gauche doit être au rendez-vous. Pas en s’enfermant dans une radicalité incantatoire qui ne fait, le plus souvent, qu’entretenir le sentiment d’impuissance éprouvé par des millions de salariés et de jeunes. En construisant des actions larges et enracinées dans les entreprises comme sur le terrain, autour d’objectifs qui apparaissent à portée de conquêtes. Les embauches obtenues par les surveillants pénitentiaires, autant que les crédits en catastrophe débloqués par la ministre de la Santé, s’ils ne règlent au fond aucun des problèmes soulevés par les personnels mobilisés, attestent néanmoins de l’utilité de la lutte collective pour arrêter le rouleau compresseur des puissants. Il importe de s’en inspirer, secteur par secteur, en travaillant simultanément les convergences rendues possibles par la dynamique même des expériences en train de se réaliser.

La marche annoncée, depuis les Hauts-de-France en direction de l’Élysée, le 9 juin prochain, revêt, à cet égard, un caractère assez exemplaire : en mobilisant, sur la base de la communauté de leurs revendications en cette région particulièrement sinistrée, personnels des Ehpad, cheminots défendant le service public ferroviaire, salariés des entreprises en lutte pour l’emploi, agents des collectivités territoriales avec leurs élus, collectifs citoyens agissant pour les droits et l’égalité, cette initiative ne constituera pas une simple action revendicative, mais un début de confluence populaire en faveur d’une autre politique. Elle peut, pour cette raison, inspirer d’autres collectifs militants voulant à leur tour se doter d’une démarche similaire.

Au-delà, parce que c’est l’inexistence d’une perspective politique qui représente toujours le frein principal à une contre-offensive sociale, il convient de nourrir ce nouveau climat de propositions fortes, partant des multiples engagements actuels et des aspirations qu’ils portent, pour esquisser un début d’alternative aux logiques déployées par le camp adverse. Non des travailleurs considérés comme la variable d’ajustement d’un système mû par une course sans fin au profit, mais leur sécurisation grâce à un nouveau droit à des formations qualifiantes orientées par les besoins de réindustrialisation du pays et de conversion écologique de l’économie. Non une fonction publique soumise aux impératifs d’une rentabilisation calquée sur les pratiques du privé, mais son redéploiement pour répondre aux nouveaux et immenses besoins non pris en compte aujourd’hui dans notre société, ces besoins exigeant plus que jamais de faire prévaloir l’intérêt général sur les considérations marchandes et financières. Non la froide approche d’un libéralisme organisant le gigantesque transfert de la richesse vers le capital, doublée d’une austérité privant le pays des investissements d’avenir qui lui font tant défaut, mais une autre utilisation de l’argent dans le but de faire surgir un nouveau modèle de développement, socialement utile et écologiquement soutenable. Non une Europe saccageant des vies par millions, généralisant le dumping social, creusant les inégalités entre les pays membres et en leur sein, mais une nouvelle union de nations souveraines et de peuples solidaires, alignant par le haut les droits fondamentaux, retrouvant le chemin de la démocratie et réorientant ses institutions, à commencer par cette Banque centrale qui devrait supporter les services publics et la lutte contre le dérèglement climatique plutôt que de satisfaire les désidératas des banques. Cela pourrait devenir la base d’une plate-forme pour la résistance et le reconstruction d’une gauche de combat.

Les États-généraux du progrès social, dont la première étape s’est déroulée le 3 février, représentent une contribution importante en ce sens. Leur succès, avec leurs 1000 participants et les nombreux invités présents, appelle des suites ambitieuses. Qui aident à la construction des mobilisations et à la formulation des exigences propres à les dynamiser. Qui les amarrent à l’échelon des territoires, autour par exemple des grands thèmes focalisant la riposte au macronisme. Qui contribuent à l’ouverture d’espaces de débat et d’action unitaires entre forces de gauche disponibles à l’affirmation de réponses progressistes, élaborées avec les acteurs sociaux impliqués dans les luttes.

