Le blog de Christian Picquet

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mercredi 30 novembre 2011

Le peuple ou Bayrou : il va falloir choisir !

Il n’aura pas fallu longtemps, après la mise en ligne de ma dernière note, significativement intitulée « Une bataille pour la gauche », pour que les risques d’embardées alors signalées viennent se confirmer. Voici donc que François Hollande, se détournant des rives de la gauche et se lançant à la poursuite échevelée du centre, vient de proposer à François Bayrou d’intégrer une majorité (voire un gouvernement) qu’il incarnerait, pour peu que le chef de file du Modem se prononçât, contrairement à 2007, en faveur du candidat de gauche au soir du premier tour de la présidentielle.

Quelle étrange précipitation ! Ségolène Royal, au moins, avait attendu l’entre-deux tours pour faire miroiter un maroquin à M. Bayrou. Son successeur se lance, lui, cinq mois avant le premier tour… Était-ce vraiment le moment, alors que la campagne socialiste peine manifestement à retrouver du souffle après les « primaires », de replacer cette fraction de la droite au centre du jeu ? Fallait-il accréditer l’idée d’une convergence de vues avec le célèbre Pyrénéen, alors que celui-ci multiplie les signes de bonne volonté envers Nicolas Sarkozy et maquille son changement de pied sous le vernis de l’exhortation à l’union nationale pour mieux faire passer l’austérité qu’il appelle de ses souhaits, lutte prioritaire contre les déficits publics oblige ? Devrait-on trouver judicieux de déconcerter ainsi le monde du travail, alors qu’il se trouve sous le coup d’attaques terribles de la part de la droite et des puissances d’argent (par exemple pour diminuer l’indemnisation des salariés malades à partir de 2500 euros de salaire), qu’il se désespère d’être le plus souvent ignoré des grands appareils partisans, que la gauche ne lui suggère pas véritablement de raisons de s’enthousiasmer ? Était-il responsable de semer, de cette manière, des germes de division profonde au sein de son camp, en se montrant un peu trop ostensiblement certain de l’inéluctabilité d’un « vote utile » de l’électorat de gauche contre Nicolas Sarkozy, cherchant du coup dans l’urgence à débaucher une aile de la galaxie adverse ?

D’une certaine manière, nous retrouvons ici le débat qui tenaille l’aire d’influence socialiste depuis des années : où gît la clé d’un succès électoral ? Dans une étude récente, la très sociale-libérale Fondation Terra nova suggérait de s’intéresser moins aux classes populaires, censées lorgner vers l’extrême droite ou se montrer enclines à déserter les isoloirs, qu’aux couches moyennes et supérieures de la société, supposées se situer au centre de l’échiquier politique et former le réservoir de suffrages à conquérir pour tout représentant de la rue de Solferino.

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lundi 28 novembre 2011

Une bataille pour la gauche

Je tape cette chronique dans le TGV qui me ramène de Lanester, dans le Morbihan, où je viens de participer au meeting de clôture de la Fête de l’Humanité sur les quatre départements de la Bretagne. J’y étais en compagnie de Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. Environ 2000 personnes présentes à ce point d’orgue de deux jours d’échanges et de fraternité militants, ce qui dépasse de loin la participation des années précédentes ! Auparavant, notre candidat à l’élection présidentielle avait sillonné la région, avec l’aide avisé de mes vieux complices Annick Monot et Guenaël Legras. La semaine passée, je présidais l’Assemblée citoyenne du « pays haut » de cette Lorraine marquée par tant de combats sociaux, réunie dans une salle mise à disposition par la municipalité communiste de Thil. Une grosse centaine de participants, pour un débat où foisonnèrent des questions essentielles pour la bataille que nous avons initiée en vue de 2012. Chacun à son échelle, ces succès témoignent de l’attente que suscite notre Front de gauche, autant que d’une mobilisation militante de nature à nous permettre de nourrir un vaste débat dans le peuple de gauche et, au-delà, au sein d’une société manifestant sans cesse sa souffrance et sa révolte devant les régressions que l’on prétend lui imposer.

