Le blog de Christian Picquet

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vendredi 17 mai 2013

Le président "socialiste" qui ne parle plus à la gauche

Je n’attendais rien de bien nouveau de la conférence de presse de François Hollande. En l’écoutant pérorer sous les ors de l’Élysée, je songeais cependant à ceux de ses électeurs du printemps dernier qui, comme moi, assistaient à la retransmission télévisée. Ils auront dû éprouver un sentiment amer en pensant : « Se souvient-il encore qu’il fut élu parce qu’il se revendiquait de la gauche ? » Ils n’auront, il est vrai, pas entendu la moindre parole de gauche sortant de sa bouche. Pour une très brève manifestation de compassion envers ces millions d’hommes et de femmes qui espéraient le changement mais doivent à présent subir une austérité encore plus dure que sous le précédent quinquennat, une fois expédiée en quelques phrases la promesse d’un « plan d’investissement » dont on voit mal comment il pourrait atteindre l’ampleur nécessaire dans un contexte de rigueur impitoyable, en dépit de l’évocation d’un « gouvernement économique » qui ne réorientera en rien la zone euro dès lors que les fondamentaux de cette dernière ne sont absolument pas remis en cause, tout le discours présidentiel se sera concentré sur une « crédibilité budgétaire » devenue l’alpha et l’omega de la politique gouvernementale.

De fait, le chef de l’État se sera, ce jeudi, livré à un exercice d’autosatisfaction et d’autojustification d’une action n’obéissant qu’aux injonctions d’une finance toujours plus cupide, d’un grand patronat acharné à transformer en victoire sur toute la ligne ce qu’il a déjà obtenu des gouvernants, d’ayatollahs libéraux pressés d’imposer leurs dogmes mortifères à l’ensemble de l’Europe. Comment, à cet égard, François Hollande ose-t-il parler de la « réparation des injustices » - à laquelle il aurait consacré les premiers moments de son quinquennat -, quand son action aura délibérément ignoré la redistribution des richesses au moyen de la révolution fiscale promise aux électeurs, quand la flexibilité du travail aura progressé comme jamais auparavant avec le fameux Accord national interprofessionnel, quand à l’inverse les puissants auront bénéficié (et vont encore bénéficier…) des cadeaux en série qu’ils réclamaient au nom de la « compétitivité française », quand l’on sera allé jusqu’à refusé l’amnistie à des syndicalistes ou à des militants associatifs dont la droite aux affaires avait hier voulu criminaliser l’action ?

Cerise sur le gâteau, il nous aura été confirmé qu’il fallait se préparer au prochain allongement du nombre d’annuités nécessaires à l’obtention d’une retraite à taux plein qui, de surcroît, verra son montant diminuer. Le chef de l’exécutif aura bien pu promettre l’organisation d’un « dialogue social » censé faire la différence avec le quinquennat passé, le « principe » de cette prétendue réforme est déjà acté : comme en 2010, sous le règne de Monsieur Sarkozy, on entend demander aux travailleurs de travailler plus… pour gagner moins. Que l’annonce en ait été faite au lendemain de la comparution du président français devant le tribunal de l’austérité qu’est devenue la Commission européenne, en vertu du nouveau traité ratifié par la nouvelle majorité, dit assez que l’on entend ainsi faire symboliquement droit aux exhortations en ce sens de Monsieur Barroso et de Madame Merkel.

La récession dans laquelle se trouve désormais plongée l’économie française annonce l’échec inéluctable de ces orientations. L’austérité salariale et budgétaire va asphyxier l’activité et faire du même coup flamber le chômage. Les coupes claires opérées dans la dépense publique auront pour principaux effets d’étrangler les services publics (là encore, les « recommandations » des bureaucrates de Bruxelles, tendant à ouvrir à la « concurrence » le maximum de secteurs encore gérés par la puissance publique, sont en passe d’être mises en application) et de brider l’investissement (en particulier à l’échelon des collectivités territoriales, dont les dotations vont être lourdement amputées). Le refus réitéré de consentir à l’épreuve de force qui s’avèrerait indispensable avec la droite conservatrice allemande, fer de lance d’une démarche qui ravage l’un après l’autre nos voisins, ne fera que saper davantage les bases d’une construction européenne dorénavant fracturée par des trajectoires et des intérêts de plus en plus divergents. La régression sociale, sur laquelle débouche la politique présentée ce 16 mai, va enfin rendre incandescente la crise française et conduire la France, le peuple, la gauche au bord du précipice. Mais telle est la condition, nous disent du moins les tenants de la doxa libérale, de « l’assainissement » auquel il nous faudrait nous résigner.

