Le blog de Christian Picquet

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jeudi 25 août 2016

Agiter la peur d'un "problème musulman" ? Ou retrouver la République ?

Il se pourrait, avec le recul, que l’on se souvînt bientôt de cet été 2016 comme de celui qui aura consacré le grand basculement des perceptions et comportements d’un large pan de la population de ce pays. La cristallisation, pour me montrer précis, d’une obsession de ce qui est perçu par beaucoup désormais, au gré d’un débat public véhiculant informations angoissantes et affirmations hâtives, comme un « problème musulman ». Lorsque j’emploie le terme « problème », c’est pour décrire un ressenti excluant. N’ayons pas peur de la comparaison, cette dynamique n’est pas sans rappeler celle dont l’antisémitisme politique de la fin du XIX° siècle et des années 1930, sous l’influence d’un Drumont, d’un Vacher de Lapouge ou encore d’un Maurras, se nourrissait pour soulever des foules enfiévrées contre une « question juive » accusée de menacer l’âme française.

Rien, durant toute cette période estivale, ne sera venu permettre aux Français de prendre la moindre distance avec cette nouvelle obsession hexagonale. Sauf que, à tant agiter – parce que cela assure de l’audimat ou des ventes de papier à la hausse – le spectre de la menace terroriste (en elle-même, déjà suffisamment grave), à jeter en pâture à l’opinion des informations dont on ne songe même plus à vérifier les fondements, à faire de n’importe quelle provocation un fait de société sans cesse repris en boucle (comme le port sur quelques plages du « burkini », cette tenue que des intégristes extrêmement minoritaires présentent comme le gage d’une pratique religieuse authentique), on inocule à des millions de nos compatriotes le venin de la méfiance généralisée, du soupçon envers ses voisins, de la peur de l’Autre. On sème, ce faisant, les germes des tensions communautaires majeures de demain (bien au-delà de ce qu'aucuns baptisent « Français de souche », ou de ceux qui se montrent toujours prompts à exciper de leur héritage chrétien). Que l’on prenne bien la mesure de ce que nous disent les récents affrontements de Sisco en Corse, ou le sondage de l’Ifop témoignant de la très forte montée de l’hostilité des catholiques envers l’islam. Ils sont des signaux alarmants dont l’on ne devrait plus tarder à prendre la mesure.

Ce climat poisseux facilite, dans les circonstances présentes, tous les amalgames et aboutit à mélanger des aspects aussi complexes que distincts, en dépit de leur étroite articulation : le chaos qui règne dans des zones entières de la planète, du Proche et Moyen-Orient à l’Afrique sahélo-saharienne ou à une partie de l’Asie, chaos engendré par la globalisation marchande et financière que l’interventionnisme aux connotations impériales des puissances occidentales a porté à son paroxysme ; les convulsions qui agitent le monde musulman dans son ensemble, et le voit désormais aux prises avec des conflits meurtriers de légitimité portant sur l’interprétation des textes sacrés, dans le même temps qu’ils ravivent la très vieille opposition entre sunnisme et chiisme ; la réislamisation, dans ce cadre, de nombre des sociétés concernées, du fait des choix délibérément effectués par leurs classes dirigeantes et du recul généralisé des perspectives progressistes, ce qui se traduit notamment par la décomposition des nationalismes laïques et des forces de gauche ; la montée induite d’un islamisme fondamentaliste, dont le projet théologico-politique s’avère d’essence littéralement totalitaire, en ce qu’il déclare une guerre totale aux valeurs universalistes nées des Lumières européennes, mais aussi aux acquis de tous les combats pour l’émancipation humaine, y compris dans l’aire arabo-musulmane ; la panne dangereuse que connaît, dans notre Hexagone, l’intégration des catégories populaires d’origine immigrée, bien qu’une grande partie d’entre elles fût maintenant de nationalité française, avec pour implications d’interpeller les principes égalitaires de la République et de creuser davantage les fractures sociales et spatiales à l’œuvre depuis des décennies ; le travail que la société française n’a toujours pas su conduire sur elle-même, à propos de son passé colonial et des survivances actuelles de celui-ci, ce qui exacerbe des mémoires antagonistes et concourt à des fragmentations périlleuses…

Il n’est, évidemment, pas dans mon intention de revenir dans cette note sur le fond de ces différents points. En revanche, que l’effroi devant un péril musulman commence à s’emparer des consciences, n’est pas seulement un danger pour les quatre ou cinq millions d’hommes et de femmes se rattachant peu ou prou à cette tradition. C’est une très lourde menace pour les fondements de notre construction républicaine.