En clair, bien des choses se jouent présentement. Vouloir que la gauche se relève, c’est prendre la mesure de ce qui bouge dans les profondeurs du pays. Sans tarder. La politique ayant horreur du vide, c’est en effet du côté d’une droite se rapprochant très vite de l’extrême droite, que se dessinent les contours d’une offre aussi réactionnaire que prétendant démagogiquement représenter les souffrances populaires. Une course de vitesse s’est engagée…

mercredi 31 janvier 2018

Macron et les institutions : le coup de force continu

Ne sous-estimons surtout pas l’importance de la réforme institutionnelle qui s’annonce comme l’un des grands dossiers politiques de la nouvelle année. Le président de la République vient d’y consacrer ses derniers discours de vœux, même s’il aura soigneusement tenté de la réduire à une simple remise à jour de l’imbrication des pouvoirs. Ce qui ne saurait étonner, l’homme étant passé maître dans l’art d’enfumer nos concitoyens et de leur présenter le recyclage de vieilles doctrines éculées et d’ancestrales pratiques politiciennes sous l’emballage d’une « modernité » se voulant décoiffante.

En l’occurrence, tout est fait pour focaliser l’attention de l’opinion sur quelques dispositions apparaissant de bon sens : la suppression de cette dérogation au droit commun qu’est la Cour de justice de la République (à la composition très politique et à laquelle il revient, constitutionnellement, de juger des délits et crimes commis par des ministres dans l’exercice de leurs fonctions) ; la fin de cette étrangeté que représente la présence automatique des anciens présidents au Conseil constitutionnel ; la modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature ; la limitation du nombre de mandats successifs autorisé aux parlementaires et édiles locaux ; sans même parler de l’instillation d’une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin pour les élections législatives… La réduction d’environ un tiers du nombre des députés et sénateurs se voit, dans ce cadre, cyniquement mise en avant pour profiter du discrédit présent de la représentation politique, souffler sur les braises d’un antiparlementarisme toujours prêtes à se raviver, et présenter les élus sous les traits d’une caste de parasites pillant sans égards les deniers de la collectivité.

Le véritable dessein n’en est pas moins de redéfinir toute l’architecture de notre vie collective. Et c’est ici de la démocratie, rien de moins, que l’on parle. Élaguer les bancs du Parlement n’aboutirait qu’à amenuiser l’efficacité de ce dernier, moins d’élus n’ayant jamais été le gage de performances redoublées, à asphyxier les capacités délibératives des Assemblées, les survivants de l’amputation chirurgicale ne pouvant se démultiplier dans les débats et commissions, à éloigner davantage les citoyens des lieux de décision, la réduction du nombre de circonscriptions supposant leur redécoupage et l’élargissement considérable de leur superficie. Clairement, c’est la tare fondatrice de notre V° République qui en sera aggravée, avec son exécutif plus omnipotent qu’auparavant, son Parlement encore rabaissé, sa technostructure atteignant la toute-puissance et gouvernant au mépris du suffrage universel.

Nous ne sommes pas simplement, il importe de le souligner, en présence de l’accentuation d’une dérive présidentialiste, constante de la pratique de nos gouvernants depuis quelque six décennies. Car Monsieur Macron dessine, à travers les dispositions mises en exergue de sa réforme, une vision singulière et globale de la politique. À la modification de la taille des deux Chambres, correspond en effet la volonté d’édulcorer le travail parlementaire, à une échelle inédite jusqu’alors. En font foi les annonces accompagnant la diminution du nombre d’élus : désormais, une partie des textes législatifs serait adoptée en commissions et non plus en assemblée plénière ; le droit d’amendement des élus connaîtrait une limitation renforcée ; au nom d’une prétendue simplification des « navettes » entre Palais-Bourbon et palais du Luxembourg, on aboutirait à un unique examen des projets soumis à approbation ; les missions du Parlement se trouveraient simultanément recentrées autour du contrôle de l’application des lois, au détriment de l’élaboration de celles-ci et de la délibération des parlementaires sur les politiques mises en œuvre au sommet de l’État… On me dira sans doute que cela ne ferait que systématiser un mouvement engagé de très longue date. Ce qui n’est pas faux. À ceci près que de telles dispositions aboutiraient à priver la représentation nationale des quelques prérogatives que le général de Gaulle n’avait pas cru bon de lui ôter, en 1958, lorsqu’il soumit la France à un régime de monarchie présidentielle.