Le président de la République s’est, ce 16 mai, voulu un « socialiste qui veut faire réussir la France ». Sauf que la France que dessinent ses décisions fait du monde du travail, c’est-à-dire de la majorité de ses habitants, un continent littéralement oublié. Il est urgent qu’un grand sursaut populaire parvienne à imposer un changement de cap !

mardi 7 mai 2013

Discours le 5 mai à la Bastille


Discours de Christian Picquet - Marche... par lepartidegauche

lundi 6 mai 2013

Le nouvel appel de la Bastille

Le soleil brillait sur Paris ce 5 mai… Comme une lueur au cœur d’un printemps aussi désespérant que l’état d’une France saignée à blanc par l’austérité qui lui est imposée depuis trop longtemps… Comme un signe, aussi, que quelque chose de neuf était en train de naître de la déferlante citoyenne initiée par le Front de gauche, avant que ne la rejoigne des secteurs d’autres formations de la gauche (au premier rang d’entre eux, un contingent d’Europe écologie-Les Verts avec Eva Joly), des structures et des acteurs du mouvement syndical ou associatif, des citoyens qui ne supportent plus de voir ignorer le sens de leur vote du printemps 2012… Comme un encouragement à poursuivre la dynamique de remobilisation et de contre-offensive qu’entendait amorcer cette marche joyeuse, jeune, dynamique, combative et, surtout, déterminée à ne « rien lâcher » des principes et exigences qui n’ont pas cessé de battre au cœur de la gauche et du camp du travail.

Quel contraste avec la « bunkerisation » dont Jean-Marc Ayrault donnait, au même moment, l’image piteuse en renonçant à se rendre auprès des siens, les jeunes socialistes réunis dans les Landes pour célébrer le premier anniversaire de la victoire sur Nicolas Sarkozy. Quel contraste, surtout, avec l’autisme dont les deux têtes de l’exécutif faisait preuve en ajoutant de nouveaux cadeaux à ceux déjà distribués aux entrepreneurs, ou en annonçant le désengagement de l’État d’un certain nombre d’entreprises publiques. François Hollande s’arcboute sur son « socialisme de l’offre » quand chacun sait que, partout où il fut mis en œuvre, il ne sera parvenu qu’à conforter les logiques de rendement financier de court terme constituant le moteur réel du capitalisme d’aujourd’hui.

Bref, en ce premier week-end de mai, galvanisés par une participation très supérieure à celle de la marche du 18 mars 2012, celle-là même qui avait été le premier des temps forts de notre campagne de la présidentielle, nous aurons en quelque sorte sonné l’heure du réveil de la gauche. Exprimé qu’un changement de cap radical était indispensable. Dessiné les contours de celui-ci : un nouveau modèle de développement, donnant la priorité à la satisfaction des besoins sociaux et se dotant des moyens nécessaires à son déploiement grâce à la mise sous contrôle public du système financier et à une redistribution des richesses que permettrait une authentique révolution fiscale ; la refondation de la République, grâce à la convocation d’une Assemblée constituante à travers laquelle les citoyens pourraient trouver les moyens d’exercer leur souveraineté aujourd’hui piétinée par une oligarchie rapace ; la réorientation de l’Europe, en commençant par remettre sa Banque centrale sous le contrôle des États afin que l’euro, d’outil d’asservissement des peuples devienne un instrument au service d’un développement écologiquement soutenable. Rappelé l’enjeu capital du moment politique présent : sauver la gauche que les orientations conduites à la tête de l’État mène à une authentique débâcle.