On le perçoit, lorsque Nicolas Sarkozy, soucieux de s’assurer un avantage qu’il croit décisif sur ses rivaux de la prochaine « primaire » de la droite, balaie dédaigneusement les « arguties juridiques » ( ce qui désigne rien moins que l’État de droit ) qui pourraient venir gêner l’action des services de police : s’il allait, de retour à l’Élysée, jusqu’au bout de sa logique, il lui faudrait inévitablement s’engager dans une révision du préambule de notre Loi fondamentale, qui inclut les deux Déclarations des droits, celle de 1789 et celle, de portée universelle, de 1948. On n’a plus aucun doute sur les intentions homicides qui se font jour à droite vis-à-vis de nos libertés fondamentales, lorsque l’on écoute le fort peu subtil Monsieur Ciotti expliquer que « n'avons plus la capacité d'intégrer des centaines de milliers de personnes étrangères à notre culture » : officiellement, son propos cible le droit du sol, que sa famille politique a de tout temps cherché à rogner, mais ses mots (« des centaines de milliers de personnes étrangères à notre culture ») se révèlent de toute évidence choisis pour désigner implicitement ce qu’il n’ose pas (encore ?) désigner telle une « cinquième colonne » agissant dans les frontières de notre Hexagone. On le discerne à l’identique en entendant Monsieur Morin demander que l’on « israélise » nos dispositifs de sécurité : outre que le Shin Beth ne parvient pas mieux que ses homologues européens à déjouer les attentats, il est significatif que cette évocation vînt offrir une caution au viol systématique de la légalité internationale par les gouvernants de Tel-Aviv, à l’internement sans procès de milliers de détenus politiques palestiniens, ou au permis de tuer implicitement accordé aux soldats de Tsahal.

J’ajoute qu’on devine tout autant un vent mauvais se lever à la tête de l’Église de France, quand ses plus éminents représentants n’hésitent pas à exploiter honteusement l’odieux assassinat du prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray : il n’est pas anodin que, devant les corps constitués assemblés à l’occasion d’un hommage, le cardinal-archevêque de Paris, Monsieur André Vingt-Trois de son patronyme civil, osât s’en prendre au « silence des élites devant les déviances des mœurs et la légalisation de ces déviances » (allusion évidente à la loi instituant le « mariage pour tous »), avant que son collègue de Rouen allât jusqu’à assurer que « nous sommes au bout du modèle de la laïcité » (interview à Paris-Normandie du 31 juillet). Et, malheureusement, on le discerne jusque dans les rangs de la gauche : il n’est, pour le vérifier, que de constater la frénésie avec laquelle certains disent aujourd’hui vouloir mettre en chantier l’organisation d’un « islam de France ».

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lundi 15 août 2016

Hommage à Georges Séguy

La mort de Georges Séguy, ce 13 août, à l’âge de 89 ans, fait disparaître de notre vie publique une haute et belle figure du mouvement ouvrier français.

Résistant à 15 ans, arrêté par la Gestapo et déporté à Mauthausen, cheminot et syndicaliste, engagé dans les grandes grèves de 1947, devenu dès 1956 membre suppléant du bureau politique du Parti communiste français, il avait ensuite, de 1967 à 1982, assumé les fonctions de secrétaire général de la CGT. C’est à ce titre qu’il avait été l’un des acteurs centraux de Mai 68 et le principal négociateur des accords de Grenelle, arrachés au patronat et au gouvernement de Georges Pompidou par la plus grande grève générale de notre histoire. Infatigable lutteur, il avait ensuite consacré la dernière partie de sa vie militante à la présidence de l’Institut d’histoire sociale et à d’innombrables causes, telle celle du désarmement nucléaire qui l’avait placé au nombre des initiateurs de l’Appel des Cent pour la paix, à un moment où l’Europe vivait les débuts d’une nouvelle Guerre froide.