Il y a plus grave. Le redécoupage des circonscriptions, législatives autant que sénatoriales, conduirait sournoisement à accélérer la restructuration politique du territoire national, déjà à l’œuvre depuis des années. On le sait, depuis ses origines, notre construction républicaine avait été imaginée sur le double socle des communes et des départements, dans le souci explicite de rapprocher les citoyens de leurs structures représentatives. La première Constitution française, rédigée par la Convention révolutionnaire, allait d’ailleurs jusqu’à établir qu’aucune loi ne pouvait être adoptée sans avoir recueilli l’approbation de la moitié des départements plus un. Nous en sommes plus éloignés que jamais.

Si cette réforme venait à être validée, les départements, du fait de leurs disparités démographiques, ne pourraient plus constituer la structure d’élection des parlementaires, nombre de ces derniers devenant donc l’émanation de ces pachydermiques ensembles qu’a commencé à dessiner l’articulation Régions-métropoles-intercommunalités. Nos dirigeants feraient alors d’une pierre trois coups : ils priveraient les citoyens de cette proximité qui leur permettait encore d’exercer un certaine pression sur leurs élus (et un certain droit de regard sur leurs décisions) ; ils pousseraient les feux de la disparition des départements ou de leur regroupement forcé (dynamique déjà engagée dans le cadre du processus de formation du « Grand Paris », mais aussi en Alsace, en Charente ou en Savoie), avec les retombées qu’il n’est guère difficile d’imaginer sur l’existence même des petites communes, contraintes de se dissoudre faute de pouvoir préserver leur autonomie ; ils faciliteraient la mise en concurrence des territoires, creusant du même coup des inégalités déjà insupportables, et accélérant l’étranglement des administrations publiques et des services publics. Sans oublier le reste…

Comme le pouvoir parle maintenant de reconnaître un « droit à la différenciation » des collectivités locales, la Corse pouvant demain en devenir le laboratoire, on devine que c’est la conception d’une République « une et indivisible », assurant la péréquation des moyens entre ses différents échelons et censée garantir le principe d’égalité entre eux, qui se retrouve en ligne de mire. Comme notre Jupiter élyséen a également mis en chantier la réécriture du préambule de la Loi fondamentale, rédigé au lendemain de la Libération et sur la base du programme du Conseil national de la Résistance, il devient patent que, d’une proposition officiellement présentée comme une rationalisation de l’exercice démocratique, surgit l’ombre portée d’une contre-révolution appelée à revenir sur soixante-dix ans de droits conquis. Et comme, au nombre des mesures mises en avant pour justifier le big-bang, figure la transformation-marginalisation du Conseil économique, social et environnemental, organisme à travers lequel acteurs sociaux et personnalités qualifiées contribuent à l’élaboration des politiques publiques, c’est la démocratie sociale que l’on veut faire passer à la trappe.

Bref, par où qu’on le prenne, le projet gouvernemental nous ramène à l’esprit du macronisme. Non l’entrée de la France dans un nouvel âge de la citoyenneté, mais la transformation de sa République en start-up dirigée avec les méthodes d’un conseil d’administration. Non la libération des énergies et l’épanouissement de chacun par la maîtrise de ses conditions d’existence, mais un enfermement renouvelé dans une gestion pyramidale des affaires de la Cité, bien loin des odes à la décentralisation des compétences. Non la fin, tant évoquée, du « vieux monde », mais un grand retour en arrière, vers un césarisme aussi autoritaire, sinon plus, que celui des années gaulliennes, avec pour différence cependant que le fondateur de la V° République disait refuser que ce fût la « Corbeille » qui fît la loi, quand Emmanuel Macron assume être le fondé de pouvoir de la finance.

Nul doute que le clan au pouvoir voudra aller jusqu’au bout de sa volonté de remodeler les institutions et leur pratique. L’enjeu s’avère par trop important : la réforme qui s’esquisse par touches successives obéit en tout point à la manière dont les marchés s’efforcent, partout sur le globe, de prendre le pas sur les États, d’annihiler la souveraineté des peuples, de substituer les impératifs d’une course au profit sans bornes à la recherche de l’intérêt général. Cela se fera-t-il sous la forme d’une révision constitutionnelle ? Tentera-t-on de recourir à un référendum dont les véritables desseins auraient été préalablement brouillés ? Prolongera-t-on le coup de force qui a porté Emmanuel Macron aux affaires, en mai 2017, de ce putsch légal qui consisterait à se servir de l’article 11 de la Loi fondamentale, lequel autorise le Prince à s’affranchir de toutes les règles du débat démocratique et à passer outre à un refus du Parlement pour se lancer dans une opération plébiscitaire ? C’est ce que recouvre le bras-de-fer en cours entre « La République en marche » et Les « Républicains », ces derniers partageant d’évidence la vision de l’occupant du Trône, tout en cherchant à négocier le meilleur rapport de force dans un futur équilibre des pouvoirs. C’est aussi, et surtout, ce qui fait du débat ouvert un rendez-vous politique déterminant.