Concluant mon discours place de la Bastille, au même titre que les premières figures politiques de la convergence qui se retrouvait dans la rue, j’aurai conclu par ces mots : « Aujourd’hui, nous lançons l’Appel de la Bastille… À tous ceux et toutes celles qui veulent que la gauche soit la gauche, aux militants syndicaux et associatifs, aux citoyens qui ne veulent pas que l’on bafoue leur vote de l’an passé. Nous leur disons : ‘’Il n’est plus temps d’hésiter ! Joignez vos forces aux nôtres ! Ensemble, nous sommes la majorité de la gauche et du peuple ! Ensemble, nous pouvons demain rassembler la gauche et ouvrir la voie à de grandes avancées sociales, démocratiques, écologiques ! Ensemble, nous pouvons imposer une autre majorité et un autre gouvernement pour mener une tout autre politique ! Ensemble, nous pouvons renverser la table, jeter les bases d’un nouveau Front populaire qui mettra en mouvement une force irrésistible à même d’arracher des conquêtes aussi importantes que le furent les congés payés en 1936 !’’ »

Ce matin, tirant les enseignements du succès de la veille, la coordination nationale du Front de gauche aura en ce sens précisé sa feuille de route. Le 16 mai sera notre nouveau rendez-vous pour appuyer les propositions de loi déposées devant l’Assemblée nationale sur l’amnistie sociale et l’interdiction des licenciements boursiers. Le premier week-end de juin sera ensuite la date où les rues de toutes les villes du pays verront se multiplier rassemblements, marches, initiatives citoyennes sur les mêmes objectifs que le 5 mai. Ce grand rendez-vous sera suivi, le 9 juin, de la marche des femmes contre l’austérité. Avant que ne soient réunies, à Paris, des Assises de la refondation sociale et démocratique de la France où, bien au-delà du Front de gauche, du moins le souhaitons-nous, se retrouveront toutes les forces, sensibilités, personnalités dès à présent disponibles à un vaste débat sur une politique alternative.

Oui, décidément, un processus s’est mis en branle ce dimanche. De ce genre de processus grâce auquel la gauche peut trouver les moyens de se relever et de redevenir le camp du travail. C’est la raison pour laquelle il est à ce point vital que, au cours des semaines et des mois à venir, il se consolide, s’approfondisse, s’élargisse.

samedi 27 avril 2013

Un an après... L'urgence d'une autre politique

Cette quatrième semaine d’avril restera un marqueur indélébile du quinquennat de François Hollande. Non, hélas, parce que le peuple de gauche aurait célébré, dans un sentiment de confiance retrouvé, le premier anniversaire du premier tour de la présidentielle, qui vit le candidat socialiste arriver en tête de la gauche et de tous ses concurrents, annonçant en quelque sorte son élection du 6 mai suivant. Mais plutôt parce qu’elle aura signé, de plusieurs actes symboliques majeurs, la rupture d’un pouvoir issu de l’éviction de Nicolas Sarkozy… avec celles et ceux auxquels il doit sa victoire. Ces ouvriers, ces employés, ces salariés en général, ces chômeurs, ces acteurs du monde syndical et associatif qui avaient, au printemps 2012, exprimé dans les urnes leur attente d’une société où la finance ne ferait plus la loi… ce qui avait constitué, on s’en souvient, la principale promesse du discours du Bourget.

Le gouvernement aura d’abord dû assumer sa trahison honteuse de l’engagement pris devant les sidérurgistes de Florange. À l’inverse de ce qu’avait laissé entendre le Premier ministre pour repousser hautainement l’idée d’une nationalisation, même temporaire, de ce site - dont tous les observateurs sérieux s’accordent à reconnaître qu’il n’est nullement obsolète alors que la France a (et aura, demain, davantage encore) d’importants besoins à satisfaire en matière de production d’acier -, les hauts-fourneaux d’Arcelor se seront définitivement éteints. Ce fiasco, qui voit triompher la logique de profitabilité financière de court terme de Monsieur Mittal, renvoie le « redressement productif » évoqué voici un an… au vaste musée des espérances étranglées par la fraction de la gauche qui, lorsqu’elle accède aux responsabilités, croit que le réalisme consiste à s’attirer les faveurs du capital. Comme à l’accoutumée, elle ne réussit jamais qu’à désespérer ceux qui lui ont fait confiance, sans pour autant atténuer l’hostilité de ce parti de l’argent pour lequel elle n’aura jamais, investie qu’elle doit être par les suffrages populaires pour accéder aux affaires, la moindre légitimité.