Bien sûr, Georges Séguy avait, au fil de ces décennies, traversé (il en avait, également, subi les amères retombées) les âpres débats ayant agité le PCF autant que la CGT. Cela l’avait conduit à se retirer de ses responsabilités nationales, au sein des deux organisations, en 1982. Il n’en avait pas moins été, au congrès de Grenoble de 1978, l’un des premiers à ouvrir à la confédération le chemin d’une réflexion stratégique fondamentale, notamment sur son rapport aux salariés, la démocratie syndicale, l’unité des organisations de travailleurs, ou encore l’articulation des combats sociaux avec les processus de transformation politique. Certaines de ses prises de position n’avaient néanmoins pas été sans raviver l’épineux problème de l’indépendance du syndicalisme à l’égard de gouvernements de gauche – je pense, par exemple, à son exhortation, peu avant l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée, en faveur du passage d’un « syndicalisme de contestation et de lutte à un syndicalisme de négociation et de participation ». Cela ne l’avait pas empêché d’avoir, dans le même temps, commencé à dégager la CGT de la Fédération syndicale mondiale, totalement située dans l’orbite de l’Union soviétique.

C’est sur un désaccord avec la ligne qu’il avait incarnée en Mai 68, en l’occurrence l’absence de débouché politique où la CGT et du PCF avaient laissé cet immense mouvement de la jeunesse et de la classe ouvrière, que j’avais, tout jeune encore, quitté les rangs communistes. Par un inattendu paradoxe, nos parcours respectifs nous avaient pourtant amenés à nous rencontrer vingt ans plus tard. Alors président de l’Institut d’histoire sociale, il avait abordé publiquement avec moi cette importante question du bilan du plus puissant mouvement social que notre Hexagone ait connu depuis les grèves de Juin 36. L’occasion lui en avait été donnée par l’interview que je lui avais demandée pour Rouge, dont j’assumais à l’époque la direction.

Il fut, à cet égard, le premier haut dirigeant de la confédération à nouer un dialogue, franc mais parfaitement fraternel, avec l’un des principaux responsables de ce « trotskysme » qu’il avait, des années auparavant, combattu avec la plus inflexible détermination. Surtout, cet entretien avait été pour lui l’occasion d’initier ce retour critique, qu’il poursuivit par la suite, à propos de « l’échec politique » sur lequel s’était achevé le soulèvement historique de dix millions de travailleurs. Il y soulignait, dès ce moment, le contraste que cela représentait, à ses yeux, avec « le succès social » de la dynamique d’occupation des entreprises, plusieurs semaines durant, qui marqua le début de la fin du régime gaulliste (lequel devait chuter, moins d’un an plus tard, sur une tentative de plébiscite ratée).

Je ne suis pas peu fier d’avoir, à cette période de sa vie, rencontré ce militant ouvrier hors pair et d’avoir ouvert avec lui une réflexion essentielle. J’en ai, en tout cas, gardé le souvenir ému d’une intelligence aiguë, comme je n’en aurai pas rencontrée fréquemment. Plus tard, j’avais plusieurs fois rencontré Georges, qui n’avait pas plus que moi oublié notre échange. Déjà, il était fort diminué par l’âge et ce diabète qui le rongeait et devait lui coûter l’amputation des deux jambes. Mais cet inébranlable lutteur ne renonça jamais, ni à s’exprimer, ni à s’investir en faveur d’un autre avenir pour l’humanité.