L’enjeu, nous le saisissons bien au gré des témoignages qui nous assaillent sur le terrain. Que d’existences brisées, de réalités familiales saccagées, d’angoisses devant les difficultés d’un quotidien où l’on peine à joindre les deux bouts et à imaginer chaque soir de quoi le lendemain sera fait ! À Lanester, une ouvrière de l’agro-alimentaire – non une « opératrice », a-t-elle tenu à préciser, à la manière d’un défi à ces faiseurs d’opinion qui ont fait de la classe ouvrière une sorte de continent oublié – nous en aura délivré un aperçu poignant, non sans rappeler que la dureté de cette vie de labeur ingrate sème la maladie (que l’on n’ose pas soigner de peur d’affronter ces odieuses « journées de carence » dont l’UMP veut augmenter le nombre) et, parfois la mort...

Lors de toutes ces initiatives auxquelles je participe, j’ai coutume d’insister sur ce qui me semble devoir identifier la démarche des forces regroupées par le Front de gauche : nous ne menons pas un combat pour témoigner, pour faire notre petite tambouille en marge du reste du camp progressiste ; nous travaillons pour la gauche, la gauche dans son ensemble, au nom de ce que nous pensons être son intérêt bien compris. Et ce ne sont pas les plus récentes évolutions du paysage hexagonal, ces derniers jours, qui me feront changer d’avis sur ce qui nous menace.

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vendredi 18 novembre 2011

Rassembler la gauche pour une réelle alternative

C’est à ce genre de détails que l’on mesure l’ouverture d’une nouvelle phase de la bataille de 2012. Les échanges à gauche se font plus âpres, entre accord vacillant du Parti socialiste avec Europe écologie et attaques virulentes des partisans de François Hollande contre le Front de gauche. Ainsi, aura-t-il suffi que Jean-Luc Mélenchon risque, dans le Journal du dimanche du 13 novembre, un trait d’humour sur la faiblesse de l’orientation du candidat socialiste - le présentant comme « un capitaine de pédalo » affrontant la « saison des tempêtes » -, pour que se déchaînent des polémiques ayant, pour peu que l’on veuille bien les examiner froidement, l’unique fonction de nourrir la tentation du « vote utile » en faveur du porteur des couleurs de la rue de Solferino.

Nous voici donc sous le coup de l’accusation la plus infâmante qui se pût imaginer, selon laquelle nous ferions plus ou moins consciemment le jeu de la droite. Quoi que l’on pensât des mots employés par notre candidat, on ne saurait accepter les propos orduriers d’un Jack Lang parlant « d’étranges convergences » qui uniraient « le cabinet noir de l’Élysée, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ». Ni ceux de Pierre Moscovici, aujourd’hui devenu directeur de la campagne hollandaise, parlant de reprise « d’un thème de la droite », ou d’Arnaud Montebourg évoquant « une sorte de Georges Marchais qui voudrait faire échouer la gauche 30 ans après ». Sans parler du soudain réveil d’un Jean-Claude Gayssot qui retrouve quelque chose à dire pour accuser le Front de gauche d’« alimenter la machine à perdre ». Tout cela resterait anecdotique, pour ne pas dire insignifiant, si l’on ne devinait-là le tour que peuvent prendre les échanges, au sein du camp progressiste, au fur et à mesure que le vainqueur des « primaires » devra faire face à la faible consistance de sa posture face aux déchaînements des éléments de la crise, que la courbe des sondages le concernant s’inclinera du même coup tandis que celle du président sortant se redressera, et qu’il ne lui restera plus à exploiter que la profonde détestation dont Nicolas Sarkozy fait l’objet dans le pays.