Dans la foulée, alors que les statistiques accusent un taux de chômage comme notre pays n’en avait jamais connu encore, avec au moins cinq millions de personnes concernées, alors que l’Insee enregistre que le niveau de vie de 24,4 millions de nos concitoyens a baissé sur les années 2009 et 2010 (on sait d’avance ce qu’il en est pour les deux suivantes…), la direction de PSA supprime des centaines de postes dans le groupe, allant jusqu’à fermer le site de Moisy-Cramayel en Seine-et-Marne, sans que l’exécutif éprouve même le besoin de rappeler à l’ordre l’actionnaire. Une anticipation, d’un certain point de vue, de ce que produira l’Accord national interprofessionnel imposé par le Medef, que le gouvernement a non seulement choisi de transcrire dans la loi, mais qu’il a voulu faire passer en force au Sénat en recourant à la procédure scélérate du vote bloqué.

Pour faire bonne mesure, voilà que le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, qui commença son parcours à l’aile gauche du Parti socialiste, aura annoncé l’opposition du gouvernement à l’adoption de la proposition de loi du Front de gauche visant à amnistier syndicalistes et militants associatifs condamnés pour leur action sous le précédent quinquennat. Une proposition dont l’examen allait commencer en commission des lois de l’Assemblée nationale, après que la majorité sénatoriale de gauche l’ait pourtant adoptée en février (non sans l’avoir expurgée de nombre de ses dispositions initiales).

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lundi 15 avril 2013

Du congrès de Gauche unitaire... à la marche du 5 mai

Il me faut ici revenir sur le rendez-vous sur lequel je concluais mon dernier papier… Le congrès de Gauche unitaire… En ce moment si particulier - autant que fort dangereux - que traverse la France, il aura été un beau moment de politique et de libre débat, d’unité également avec des textes votés à la quasi-unanimité… Qui se sera conclu sur un meeting à l’occasion duquel Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent et moi-même aurons pris la parole… En participant aux discussions, dont la richesse n’aura pas échappé aux représentants des organisations françaises et internationales invités, beaucoup d’entre eux me l’ont dit, en entendant tant de jeunes camarades venir enrichir nos travaux à la tribune (ce qui n’ôte rien à la qualité des contributions des plus anciens, mais témoigne tout de même de la vitalité d’un mouvement), je me disais : que de chemin parcouru !

Cela fait exactement quatre ans que nous nous sommes fondés. Au sortir, pour certains d’entre nous, de la douloureuse expérience que représentait la fondation d’un Nouveau Parti anticapitaliste dont nous devinions que l’orientation isolationniste et gauchiste le conduirait à l’impasse. Nous ne nous trompions ni sur ce gâchis, ni sur le rôle que pouvait être amené à jouer le Front de gauche, s’il savait à la fois se montrer rassembleur et agir pour une refondation d’ensemble de la gauche sur une nouvelle ligne stratégique et programmatique. Nous nous définissions toutefois comme une forme politique transitoire, s’intégrant à la convergence formée avec le Parti communiste et le Parti de gauche dans le souci d’unir les forces disponibles à la défense d’une politique de rupture avec le libéral-capitalisme, et en y portant la perspective d’une nouvelle force politique, d’un nouveau parti pour le monde du travail.

Le Front de gauche est bel et bien devenu une réalité incontournable du champ politique à gauche et il s’est effectivement, comme nous l’espérions, pérennisé à la chaleur de l’expérience réalisée en commun par ses différentes composantes. Mais les rythmes n’ont pas été ceux que nous attendions pour le voir dépasser sa réalité de cartel, atteindre un degré d’intégration plus poussée des organisations partie prenante, et bénéficier d’apports militants allant au-delà de ces dernières.

Cela nous renvoie à l’extrême complexité des processus de recomposition de la gauche et du mouvement ouvrier, partout en Europe, dans un contexte de lourdes défaites accumulées par le salariat depuis des années, de résistances massives mais impuissantes à arracher des victoires, de crise profonde du projet émancipateur. Face à cette réalité différenciée, c’est en dernière instance la cohérence, conjuguée à l’efficience vérifiée dans la pratique des orientations mises en œuvre, qui constitue le test de la fonctionnalité d’une formation. Le bilan de Gauche unitaire ne peut donc s’apprécier indépendamment du contexte général.

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vendredi 5 avril 2013

La débâcle ou le sursaut...