C’est un honneur, pour moi, d’avoir aujourd’hui élu comme terre d’engagement cette région midi-pyrénéenne et cette ville de Toulouse qui l’avaient vu naître en 1927. Et il se trouve que, depuis un an, je suis de nouveau membre du parti qui peut se féliciter de l’avoir compté parmi ses membres éminents...

lundi 1 août 2016

En toile de fond du jihadisme, la crise européenne qui vient

Monsieur Christophe Barbier, le directeur de L’Express, vient de se risquer, dans la livraison du 20 juillet de son hebdomadaire et à propos des retombées du terrorisme qui nous assaille, au pronostic fort sombre de l’ouverture de « la plus grave crise politique des dernières décennies, parce qu’elle fissure l’unité du pays, interroge la crédibilité de la force publique et remet en question le rôle de la France dans le monde du XXI° siècle ». Bien que l’homme fût l’une des plumes (parmi les plus talentueuses, reconnaissons-le) de la pensée néoconservatrice à la française, je ne crois pas totalement infondée cette appréciation. En précisant néanmoins, pour que l’on prît toute la mesure du danger de cette période, que notre Hexagone n’est pas le seul à éprouver, face aux chocs ébranlant l’ordre international, la mise en cause de sa cohésion autant que de la légitimité de ses instances dirigeantes, nos amis belges en font eux aussi la douloureuse expérience. Et, surtout, en soulignant que cet enchevêtrement de secousses politiques nationales se déroule sur la toile de fond d’une tension européenne qui va s’aggravant, bien qu’elle fût un peu passée au second plan de l’actualité, en dépit du tout récent « Brexit ».

Or, comment ignorer l’imbrication de ces différentes dimensions ? Se peut-il que nul ne s’estime interpellé lorsque la société française voit des centaines de ses enfants (on parle d’un à deux milliers de jeunes) tentés par l’aventure de la « guerre sainte » en Syrie et, pour une fraction d’entre eux, déterminés à passer à l’action dans les frontières de leur propre patrie ? N’est-ce pas ici la traduction amère des politiques d’austérité et de dérégulation libérale qui, sur deux ou trois décennies, ont impitoyablement déchiqueté notre tissu social, fait croître le chômage et généralisé la précarité, disloqué les protections juridiques du salariat, désintégré les services publics, fracturé la collectivité citoyenne en amenant une série de catégories populaires à se sentir désormais en marge de leur pays ou ignorées de leurs représentants élus, transformé les quartiers populaires où se concentrent des populations généralement issues de l’immigration post-coloniale en véritables ghettos en proie à la délinquance autant qu’aux faux prophètes de l’islamisme radical ? Si, sur le Vieux Continent, c’est la France qui éprouve avec le plus de violence les effets de ce délitement de son corps social, peut-on ne pas y voir la marque de ce phénoménal affaissement d’une République ayant, au fil des deux siècles écoulés et dans ses principes fondateurs, constitué le ciment même de l’identité française ? Lorsque l’on voit le civisme aussi malmené qu’il l’est aujourd’hui, n’est pas que la démocratie paraît une valeur morte à beaucoup, dès lors que le peuple est privé de toute possibilité de contrôle sur les décisions théoriquement prises en son nom, que l’expression de son suffrage ne se traduit pratiquement jamais dans les orientations mises en œuvre au plus haut niveau, qu’il se trouve au quotidien confronté à une prolifération de règles et de normes décidées hors de son espace de souveraineté qu’est la nation ? L’Europe des marchés et de la finance, telle que l’ont forgée tous les pouvoirs, n’est-elle pas directement en cause ?

Le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l’Union européenne n’a pas deux mois mais, versatiles comme ils savent l’être, les oracles médiatisés de la pensée unique en ont déjà oublié les leçons. Pour certains, le « Brexit » ne serait qu’une pure apparence, la nouvelle équipe gouvernante d’outre-Manche étant bon gré mal gré contrainte de négocier un maintien dans le cadre du grand marché unique, quand pour d’autres, recourant volontiers à une anglophobie n’ayant d’égale que leur germanophilie, l’édifice européen se trouverait à présent libéré d’un boulet. Au passage, tous se gardent bien de signaler que l’on vient à peine de passer le cap du premier anniversaire de l’accord léonin imposé au peuple grec, pour prix de son maintien dans la zone euro. Il est vrai que cette petite nation déjà trop martyrisée continue de subir la loi d’airain de créanciers totalement indifférents à son devenir. Surtout, on cherche cyniquement à taire l’accumulation de noirs nuages à l’horizon européen, nuages possiblement annonciateurs d’orages cataclysmiques.