Pour ne pas demeurer prisonnier de polémiques in fine démoralisantes, en particulier pour un peuple qui doit faire face à tant de menaces et d’incertitudes, je veux profiter de l’occasion offerte pour revenir sur le projet de notre Front de gauche pour la gauche. En commençant par rappeler que son porte-drapeau à la prochaine présidentielle, autant que l’ensemble des formations qui le soutiennent, ne pourront jamais être pris en défaut sur leur détermination à battre la droite l’an prochain. C’est sans doute par calcul que leurs détracteurs oublient sur quels mots débutait l’interview au JDD : « Fillon prétend rassurer les marchés. Moi, je veux rassurer les salariés… » Nul égarement, nulle ignorance des enjeux dans cette prise de position, par-delà la formule reprise à satiété par un système médiatique dont chacun connaît les modes assez pervers de fonctionnement, lequel aboutit à édulcorer systématiquement les réflexions de fond…

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lundi 14 novembre 2011

En Europe, c'est la démocratie qu'on assassine

Voici donc que je reprends la plume… En relisant ma chronique précédente avant de m’atteler à la rédaction de celle-ci, un adjectif aura arrêté mon regard, celui d’« apocalyptique » utilisé pour dépeindre les sombres perspectives se profilant à notre horizon d’Européens. J’imagine que certains, parmi vous, m’auront trouvé excessivement pessimiste, voire peut-être enclin à endosser l’habit de Cassandre. Je l’admets, cela fait des mois que je répète ici, quitte à paraître un brin obsessionnel, que nous roulons à tombeau ouvert vers l’abîme, que ceux qui nous entraînent dans une délirante aventure ont totalement perdu la maîtrise de la situation. N’imaginez pas que je goûte particulièrement les postures prophétiques, simplement des analyses avancées au fil des mois découlent inéluctablement des hypothèses qui, pour n’avoir jamais été présentées comme certaines, se seront le plus souvent concrétisées. Hélas… Ainsi, une fois encore, et pour ne prendre que la séquence nous séparant de ma dernière note, les rythmes de la crise européenne se seront-ils incroyablement accélérés au point d’avoir, subrepticement autant que radicalement, bouleversé les règles du jeu ayant jusqu’alors prévalues au sein la zone euro.

Bref rappel des épisodes des derniers jours. Il aura suffi, en marge du G20 de Cannes, que le Premier ministre grec annonçât la tenue d’un référendum sur les plans d’ajustement imposés à son pays pour qu’il fût démontré à quel point la « gouvernance » intégrée des pays réunis par la monnaie unique, cette « gouvernance » dont se gargarise « l’axe Merkel-Sarkozy », ne faisait pas bon ménage avec la démocratie. Bien évidemment, par son changement soudain de pied, Georges Papandréou se souciait comme d’une guigne de l’opinion de son peuple dont il ignorait, depuis des mois, les souffrances et la protestation. Ce politicien retors ne voulait que se maintenir aux affaires, contraint de prendre enfin en compte la pression de la rue et, surtout, de retrouver un minimum d’assises institutionnelles à un moment où sa majorité parlementaire fondait comme neige au soleil. Il n’empêche ! La panique qui se sera alors emparée de l’Eurogroupe aura dévoilé le refus obstiné, de la part des élites, de tout ce qui pourrait amener les peuples à refaire irruption sur le théâtre continental.

Il me faut toutefois me montrer plus précis. En quelques jours, au prétexte de l’initiative d’un numéro un grec que chacun savait plus velléitaire qu’audacieux, puis prenant pour nouvelle cible un pouvoir italien décrété trop instable, nous aurons vu se déployer une véritable blitzkrieg, se gardant bien de s’afficher telle mais résolument conduite depuis Berlin, Paris et Bruxelles. La construction libérale de l’Europe en aura pris un nouveau tour. Celui de l’accaparement sournois du pouvoir par une oligarchie désormais acharnée à vider de toute substance le principe de souveraineté des peuples et des nations. Avec pour première conséquence la chute de deux gouvernements soudainement décrétés insupportables, non en vertu des régressions auxquelles ils s’efforçaient d’assujettir leurs peuples mais parce qu’il convenait, nous aura-t-on dit, de « rassurer » les marchés. Alors que, en pareil cas, le plus élémentaire respect de la démocratie eût exigé d’en revenir aux urnes, les électeurs n’auront cette fois pas eu le moindre mot à proférer...