La gauche, en tout cas, ne peut le manquer. Elle se sera souvent, dans le passé, soustraite aux confrontations de ce type, à moins qu’elle n’en ait pas pris la mesure. Que l’on songe à la bataille manquée qu’aura représentée, en septembre 2000, le référendum Chirac-Jospin sur le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. On en perçoit aujourd’hui les effets désastreux mais, à l’époque, faute d’engagement déterminé du camp progressiste, il n’avait été approuvé que par 7,5 millions de Français tandis que 30 millions d’autres s’abstenaient ou votaient blanc. La communauté citoyenne, quant à elle, dans son attachement à son histoire républicaine et à la démocratie, aura plus d’une fois fourni la preuve de son sens politique, en mettant en déroute ceux qui tentaient de la manipuler. De Gaulle, le premier, en aura fait les frais, battu à plate couture à l’occasion de son référendum constitutionnel de 1969. C’est cependant sur la durée que se construisent en général les succès. Souvenons-nous en…

vendredi 26 janvier 2018

Le grand mensonge macronien à propos des migrants

Il devient grand temps de sortir des dénis de réalité, des instrumentalisations indignes, des politiques à courte vue. La « crise migratoire », comme la désigne de plus en plus souvent la novlangue des élites, est en train d’empoisonner le débat public, en France autant qu’en Europe, avec des retombées s’annonçant d’ores et déjà catastrophiques sur le climat idéologique ambiant. Et ce, par la seule faute de gouvernants prétendant traiter de phénomènes gagnant sans cesse en ampleur, à l’aide de méthodes administratives et policières, alors qu’ils nécessiteraient de conjuguer volontarisme humanitaire et démarche de long terme.

S’il est une dimension de l’action publique où le « nouveau monde » cher à Emmanuel Macron ressemble à s’y méprendre à « l’ancien », c’est bien celle-là. Sans la moindre différence avec ses deux prédécesseurs, le président de la République tente de convaincre l’opinion que la fermeté répressive, une extrême sélectivité dans le traitement des personnes arrivant sur notre sol pour y solliciter l’asile, la reconduite aux frontières des déboutés de ces procédures, et un « tri » implacable entre réfugiés et immigrés dits irréguliers suffiraient à répondre au problème. Affichant un soutien sans failles à son ministre de l’Intérieur, lequel voudrait transformer les centres d’accueil en zones d’arbitraire placées sous la férule de ses services, il sera même allé, à Calais, le 16 janvier, jusqu’à fustiger des associations cherchant à pallier aux manquements de l’État sur le terrain, les accusant de nuire « à l’efficacité collective ».

À court terme, sans doute, notre exécutif pourra s’enorgueillir de statistiques plaçant la France au dernier rang des pays européens recevant des migrants. Non seulement, notre pays comptabilise moins de demandeurs d’asile que ses voisins (85 700 en 2016, contre 722 000 pour l’Allemagne ou 121 200 pour l’Italie), mais il est aussi celui qui a demandé 25 963 fois à un autre État de « reprendre » un réfugié ayant transité par lui pour entrer dans l’Union européenne, au titre du sordide « règlement Dublin » (qui consiste à se débarrasser de celles et ceux que l’on a soi-même déboutés en les renvoyant dans le pays qui les a, le premier, enregistrés). Ce qui fait dire à Xavier Emmanuelli, cofondateur de Médecins sans frontières et président du Samu social international : « Ces dernières années, l’option privilégiée mais implicite des pouvoirs publics consistait à accueillir le moins possible de réfugiés ! Pour atteindre ce but, le mot d’ordre était : ne surtout pas organiser l’accueil. Un vrai jeu de dupes ! » (in Accueillons les migrants !, L’Archipel 2017).