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mercredi 27 juillet 2016

Entre terrorisme et hystérie sécuritaire, la République prise en otage

Après Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray… Revendiqué par « l ‘État islamique », l’assaut de deux exaltés contre une église catholique de cette ville de la périphérie rouennaise vient de causer un nouveau mort, un prêtre de 86 ans égorgé, et de blesser trois autres personnes. Nos pensées vont, naturellement, aux proches des victimes, et je veux ici exprimer toute ma solidarité à Hubert Wulsfranc, le maire communiste de Saint-Étienne-du-Rouvray et à son équipe municipale. Dans la foulée de l’acte monstrueux ayant fait presqu’autant de victimes que la tuerie du Bataclan, au soir du 14 juillet sur la Promenade des Anglais, est en train de se créer, en France, un climat de psychose dont on doit tout redouter. Il suffisait d’ailleurs de prendre connaissance des « une » de tous les magazines parus la semaine passée, sans exception aucune, pour le comprendre…

Je parle à dessein de psychose. Non que la menace du terrorisme ne fût pas réelle, qu’elle ne risquât pas de se concrétiser encore et encore dans les prochaines semaines. Chacun sait, en effet, que la question n’est plus de savoir si d’autres attentats, de masse ou non, vont être perpétrés, mais quand notre pays se verra de nouveau confronté à cette abomination. Il n’empêche que la réponse de notre communauté citoyenne ne saurait être la peur, la suspicion généralisée ou la restriction des libertés fondamentales. Au contraire, c’est dans sa cohésion autour de ses principes démocratiques, sur l’appréciation partagée du danger et de ses racines, par son intelligence collective pour tout dire, qu’il lui faut construire sa riposte.

Le débat sur la prorogation de l’état d’urgence laisse percevoir à quelles extrémités peut mener une surenchère dont le seul objectif est, non de rassurer des populations s’estimant légitimement menacées, ce qui est la mission première des pouvoirs publics, mais de tirer un gain électoral des pulsions immaîtrisées et des paniques identitaires que font inévitablement naître de semblables circonstances. Avec ses mots, ceux de la psychanalyse, qui ne sont pas ceux de l’action politique, Élisabeth Roudinesco pointe à juste titre le problème, pour L’Obs de ce 21 juillet : « En levant l’interdit de la pulsion de mort chez les terroristes, Daech lève aussi celui de la pulsion fasciste chez le citoyen ordinaire. » De ce point de vue, et l’opposition conservatrice et le gouvernement jouent avec le feu.

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lundi 18 juillet 2016

Nice : après les larmes, par-delà la colère...

La France une nouvelle fois ensanglantée… Par le plus vil des terrorismes… Celui qui, par-delà ses motivations affichées, s’en prend à des foules assemblées, joyeuses et pacifiques… Pour faire le maximum de victimes, frapper l’opinion de sidération, répandre l’effroi… C’est Nice et sa célèbre Promenade des Anglais qui auront cette fois été touchées, à l’occasion du traditionnel feu d’artifice ponctuant la fête nationale, en pleine période estivale… Nos cœurs se serrent devant tant de vies sacrifiées, tant de corps à jamais mutilés, tant de familles disloquées…

L’enquête éclaircira les conditions de l’attentat de ce 14 Juillet, la personnalité de son auteur, ses intentions véritables, la réalité de ses liens avec « l’État islamique » qui vient de le revendiquer comme l’un des siens. Quelles qu’en soient les conclusions, et dès lors que le contexte de la terreur jihadiste répandant la mort aux quatre coins du globe ne saurait être tenu pour étranger à l’acte monstrueux de Nice, jusque dans le mode opératoire utilisé et à travers le choix de la date ô combien symbolique de la célébration de la prise de la Bastille, quelques réflexions me paraissent s’imposer.