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vendredi 11 novembre 2011

Avec toutes mes excuses

Comme vous avez pu le constater, mon blog est demeuré inactif plusieurs jours, à la suite d'un très sérieux problème informatique qui avait fait disparaître mes notes sur plusieurs mois. Beaucoup d'entre vous m'ont alerté dès qu'ils se sont aperçus du problème, ce qui m'aura témoigné l'intérêt qu'ils accordent à mes réflexions au jour le jour, et j'ai reçu d'innombrables témoignages de solidarité de votre part. Le problème a maintenant été résolu et les notes disparues ont toutes été restaurées, avec la référence exacte des dates auxquelles elles avaient été mises en ligne. Je vais donc reprendre ici le fil de mes réflexions, ma prochaine chronique découlant de celle du 1° novembre et portant sur cette crise financière dont nul ne saurait dire à présent où elle mène l'Europe. À très bientôt et merci encore de votre patience comme de votre fidélité.

mardi 1 novembre 2011

Trois confirmations pour une crise européenne

Du sommet européen du 26 octobre au G20 de ce début novembre, la même réalité s’impose à nous, celle d’une crise systémique devenue incontrôlable de ceux qui se voudraient un directoire du monde. Nicolas Sarkozy peut bien exceller dans les numéros de bateleurs de foire, il n’y changera rien. Devant quelque douze millions de téléspectateurs réunis l’autre soir grâce à la mobilisation de deux premières chaînes de notre paysage audiovisuel, selon une méthode qui évoquait furieusement les temps de feue l’ORTF, il nous a expliqué que « Madame Merkel et moi » venaient de sauver l’Europe et la planète d’un cyclone apocalyptique. Son propos sera venu me rappeler le trait fulgurant de François Léotard à son endroit, quelques mois à peine après la présidentielle de 2007. J’ai retrouvé le pamphlet dans ma bibliothèque. « Sarko, lui, sur un marché, c’est un évangéliste américain, écrivait l’ancien ministre de la Défense d’ Édouard Balladur, dans Ca va mal finir (chez Grasset). Vous l’écoutez, et vous repartez avec le sèche-salade électrique, le taille-crayon musical, la gomme magique, la machine à couper les poils du nez, une invitation à la Star Academy. »

Pour l’essentiel, comme ce fut d’ailleurs le cas des innombrables rendez-vous ayant ponctué les différentes étapes du maelström des dettes souveraines, la rencontre des chefs d’État et de gouvernement de l’Eurogroupe et de l’Union européenne n’aura rien réglé sur le long terme. On aura effacé la moitié de la dette grecque, mais on ne pouvait guère faire autrement dès lors que la nation hellène avait été mise dans l’incapacité d’y faire face dans le cadre de la thérapie de choc ordonnée par les marchés financiers et les élites communautaires. On aura également décuplé la force d’intervention du Fonds européen de stabilité financière, le désormais célèbre FESF, sans cependant modifier sa relation à la Banque centrale européenne et en faisant appel, via un « Véhicule pour investissement spécial », aux fonds d’investissement privés et autres fonds souverains ainsi qu’à l’aide des pays dits émergents et de la Chine. Et, si l’on aura initié une recapitalisation des banques, la décision sera intervenue sans que fût prise la moindre disposition susceptible de placer celles-ci sous contrôle public, de lutter contre la spéculation et de modifier l’orientation du crédit, ses finalités autant que sa gestion.