Cela ne fait aucun doute : l’élection d’un président socialiste et d’une majorité de gauche à l’Assemblée nationale n’a pas un an, et nous sommes déjà entrés dans un moment crucial d’accélération des rythmes de notre vie publique et d’aiguisement des confrontations politiques et sociales dans le pays. La semaine passée fut ainsi marquée par l’intervention télévisée du président de la République ; la suivante s’est, très symboliquement, ouverte avec le scandale d’État que représentent les aveux de l’ancien ministre du Budget et sa mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale ; elle s’achèvera, non moins symboliquement, par le vote que les députés sont appelés à émettre sur le projet gouvernemental transposant l’Accord national interprofessionnel. La gauche se trouve dans l’œil d’un cyclone dont on pourrait décliner les manifestations à partir de trois noms… illustrant les termes de l'alternative que pointe le titre de ce billet.

À tout seigneur, tout honneur, commençons par le président de la République… Sur France 2, le 28 mars, il aura du bout des lèvres consenti à admettre sa sous-estimation initiale de la crise. Il aura néanmoins usé de formules martiales pour tenter de convaincre huit millions de téléspectateurs que les décisions prises ces derniers mois auront empli une boîte à outils dans laquelle il ne resterait qu’à puiser pour que l’avenir fût meilleur. Comment ne pas être saisi devant cette incompréhension (à moins qu’il ne s’agisse d’une indifférence mortifère) de la colère dont l’équipe gouvernante est l'objet de la part d'un large partie de son électorat, lequel se sent trahi par l'abandon des promesses de la campagne présidentielle ?

Le plus frappant est, à cet égard, que le tombeur de Nicolas Sarkozy n'ait manifestement plus rien à dire au peuple pour le convaincre que sa démarche est toujours dictée par les proclamations de justice du discours du Bourget. Même s’il prend quelques distances verbales avec Madame Merkel, voire affiche un refus bien formel de l'austérité sur notre continent, chacun entend que, jusque dans les mots utilisés, il parle comme les dirigeants conservateurs allemands et européens. Quoiqu’il entonne sans relâche le refrain du « Cela ira mieux demain », dans sa volonté frénétique de convaincre les entreprises qu’il conduit une action qui leur est des plus favorables, autant que dans ses tentatives répétées de se présenter aux marchés comme un élève appliqué à mettre en œuvre la doxa libérale, des millions d’hommes et de femmes perçoivent, au moins intuitivement, que les classes possédantes ont vu satisfaire l'intégralité de leurs exigences.

Pour le dire autrement, l’élu du 6 mai ne fait que signer et persister dans la défense d'une politique qui est tout à la fois une impasse et la promesse d’un désastre pour le peuple.

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mercredi 27 mars 2013

Épreuves de vérité (2) : leçons italiennes et... chypriotes

Alors que j’étais en train d’apporter les dernières corrections à ma note du 26 février sur l’inanité de la réponse de notre gouvernement aux problèmes de la dette et des déficits publics, dans le contexte d’une pression sans cesse accentuée de ce qu’il est de bon ton de nommer les « marchés financiers » (en clair, les banques et les fonds d’investissement), nous parvenaient les résultats des élections générales en Italie. Comment ne pas voir, dans cette crise politique ouverte pour longtemps de l’autre côté des Alpes, la confirmation des conclusions auxquelles j’aboutissais à propos de la France ? Du coup, j’avais annoncé l’ajout d’un second volet à la réflexion initiée sur les « épreuves de vérité » auxquelles la gauche se trouve confrontée. Le traitement de l’actualité brûlante des dernières semaines m’avait néanmoins amené à surseoir à sa mise en ligne. Les derniers événements européens, à commencer par le révélateur chypriote de l’impasse où s’enlise la construction libérale de l’Europe, m’amènent à la publier à présent. Enrichie des enseignements de la toute dernière période...

Avant d’entrer dans le vif de ces « leçons italiennes… et chypriotes », revenons-en brièvement à l’analyse des faits. Par un vote qui se voyait en pratique contraint faute d’offre politique lui apparaissant à la hauteur de sa colère, et qui aura d’ailleurs pu se révéler fort injuste pour les listes soutenues par l’organisation-sœur de notre Front de gauche, j’y reviendrai, le peuple italien aura choisi de mettre en échec l’ensemble des formations qu’il considère inféodées à un système et à une politique, qu’il rejette avec une force qui laisse les élites européennes frappées de stupeur.