D’abord, si c’est bien une guerre que livre aux peuples et à leurs attentes de démocratie ce terrorisme global que l’on voit à l’œuvre de Bruxelles à Bagdad, de Bamako à Paris, de Tunis à Peshawar, aucun moyen militaire ne suffira, en lui-même, à la remporter rapidement. L’inefficacité d’un état d’urgence plusieurs fois prorogé en est, hélas, l’ultime démonstration. Naturellement, on ne contestera pas à nos gouvernants la décision d’intensifier le soutien logistique aux forces qui combattent le totalitarisme islamiste en Irak ou en Syrie, ni le recours à des mesures telles que la mobilisation de la « réserve opérationnelle » de la police et de la gendarmerie afin de sécuriser, autant que faire se peut, nos compatriotes. Tout autant, on suivra volontiers l’appréciation de la commission parlementaire qui, constituée à cet effet, vient de mettre en évidence les lacunes de nos services de renseignement dans la traque et le démantèlement des filières du crime intégriste, responsables des massacres du 13 novembre à Paris.

Cela dit, tant que du volcan proche et moyen-oriental continueront de s’écouler les laves de l’obscurantisme assassin, tant que seul le mépris répondra aux revendications nationales du peuple palestinien, tant que le monde musulman éprouvera un sentiment d’immense humiliation de la part de ce qu’il perçoit comme un « Occident » aux visées recolonisatrices, tant que les rivalités entre puissances régionales viendront alimenter des querelles religieuses inexpugnables telle l’opposition millénaire des chiites et des sunnites, nous le paierons de ces « guerres irrégulières » dont parle à juste titre le chercheur Élie Tenenbaum (in Nouvelles Guerres, L’État du monde 2015, La Découverte 2014). Ces guerres qui frappent en leur cœur les États et leurs habitants. C’est la raison pour laquelle, pour justifiée qu’elle pût être, la coercition doit se concevoir dans sa complémentarité à des solutions politiques fondées sur la recherche d’un développement économique solidaire entre le Nord et le Sud, le rétablissement du droit international partout où il se voit bafoué, l’appui aux peuples dans leur quête de liberté. Il faut avoir le courage de le dire.

D’où il découle une deuxième réflexion, concernant spécifiquement notre pays. L’agitation de la droite, tout juste capable d’en appeler à la remise en cause de l’État de droit, à l’ouverture de camps de rétention administrative supposant l’institution d’une nouvelle « loi des suspects », ou à l’interdiction de tous les rassemblements populaires de quelque nature qu’ils fussent, va l’engager dans une folle surenchère avec la démagogie de Madame Le Pen. Ce qui, forcément, avivera terriblement la peur de l’Autre et l’angoisse de chacun devant l’avenir. En passant à côté du problème majeur, qui pourrait mener à la désintégration de notre République, faute d’être traité avec l’urgence indispensable. S’interrogeant sur les raisons pour lesquelles quelques centaines de jeunes, de nationalité française ou issus de l’immigration tout en ayant noué mille liens avec cette nation de facto devenue la leur, en venaient à se retourner contre leur environnement proche, y compris lorsqu’il se trouve constitué d’autres musulmans, Gilles Kepel et Antoine Jardin auront récemment écrit : « L’islam politique n’apparaît plus seulement comme un projet de maîtrise et de reprise en main de la vie déstructurée dans les quartiers marginalisés, mais surtout comme une tentative de contrôle systématique de tous les aspects de l’existence. Cet horizon autoritaire semble offrir une garantie de stabilité, de retour à l’‘’ordre naturel des choses’’, en même temps qu’un moyen de définir de nouvelles ‘’logiques de l’honneur’’ » (in Terreur dans l’Hexagone, Gallimard 2015).