Pour dire les choses crûment, à Bruxelles, on se sera contenté de colmater les voies d’eau les plus importantes, sans se donner aucun moyen de maîtriser les dérives erratiques des marchés. La reprise des offensives spéculatives sur l’endettement des États ne tardera donc pas, élargissant son champ d’action à de nouveaux pays, à commencer par l’Espagne ou l’Italie, la place de ces pays dans le dispositif européen pouvant amener à un ébranlement encore plus profond de la zone euro. Quelques indications, parmi les plus éloquentes, de ce que masquent les communiqués officiels. La restructuration de la créance d’Athènes pourrait bien n’alléger que très provisoirement la pression sur ce pays, si les détenteurs de ces assurances censées prévenir les défauts de paiement, les réputés Credit Default Swap, venaient demain à retirer leurs garanties et provoquaient, du même coup, une onde de choc ravageuse pour l’ensemble de la planète finance. De même, à partir du moment où le FESF n’est pas adossé à la BCE et ne peut acheter directement des obligations des États, les 1000 milliards d’euros qu’il garantit seraient parfaitement impuissants en cas d’attaques survenant contre Madrid ou Rome. Sans parler du risque que prennent des pays comme l’Allemagne ou la France en abondant ce fonds spécial (respectivement pour 120 et 90 milliards d’euros), ce qui ne fera qu’accroître leurs propres fragilités. Quant à l’appel au concours de la Chine, chacun devine déjà qu’il aura pour inévitable contrepartie l’aiguisement de la guerre industrielle et commerciale qui l’oppose aux pays de l’UE, avec des effets aisément imaginables sur ces derniers, en particulier dans le domaine de l’emploi…

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vendredi 21 octobre 2011

Une désignation ne fait pas une dynamique de rassemblement

La semaine qui s’achève fut celle… de François Hollande. Le triomphateur des « primaires » socialistes est célébré par les gazettes, primé par des sondages que l’intéressé n’eût sans doute pas imaginé dans ses rêves les plus fous, attaqué avec la dernière virulence par une droite qui ne fait ainsi que dévoiler sa situation d’extrême faiblesse. Ses partisans entrent en force dans les instances de la rue de Solferino, bousculant les lieutenants de Martine Aubry pour la gestion des dossiers les plus sensibles. Avant que le couronnement de l’ex-« impétrant » n’intervienne en grande pompe, ce samedi, dans un grand gymnase parisien.

On me demande souvent si je m’attriste ou, au contraire, si je me réjouis de l’issue du second tour de la consultation organisée par le PS. À dire vrai, je ne fais mienne aucune de ces attitudes… Pourquoi devrais-je être dans la déploration, alors que j’ai toujours considéré que cette consultation n’avait d’autre objet que de choisir la personnalité qui porterait, pour la présidentielle, les couleurs du Parti socialiste et des radicaux de gauche ? Au prix, je l’écrivais dans ma précédente chronique, d’une incontestable altération de la discussion de fond : quoique ses propos sur la « gauche molle » aient laissé affleurer l’une des dimensions de la compétition entre les deux finalistes, Martine Aubry aura mis un point d’honneur à répéter sur tous les tons que l’ensemble des candidats avaient souscris au même projet, celui que je ne considère pas précisément à la hauteur des circonstances exceptionnelles que traversent l’Europe et la France. Et pourquoi aurais-je dû afficher ma satisfaction, en délivrant au passage un message d’hostilité aux 43% d’électeurs ayant fait le choix de Martine Aubry, de la victoire de François Hollande qui, en dépit d’une modération assumée, n’élargira pas mécaniquement l’espace du Front de gauche ?