Il n’est pas inutile, avant d’analyser plus précisément le verdict des urnes transalpines, de nous remettre en mémoire la séquence ayant provoqué ce vote sanction. En 2011, carbonisé par ses frasques personnelles et discrédité en raison de ses choix ultralibéraux, Silvio Berlusconi n’était plus apparu comme un gage de stabilité aux yeux de gouvernants européens cherchant à tout prix à enfermer le continent dans le carcan du pacte budgétaire et du démantèlement de l’État social. C’est au tandem Merkel-Sarkozy qu’était alors revenue la tâche de le contraindre au départ. On lui avait substitué ce Monsieur Monti, pur produit d’une technocratie au service du capital financier, sorti tout droit des rouages de la banque Goldman Sachs puis de la Commission de Bruxelles. Aux yeux des concepteurs de cette opération, l’extériorité du personnage au monde politique traditionnel semblait le prédisposer à conduire la purge brutale que l’on sommait le pays d’accepter. Ce fut le deuxième « coup d’État légal » auquel on assista sur notre continent, le premier ayant auparavant coûté son poste au socialiste grec Papandréou. Tous les partis du système y avaient consenti, du Peuple de la liberté berlusconien au Parti démocrate (membre du Parti socialiste européen), en passant par les « post-fascistes » et les héritiers de la Démocratie chrétienne.

Ce qu’avaient ignoré les classes dirigeantes, d’Italie et d’Europe, c’était à quel point la méthode utilisée pour installer « Il Professore », conjuguée à la brutalité sociale des décisions qu’il était chargé de mettre en œuvre, devaient inévitablement provoquer une vague de rejet. En démissionnant prématurément de ses fonctions, dans l’espoir d’octroyer une légitimité électorale à l’offre politique au service des marchés qu’il incarnait, Mario Monti aura simplement offert à la colère d’un peuple l’occasion de s’exprimer. Hélas, les catalyseurs de la détestation des choix imposés à l’Italie auront été deux démagogues dangereux, dont la percée n’était pas même envisagée par les « Importants » qui gouvernent l’Union européenne.

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lundi 25 mars 2013

Pas ça ! Pas eux !

Comment laisser passer ? Depuis que je suis revenu du congrès du Parti de gauche à Bordeaux, auquel j’étais invité comme les porte-parole de toutes les composantes du Front de gauche, je vois gonfler et s’envenimer les accusations d’antisémitisme portées à l’encontre de mon ami Jean-Luc Mélenchon. À supposer que le propos de ce dernier concernant Pierre Moscovici, tel qu’il avait pu être rapporté à chaud par la presse, ait pu comporter une maladresse, ce qui n’était nullement le cas, le rétablissement dans son exactitude de la phrase incriminée eût dû mettre immédiatement un terme à la polémique. Voire amener les regrets des apprentis procureurs qui l’avaient initiée…

Il n’en aura rien été. Non seulement les Harlem Désir, David Assouline ou Manuel Valls – sans parler du ministre des Finances lui-même – n’auront rien retiré d’attaques infâmantes allant jusqu’à évoquer l’idéologie de Mein Kampf, mais ils auront été suivis par d’autres, de tous les bords politiques. Ainsi ai-je entendu un éditorialiste de renom, du Figaro pour ne pas le nommer, comparer nos démonstrations à la prose des feuilles collaborationnistes de l’Occupation. Preuve que la réalité des faits ne compte plus lorsqu’il s’agit de trouver le premier prétexte venu pour salir et discréditer une parole qui dérange... dès lors qu’elle s’attaque à la dictature de la finance et à l’attitude scélérate des dirigeants de l’Eurogroupe à propos de Chypre.

L’affaire est grave. Très grave, même. Non, évidemment, parce qu’une phalange de dirigeants socialistes a critiqué notre ancien candidat à l’élection présidentielle. C’est leur droit. Au sein même du Front de gauche, chacun sait qu’il nous arrive plus d’une fois d’exprimer les nuances ou désaccords qui peuvent parfois nous distinguer. Dans le cas présent, il ne s’agit cependant pas du libre exercice de la confrontation entre partis. Mais d’une entreprise dangereuse d’un triple point de vue.