À suivre ces deux auteurs, on aboutira à la conclusion que ce n’est pas d’une « intégration » estimée impossible, ou encore d’un islam qui serait par nature et dans sa globalité incompatible avec son identité, que la France se voit menacée. Leurs analyses permettent même, peut-être, de saisir les mécanismes psychologiques à travers lesquels un être aussi manifestement dérangé que l’auteur du carnage de Nice en vient à trouver, dans une idéologie barbare, une apparente mise en cohérence de sa folie. S’avèrent bel et bien en question le lent déchirement du lien social, l’effondrement de nos services publics (à commencer par un système de santé à présent incapable de faire face aux maux d’une société percutée par une violence multiforme, maux qui demanderaient, par exemple, une assistance psychiatrique de haut niveau aux individus les plus fragilisés), le recul des solidarités citoyennes et de la légitimité du politique, le renoncement de la puissance publique à la nécessité de confinement des religions dans l’espace privé, l’affaiblissement d’un État en charge – dans notre tradition, du moins – de la cohésion du peuple autour de ses valeurs. Bref, les Français acquittent la note particulièrement salée de tout ce que le néolibéralisme a détruit sur deux ou trois décennies…

Dans ces conditions, stopper un processus de nature à favoriser toutes les dérives communautaristes, voire à aboutir à des tensions intestines aux effets potentiellement dramatiques, c’est s’atteler à la relève de la République. Donc, à la mise en œuvre d’un nouveau pacte de salut public. À l’élaboration d’un Plan Marshall pour les quartiers populaires et l’égalité des territoires. Au retour du principe de la liberté de conscience face à tous les tenants de la loi de Dieu. À la réhabilitation d’une citoyenneté faisant de chacun et chacune les acteurs conscients d’un destin commun.

Ce qui me conduit à la troisième réflexion de cette note. Elle a trait à la gauche. Celle-ci se voit présentement écartelée entre deux attitudes qui, pour professer des vues antagonistes, n’en aboutissent pas moins à se dérober aux véritables enjeux du moment. D’un côté, il y a ceux pour qui la bonne réponse aux paniques suscitées par le terrorisme passe par la surenchère sécuritaire et la reprise d’une rhétorique de stigmatisation d’une partie des Français, oubliant du même coup la mission de cohésion qu’il revient aux pouvoirs publics d’assumer. C’est la posture qu’un Manuel Valls aura choisi d’incarner... De l’autre, se coalisent tous ceux qui, en vertu d’un internationalisme abstrait ou du culte tout aussi désincarné de la mondialisation, veulent ignorer le nouveau phénomène totalitaire qu’est devenue la réaction fondamentaliste, refusant d’y voir autre chose qu’une réplique à l’interventionnisme néocolonial et à des discriminations ethniques ou religieuses. Un Olivier Besancenot peut, de ce côté, paradoxalement côtoyer un Emmanuel Macron...

L’une comme l’autre de ces appréhensions de la réalité font courir à notre camp politique autant qu’à la France un immense danger : il laisse, en effet, les solutions du pire, celles de la xénophobie instituée et de la volonté de remise en ordre musclée de notre société, conquérir les esprits sans rencontrer d’oppositions à même de convaincre. Du fait de la place que lui a assignée l’histoire, notre pays doit tout à la fois combattre sur la ligne de crête des valeurs de l’universalisme et s’employer à promouvoir une stabilisation pacifique autant que démocratique de ces vastes zones de la planète où se nourrit en permanence le projet globalisant du terrorisme. Il importe, à cette fin, de tenir à nos concitoyens le langage de la vérité. De faire en sorte qu’ils s’approprient les défis d’une période éminemment périlleuse. De les aider à comprendre pourquoi il faudra du temps pour décapiter l’hydre jihadiste. De les convaincre de la vacuité de comportements martiaux qui finissent immanquablement, tôt ou tard, par avouer leur impuissance devant un danger de cette nature. De les armer politiquement afin qu’ils fussent en mesure de se confronter aux ennemis de la citoyenneté, de la liberté de penser et de la laïcité, tout en cherchant, ici comme sur le théâtre planétaire, à rouvrir un chemin au progrès, à la justice et à l’égalité des droits.