S’il me faut retenir quelque chose de cet événement à bien des égards sans précédent dans notre histoire politique, j’irai plutôt le chercher dans ce qu’il a révélé des attentes de la société française et du peuple de gauche. On peut bien me dire que ni la classe ouvrière, ni les quartiers populaires, ni la jeunesse ne se seront déplacés aux isoloirs, ce qui est incontestable. On ne pourra pour autant occulter que trois millions d’hommes et de femmes auront répondu à l’appel de ces « primaires », certains ou certaines ne se préparant pas nécessairement à mettre un bulletin socialiste dans l’urne du premier tour, l’an prochain. Ce qui traduit un désir de politique, une envie de démocratie et de participation active au débat public, une volonté trop longtemps contenue de chasser Nicolas Sarkozy du pouvoir, une implication citoyenne n’ayant d’autre objet que de conforter la gauche avant le choc décisif du printemps 2012. Sans nul doute, est-ce d’ailleurs ce dernier facteur qui aura donné à François Hollande son ample majorité de 57% des votants. Reste à savoir si, au-delà d’enquêtes d’opinion pour le moment flatteuses, le candidat investi répond à ces aspirations multiples.

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samedi 15 octobre 2011

Ce que nous disent les "primaires"

Dans ma précédente note, j’annonçais mon intention de revenir sur les enseignements des « primaires » socialistes. Je m’exécute. Pour souligner tout d’abord, d’un trait supplémentaire, ce que nombre de commentateurs ont déjà mis en exergue : la participation exceptionnelle au premier tour de cette consultation, entraînant des hommes et des femmes n‘ayant pas nécessairement l’intention de se prononcer en faveur de la candidature du PS au premier tour de la présidentielle, ne saurait être banalisée. Phénomène sans précédent dans la tradition hexagonale, elle aura révélé un désir de politique et une attente de démocratie que quatre ans de sarkozysme ont littéralement piétinés, un souhait d’implication des citoyens dans le débat du scrutin cardinal de nos institutions, une volonté plus forte que jamais d’en finir avec une droite destructrice des protections sociales et de la souveraineté du peuple, un désir patent de cette fraction du peuple de gauche ayant faut le déplacement aux isoloirs de voir la gauche aller réellement à gauche. Même si, avec mes camarades de Gauche unitaire et du Front de gauche, j’ai considéré que cette initiative concernait seulement celles et ceux qui entendaient départager les prétendants issus de la famille socialiste, il m’est impossible de relativiser la charge positive de l’événement. Encore moins d’ignorer que bien des sympathisants de toutes les composantes de la gauche et de l’écologie politique auront cherché, en mettant leur bulletin dans l’urne, exprimé leurs aspirations.

Résumons. De toute évidence, les 2,7 millions de participants à ce scrutin (peut-être seront-ils davantage ce 16 octobre, si l’on se fie à l’audience record du débat télévisé ayant mis aux prises les deux finalistes), comme le million d’électeurs ayant tenu à laisser leurs coordonnées aux organisateurs du vote, auront reflété le mouvement d’une société ne supportant plus l’étouffement auquel la soumet l’oligarchie politico-financière aux affaires. De même, le succès d’une entreprise contre laquelle l’UMP avait déclenché un tir d’artillerie des plus grotesques, allant jusqu’à invoquer le fichage des électeurs, aura représenté un acte impressionnant de rébellion face à un pouvoir que chaque élection sanctionna depuis 2008… sans qu’il ne daigne entendre les souffrances d’un corps social meurtri par ses orientations libérales et son inégalitarisme forcené. Quant au score inattendu d’Arnaud Montebourg, qui défendait des propositions de confrontation avec les marchés ayant plus d’un point commun avec notre « programme partagé », et même l’écart plus réduit que prévu entre François Hollande – chantre assumé d’une stricte orthodoxie budgétaire au nom de la réduction prioritaire des déficits – et une Martine Aubry à la posture se voulant plus ouverte aux revendications populaires et plus volontaire face aux banques ou à la spéculation financière, ils auront une nouvelle fois désigné le centre de gravité véritable de la gauche… Bien loin d’un social-libéralisme parfaitement impuissant à relever les défis du moment historique présent.