D’abord, en s’employant à jeter l’opprobre sur la deuxième composante de la gauche qu'est devenu le Front de gauche - car c'est à lui, dans son ensemble, que l'on s'en prend -, au moyen d’une assimilation ignominieuse, on crée dans le camp progressiste et dans le pays une atmosphère pestilentielle, qui ne pourra profiter qu’aux pires adversaires de la démocratie. Ensuite, en jouant cyniquement avec l’accusation d’antisémitisme, on aboutit à la banaliser, alors précisément que se développent partout en Europe la xénophobie, le racisme, la haine des Juifs ou la détestation des musulmans et plus généralement des minorités. Enfin, en usant de procédés scandaleux, on interdit tout débat au sein de la gauche et on répand, du même coup, le poison de la division en son sein… pour le seul bénéfice de ses adversaires les plus acharnés.

Cette escalade survient, au demeurant, au moment où la crise de la construction libérale de l’Europe rebondit à partir des exigences imposées aux Chypriotes, où l’austérité est partout mis en accusation par les populations, où les renoncements de François Hollande et de son gouvernement débouchent sur un tel échec que la fracture ne cesse de se creuser avec le peuple, où la déception de ce dernier et son exaspération viennent de permettre au Front national de réaliser une poussée spectaculaire au second tour de la législative partielle de l’Oise. C’est de cela que les dirigeants du Parti socialiste devraient sans faux-fuyants accepter de discuter devant le pays. Plutôt que de se livrer à des manœuvres aussi détestables que dérapantes. Et c’est pourquoi je renouvelle à Jean-Luc mon amitié et ma solidarité.

mercredi 20 mars 2013

Ce que révèle "l'affaire Cahuzac"

Comme la plupart des porte-parole du Front de gauche, je n’avais pas commenté les révélations de Médiapart sur le compte bancaire que Jérôme Cahuzac est soupçonné d'avoir illégalement détenu en Suisse. La présomption d’innocence s’applique à tous et ce n’est pas sur ce terrain que nous avions choisi de contester les choix du ministre du Budget. Mais aujourd’hui, son départ du gouvernement, à la suite de l'ouverture d'une information judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale, représente un événement dont la gravité ne peut être minimisée au moyen d’un mini-remaniement ministériel mené en quelques heures depuis l’Élysée.

C'est, naturellement, à la justice qu'il appartient désormais de faire toute la lumière sur cette affaire, qui relève de la fraude fiscale et de la corruption. Il n'en reste pas moins que se trouvent, à l’occasion de cet ébranlement politique, soulevées deux questions essentielles pour la vie démocratique de notre pays.

Si les conclusions de l'enquête policière devaient maintenant se confirmer, une figure de premier plan du gouvernement aurait en effet menti aux Français dans le but de se maintenir le plus longtemps possible en fonction. Dans une démocratie fonctionnant « normalement », une éminence gouvernementale ainsi mise en cause par l’enquête d’un journal réputé pour son sérieux se serait de lui-même démis, à la fois dans le souci de la relation de son équipe avec les citoyens et pour recouvrer la liberté lui permettant d’établir son innocence

Il faut, à cet égard, relever que Jérôme Cahuzac n'est pas le premier ministre à avoir adopté un tel comportement. De semblables faits sont souvent venus défrayer la chronique sous l'autorité des précédents présidents de la République, chacun ayant encore en mémoire l’affaire Woerth, dernier précédent en date sous le règne de Nicolas Sarkozy. Voilà qui ne peut que poser la question de l'étroite proximité, pour ne pas dire de l’intimité, qui lie une fraction du personnel dirigeant de la V° République au monde de l'argent et à ses dérives spéculatives. Durant sa campagne de 2012, François Hollande avait évacué toute idée de rupture avec le legs du général de Gaulle, la lourde réalité n’aura pas tardé à se rappeler à son souvenir : il faut décidément en finir avec le fonctionnement de plus en plus opaque et de plus en plus présidentialisé d’institutions délaissant l’intérêt général pour mieux se placer au service de puissants intérêts privés, dans le contexte de la globalisation financière. Comme nous le disions à l’occasion de la présidentielle, l’heure est à un vaste débat sur une nouvelle République, profondément démocratisée et rendue enfin transparente.