Cette attitude revient donc, cyniquement, à laisser nos « partenaires » traiter les difficultés rencontrées par toute l’Europe, alors qu’ils ne sont pas nécessairement les mieux placés, économiquement, pour faire face à l’arrivée d’un si grand nombre de personnes, s’agissant entre autres de la Grèce et de l’Italie. Plus encore, elle aboutit à laisser les pays du Sud gérer des camps où s’entassent en grand nombre des hommes et des femmes consentant à leur déracinement pour essayer de sauver leurs vies et celles de leurs familles (à titre d’exemples, la Turquie en aura accueilli 2,5 millions en 2015, le Pakistan 1,6 million, l’Iran 850 000 et la Jordanie 650 000, le Liban se retrouvant, quant à lui, en charge d’un réfugié pour cinq de ses habitants).

Nous n'avons pas là simplement affaire à des considérations « morales », comme le prétendent ceux qui y opposent volontiers leur « réalisme » (on nous répète ad nauseam la fameuse phrase de Michel Rocard, selon laquelle la France ne saurait accueillir « toute la misère du monde »), mais à de l’inconscience et de l’irresponsabilité. Car comment, de la part de ces hauts personnages enivrés de leur autorité, feindre d’ignorer que la planète doit aujourd’hui faire face à de gigantesques déplacements, qui sont au demeurant appelés à s’aggraver dramatiquement dans la prochaine période ?

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lundi 15 janvier 2018

Que 2018 voit le début de la reconstruction

Voici revenu le temps des vœux… Pour formel que fût l’exercice, j’y sacrifie toujours. D’autant plus volontiers que ce moment, où chacun souhaite à ses proches et à ses voisins le meilleur, représente une rare et bienvenue occasion d’éprouver l’humanité qui nous rassemble, dans l’univers cynique et anxiogène où nous baignons. Cela dit, dans la mesure où je voudrais profiter de cette première note de 2018 pour revenir sur les défis auxquels nous allons nous retrouver confrontés, j’accompagnerai mes souhaits de réussite, de santé et de bonheur pour chacune et chacun d’entre vous… d’un appel à une lucidité exigeante.

Ne nous le cachons pas, de grandes épreuves nous attendent. Les séquences électorales du printemps dernier ont acté une défaite majeure de notre camp, sur les plans politique, social, idéologique. La Macronie, solidement installée aux commandes sur les ruines de ce qui constitua l’ordre politique des lustres durant, entend conduire sans temps mort une contre-révolution libérale appelée à changer de fond en comble la physionomie de la France. Nous en connaissons les grands desseins, j’en ai traité à plusieurs reprises ici.

C’est un transfert massif de la richesse que l’on prépare, le premier budget du quinquennat en donnant l’exacte mesure. Grande bénéficiaire de ce big-bang fiscal autant que social, cette oligarchie financière qui, à l’échelle de la planète entière, voit ses huit premiers représentants posséder autant que la moitié de la population (cela ressort sans conteste du rapport d’une centaine d’économistes sur l’inégalité mondiale).

C’est encore une casse sans précédent des droits individuels et collectifs dans le monde du travail qui s’orchestre. Elle va permettre au très grand patronat (celui qui, tout à la fois, préside aux destinées du CAC 40 et régit la vie des petites et moyennes entreprises, dont il est le donneur d’ordres) de licencier à loisir (d’aucuns découvrent seulement l’effet pervers de ce processus de « ruptures conventionnelles collectives » qu’ont consacré les ordonnances de Madame Pénicaud), délocaliser comme il l’entend, peser à la baisse sur les salaires et précariser toujours davantage les conditions d’existence.

C’est également l’accentuation de l’austérité que l’on dessine pour tout horizon à la nation. Celle-ci va devoir subir un nouvel affaiblissement des capacités d’investissement de l’État, la diminution de l’effort de solidarité en direction des plus fragiles (avec, en premier lieu, la suppression de 120 000 contrats aidés ou la baisse de l’aide personnalisée au logement). Ce qui se conjuguera au démantèlement aggravé de nos services publics (dans le cadre du programme « Action publique 2020 », des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires sont censés être supprimés d’ici l’expiration du mandat présidentiel).