Reste à savoir si ces « primaires » sont, pour autant, la réponse aux espérances dont elles ont favorisé la manifestation spectaculaire. Chacun, même s’il a approuvé le choix du Parti socialiste de les organiser, pourra convenir que tel n’est pas vraiment le cas.

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samedi 8 octobre 2011

Un régime carbonisé, des institutions à bout de souffle

À sept mois du rendez-vous cardinal de la vie politique française, nous nous trouvons très probablement plongés dans l’une des plus grandes crises de régime qu’ait connue la V° République depuis ses origines. Symboliquement amplifiée par le basculement à gauche du Sénat, baignée par la succession d’« affaires » balayant les sommets de l’État, une atmosphère crépusculaire règne sur l’Élysée et son prestigieux locataire. D’aucuns ont parlé de « giscardisation » de Nicolas Sarkozy. Sauf que le pouvoir finissant de Valéry Giscard d’Estaing apparaîtrait presque, à 30 ans de distance, comme un modèle de vertu en comparaison de ces opérations glauques et règlements de comptes sordides qui font quotidiennement la « une » de nos gazettes. Il faut sans doute remonter à l’agonie du gaullisme présidentiel ou au pompidolisme frappé de sénilité pour retrouver pareil climat…

Des proches, des intimes, des membres de la garde rapprochée du chef de l’État se voient convoquer devant la justice, afin d’y répondre des rétro-commissions ayant pu servir au financement occulte de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur – dont M. Sarkozy était alors le bras droit – et aboutir au sanglant attentat de Karachi. Pour avoir tenté d’étouffer l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, un procureur réputé proche du « Château » doit à son tour répondre à la convocation de ses pairs. Toujours dans le même dossier, et pour protéger notre monarque des accusations de la comptable de la milliardaire de Neuilly, des représentants de la plus haute hiérarchie policière sont soupçonnés d’avoir illégalement espionné des journalistes. Le ministre de l’Intérieur, clé de voûte du dispositif gouvernant depuis 2007, se retrouve au cœur de cette avalanche de scandales, mis notamment en cause pour ses liens étroits avec ces affairistes ayant noms Djouri, Takieddine ou Bourgi, porteurs modernes de ces valises de billets dont il paraît évident qu’elles étaient destinées à financer le clan au pouvoir. Sans parler des rebondissements en série du dossier Servier, le laboratoire qui s’est illustré par son cynisme criminel et dont les liens au parti majoritaire sont à présent aussi notoires que ceux qui unissent son PDG au président de la République depuis le temps où ce dernier exerçait ses talents d’avocat à son service. Sans parler non plus de la chute de ces grands flics de la PJ, accusés de corruption et de liens au grand banditisme, dont on n’imagine pas qu’ils aient pu parvenir à leur niveau de responsabilités sans l’appui de la place Beauvau.

Cette interminable chronique politico-judiciaire trouve sa cohérence globale dans le fait que ses différents épisodes impliquent l’entourage direct du premier personnage de l’État. Un hallucinant écheveau de relations politiques, financières et claniques s’y trouve spectaculairement mis en lumière. Avec pour première plaque tournante la Françafrique, on découvre (je devrais plutôt écrire qu’on redécouvre) comment des « marchés souverains » concernant les secteurs sensibles de l’armement, de l’énergie ou des télécommunications, s’avèrent mis en coupe réglée par une camarilla cheminant sur l’étroite ligne de crête où se recoupent activités publiques, pratiques délictueuses et mafias financières. Comme l’auront établi deux ouvrages récents – Armes de corruption massive, de Jean Guisnel, publié à La Découverte, et La République des mallettes, de Pierre Péan, édité chez Fayard), les facilités qu’octroient les paradis fiscaux et la grande tolérance des banques ont permis un essor monstrueux des circuits d’argent sale. Et ce système politico-délinquant, d’autant plus développé que dix ans continu de règne de la droite donnait à ses bénéficiaires un sentiment de parfaite impunité, aura amplement bénéficié de l’activisme d’un pouvoir n’hésitant jamais à recourir à toutes les formes imaginables de pression sur les juges, de chantage sur la presse et d’intervention sur les témoins.