L'autre question interroge la gauche et, au premier chef, les formations composant la coalition gouvernante. Le ministre démissionnaire était l'un de ceux auquel revenait la mission de plier la France aux exigences du dogme néolibéral qui ravage l'Europe, de lui infliger l'une des pires cures d'austérité qu'elle ait eu à subir, de mettre en œuvre une politique fiscale destinée à faire payer la crise aux classes populaires. Sa déchéance devrait servir d’électrochoc à tous ceux et toutes celles qui prennent conscience que l’action de ce gouvernement mène à un échec redoutable : il est temps que la gauche redevienne le camp du travail afin qu’une large partie du peuple ne se trouve pas portée à l'identifier à un système qui génère souffrances sociales et scandales nauséabonds.

Ne nous y trompons pas, nous pénétrons dans la zone des tempêtes déchaînées et des plus grands dangers. La voie qu’ont choisie François Hollande et Jean-Marc Ayrault, en tournant le dos à tout ce pourquoi les Français ont voté au printemps dernier, produit de la déception, de l’amertume, de l’exaspération. Un nouvel indice vient d’en être donné par l’impressionnant taux d’abstention de la législative partielle de Beauvais, ce dimanche 17 mars, avec pour conséquence l’élimination de la gauche du second tour (et ce, en dépit de la belle campagne de mon camarade Pierre Ripart, qui fait progresser substantiellement le Front de gauche en pourcentage). La chute de l’ex-ministre du Budget ne saurait, dans ce cadre, demeurer une péripétie. Elle est une petite secousse tellurique dont la réplique sera l’éloignement croissant du pays avec ses dirigeants. Il y a urgence à rassembler au plus vite les forces disponibles afin de créer les conditions d’une nouvelle majorité et d’un nouveau gouvernement conduisant une autre politique... Vraiment de gauche !

vendredi 8 mars 2013

Chavez, symbole d'une espérance plutôt que héros

J’écris ces lignes alors qu’une foule innombrable de Vénézuéliens vient de rendre un dernier hommage à son président. Avec, pour premier sentiment, que nous vivons décidément une époque singulière. À tant vouloir vider de leur substance les mécanismes collectifs de délibération, qui sont pourtant aux fondements de la démocratie, pour dresser l’éloge permanent de destins individuels livrés en exemple à des peuples dont la souveraineté est d’autant plus étouffée qu’elle bat en brèche le pouvoir des marchés, le système idéologico-médiatique en vient à braquer ses feux sur ses pires adversaires. Quel étonnement de voir ainsi une certaine presse consacrer, au Nord comme au Sud, ses manchettes à Hugo Chavez. Elle, qui le couvrait généralement d’opprobre il y a peu, le dépeignant volontiers en « dictateur tropical » ou en « caudillo populiste »

Depuis mes engagements de jeunesse, j’ai de la transformation révolutionnaire des sociétés une approche trop résolument démocratique pour avoir jamais sacrifié au culte des grands hommes et des modèles. Sans doute, les processus par lesquels « ceux d’en bas » s’affranchissent de la servitude, s’incarnent-ils le plus souvent en des personnalités exceptionnelles. Plutôt que de céder à la fascination pour ces grandes figures, aussi talentueuses fussent-elles, il m’importe cependant toujours de chercher de quel « mouvement réel visant à abolir l’ordre réel des choses », pour paraphraser le vieux Marx, lesdites figures portent le nom.

Il me soucie donc moins, après la disparition d’Hugo Chavez, de gloser sur la rencontre d’un homme et d’un peuple, cette image héritée d’une culture bonapartiste dont le mouvement ouvrier n’a pas toujours su se prémunir, que d’identifier le ressort prometteur de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler le « chavisme ». Car ce ressort n’est autre que la révolution, dont on avait dit l’idée enterrée sous les décombres du Mur de Berlin, des échecs essuyés par les mouvements d’émancipation de la fin du siècle dernier, de la crise de tous les projets en lesquels s’étaient universellement reconnues les classes travailleuses et les opprimés. Petite flamme renaissante au cœur d’un continent dont le néolibéralisme avait fait le laboratoire du grand mouvement de réaction initié, dès le milieu des années 1970, à partir des États-Unis et avec comme premier acte le putsch ayant renversé l’Unité populaire au Chili… Mais petite flamme éclatante en ce qu’elle marque le retour des exigences d’égalité et de solidarité que la toute-puissance de l’argent-roi, des décennies durant, avait prétendu éradiquer.

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