C’est, de même, à la destruction de tous les dispositifs de protection sociale que l’on met la dernière main. Sont dans le collimateur la réforme de l’assurance-chômage et la mise sous contrôle des privés d’emplois, l’objectif étant qu’ils se voient contraints, sous la menace de perdre les indemnités auxquelles ils ont légitimement droit, d’accepter des embauches déqualifiées. Et, comme la mise à bas générale du pacte social hérité du Conseil national de la Résistance était inscrite au programme du candidat Macron, suivront la refonte des mécanismes de l’assurance-maladie et la remise en cause de la retraite par répartition. Cette dernière s’annonce d’ailleurs si catastrophique que le pouvoir songe à en repousser l’annonce, craignant sans doute que l’attachement de notre peuple à son système de Sécurité sociale vienne catalyser sa colère.

Ce n’est cependant pas tout. C’est à la place de l’État et à ses missions régulatrices que le clan aux affaires entend maintenant s’attaquer. En lieu et place d’une République supposée « une et indivisible », et sous le pompeux intitulé de « Pacte girondin », l’étranglement des collectivités locales et la mise en compétition des territoires vont connaître une vigoureuse impulsion, le processus s’accélérant à partir de ces grandes métropoles ayant émergé ces dernières années et de ces super-Régions redécoupées sous le quinquennat précédent, pour aboutir à la fragmentation la plus inégalitaire que notre Hexagone ait connu depuis très longtemps. Simultanément, dans le prolongement de l’abandon de pans entiers de nos industries de souveraineté, un train de privatisations devrait, dans un premier temps (il est, hélas à craindre que le mouvement ne s’étende), affecter Aéroport de Paris, la Française des jeux ou Engie, pour atteindre une somme totale de dix milliards d’euros en 2020.

Très logiquement, de la rétraction volontaire de la puissance publique à la mise en coupe réglée de la démocratie, il n’y a qu’un pas. Il est d’ores et déjà franchi. C’est, en effet, à un nouveau mode d’exercice du pouvoir que l’on assiste, concentrant toutes les décisions à l’Élysée et entre les mains d’une haute technocratie ne se concevant plus que comme le relais du capital financier. Dans la foulée, avec le soutien probable de la droite, la révision de la Constitution cherchera, entre autres, à abaisser le nombre des députés ou sénateurs pour mieux, au final, rogner les prérogatives du Parlement, vider de substance les contre-pouvoirs institutionnels, marginaliser les partis, y compris celui du président de la République.

On touche ici à l’essence même du macronisme. Au travers d’une gestion qui affiche volontiers sa « modernité » pour délégitimer ses détracteurs, c’est un césarisme qui s’installe et s’emploie, comme y aspirent partout sur le globe des marchés s’appropriant les pouvoirs des États, à étouffer une série de ces espaces de respiration démocratique ayant, jusqu’alors, survécu au fonctionnement asphyxiant des institutions imaginées par le général de Gaulle.

Rien d’étonnant à ce que tout cela se traduise par cette dérive autoritaire que l’on relève de mois en mois. Entamée sous les auspices d’une loi dite antiterroriste ayant consisté à transposer dans le droit commun les principales dispositions de l’état d’urgence, et pour sournoise qu’elle fût encore, c’est bel et bien une évolution liberticide qui s’amorce. Les circulaires anti-migrants, que le ministre de l’Intérieur paraphe à la chaîne (pour, d’abord, prendre la main sur l’hébergement d’urgence des réfugiés avant, ensuite, de créer des « brigades mobiles » destinées à contrôler les lieux d’accueil gérés par les associations ou les municipalités) en sont les illustrations. Elles pourraient bien, si l’on en croit le récent propos présidentiel contre les « fake news », se traduire ensuite par de substantielles atteintes au droit d’informer à partir des « réseaux sociaux ».

Je me garderai d’oublier l’Europe, dont le nouveau tenant du Trône veut manifestement faire l’une des sources de sa légitimité, dans et hors des frontières. C’est sous prétexte de démocratisation, de relance de la zone euro, de revitalisation de l’axe franco-allemand qu’il veut en fédéraliser la construction. Ce qui, en l’absence de tout projet social, compte tenu de son respect scrupuleux de l’austérité, et dès l’instant où il ne veut toucher à aucun des mécanismes qui ont fait de l’Union l’instrument des marchés et des multinationales, ne peut qu’approfondir les inégalités sur le continent, éloigner davantage les peuples de l’idée européenne elle-même, nourrir les ambitions des aventuriers réactionnaires qui surgissent dans la plupart des pays.

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