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mardi 27 septembre 2011

Ce que permet le basculement du Sénat

Ce qui apparaissait hier comme une simple hypothèse est devenu réalité… Le Sénat a basculé… Ne boudons pas notre joie devant cette raclée méritée du camp qui en avait fait sa place forte depuis si longtemps, et devant une victoire à laquelle auront contribué toutes les composantes de la gauche…

L’événement n’est pas seulement sans antécédent, l’institution ne s’étant jamais placée sous direction progressiste depuis le rétablissement de la République, à la fin du XIX° siècle. Il résonne comme un authentique séisme par le rejet qu’il manifeste du président de la République et du petit clan qui, autour de son auguste personne, s’est accaparé tous les leviers de commande… parfois au détriment de courants ou personnalités bannis par un système de cour aujourd’hui porté à son paroxysme. Ainsi, rien ne sera-t-il parvenu à conjurer la défaite de la majorité sortante : ni l’utilisation discrétionnaire de la « réserve » financière de M. Larcher, ni les intenses pressions s’étant multipliées sur quelques dissidents ou « grands » électeurs susceptibles de faire défaut à l’UMP, ni les tripatouillages par lesquels le ministre de l’Intérieur tenta par exemple de brouiller les cartes en publiant les listes de candidats sans étiquettes partisantes…

D’évidence, plusieurs facteurs se sont conjugués pour aboutir à ce résultat. De manière déterminante, a joué l’amenuisement, au fil des scrutins et du glissement à gauche des représentations territoriales, des bases électorales du pouvoir en place. Toutefois, compte tenu d’un mode de scrutin et d’un découpage électoral ayant toujours eu pour objet de déformer la réalité française, cela n’eût pas mécaniquement suffi à bouleverser la donne sénatoriale sans le puissant vent de révolte qui s’est levé à l’encontre de ceux qui nous dirigent. À cet égard, la poussée de la gauche dans les zones rurales exprime-t-elle significativement le rejet sans appel des politiques libérales qui déchirent le tissu social, font disparaître l’essentiel des services publics - MM. Sarkozy et Fillon paient ici lourdement la facture de la liquidation de centaines de bureaux de poste ou de la loi Bachelot privant nombre de territoires de leurs hôpitaux ou maternités de proximité -, étranglent politiquement et financièrement les collectivités au profit d’une recentralisation autoritaire de l’État.

Bien sûr, on ne saurait totalement exclure que, au terme de manœuvres désespérées, la droite ne parvienne à conserver le contrôle de la « Haute Assemblée ». Les petits arrangements ayant toujours eu cours au sein de cette dernière, les ponts jetés entre groupes théoriquement opposés dans le but d’en cogérer le fonctionnement, le rôle charnière du groupe radical (où siègent amis de MM. Baylet et Borloo), ou encore le ralliement de quelques non-inscrits peuvent toujours amener un tel rebondissement. Il n’en demeure pas moins que, ce 25 septembre, la crise française aura connu une spectaculaire accélération. Jamais président et majorité sortants n’auront abordé les scrutins déterminants de la présidentielle et des législatives avec un semblable handicap. Jamais, à l’aune des divisions ayant pour partie contribué à ce Sedan électoral de la droite, l’autorité de l’hôte de l’Élysée ne se sera-t-elle révélée aussi faible jusque chez ses propres partisans. Jamais régime ne sera-il sorti à ce point délégitimé de quatre ans de mandat présidentiel. Jamais, surtout, le divorce entre le pays et sa représentation officielle ne sera-t-il apparu si irréductible.

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