Pour le dire autrement, devant les défis d’un engagement de longue haleine, notre communauté républicaine ne peut que se disloquer si elle cède, si peu que ce fût, à l’abdication, à la peur ou aux tentations des replis haineux. Sa force lui viendra, a contrario, de sa capacité d’action collective. Dans le prolongement des plus belles pages qu’elle aura su écrire, inspirée par l’héritage de sa Grande Révolution...

lundi 11 juillet 2016

Un pouvoir en pleine décomposition, une gauche à relever

Comme annoncé dans mon dernier post, je reviens aujourd’hui sur les leçons à tirer de l’affrontement social qui vient de marquer les esprits tout au long du printemps, et jusqu’à la trêve estivale s’amorçant. La communion de tout un peuple autour des Bleus, substitut à un élan de fierté que la politique ne suscite plus tant les partis dominants ne font plus que relayer une idéologie mondialisatrice (et non universaliste ou internationaliste) négatrices des particularités nationales, en a peut-être un peu altéré le souvenir, quelques jours durant. La finale de l’Euro 2016 achevée, la réalité ne va toutefois pas tarder à réimprimer sa marque aux comportements de nos compatriotes. Il en aurait d’ailleurs été de même si la compétition footballistique ne s’était pas achevée sur la défaite malheureuse de l’équipe de France. C’est, de la part d’élites pétries de certitudes, l’insulte communément faite à l’intelligence des peuples, que d’imaginer que les jeux du stade peuvent durablement brouiller leur perception des enjeux...

Ainsi, s’ils venaient à considérer qu’ils ont remporté un succès décisif en privant l’Assemblée nationale de tout échange sur leur projet de détricotage du code du travail, François Hollande et Manuel Valls commettraient-ils une très lourde faute. Certes, la seconde utilisation de l’article 49-3 vaut, sauf censure ultérieure du Conseil constitutionnel, adoption presque définitive de la loi contre laquelle des centaines de milliers d’hommes et de femmes se sont mobilisés. Bien sûr, deux signatures ont de nouveau manqué au dépôt d’une motion de censure de gauche contre un gouvernement totalement ignorant des attentes du pays comme des réactions de sa propre majorité parlementaire. Légalement, le pouvoir vient donc d’imposer sa volonté. Des trois mois écoulés, il n’en ressort pas moins avec une légitimité en lambeaux. Un nouveau moment politique s’ouvre et son issue va se révéler décisive pour l’avenir…

Chacun sait maintenant, à commencer par l’intéressé, que le président sortant a perdu toute chance d’obtenir le renouvellement de la confiance des Français l’an prochain. On n’affiche, en effet, pas impunément autant de mépris pour celles et ceux auxquels on doit d’avoir pu accéder aux plus hautes responsabilités. Non seulement, le peuple de gauche n’éprouve plus que de l’aversion pour celui qui lui a cyniquement menti en énonçant les fameuses promesses du discours du Bourget… Non seulement, une équipe se réclamant de la gauche achève son mandat sans être en mesure de se prévaloir, a minima, d’une modeste amélioration de la vie du plus grand nombre, ce qui est inédit dans notre histoire politique… Mais, pire, c’est de cet étroit cénacle qu’est venue l’une des plus graves attaques portées, depuis la Libération, aux protections collectives arrachées de haute lutte par le monde du travail.

Bien que ses concepteurs aient dû, devant un mouvement social massivement soutenu de bout en bout par l’opinion, reculé sur des dimensions non négligeables, le texte auquel Madame El Khomri a tenu à associer son nom sape l’un des piliers fondateurs de notre République. Celui qui conférait jusqu’alors à la loi la charge de garantir l’intérêt général contre toutes les logiques prétendant le morceler au gré d’une multitude de contrats usuels conclus sur la base de rapports de force favorables aux plus puissants. C’est ce que consacre bel et bien, rien de moins, la nouvelle hiérarchie des normes établie par l’article 2 de la « loi travail ».

Pour le dire autrement, les tenants du libéralisme d’inspiration anglo-saxonne qui, depuis Benjamin Constant et quelques autres, s’employaient à détruire l’héritage égalitaire de notre Grande Révolution, viennent de faire prévaloir leurs vues. Lesquelles vont profondément marquer le quotidien de la population active de notre pays. Car les salariés se verront dorénavant soumis à des conditions facilitées de licenciement. Plus encore, ceux qui possèdent un emploi mais devront consentir à des heures supplémentaires infimement majorées (de 10%, au lieu des 25% auxquels le droit du travail contraignait jusqu’à présent les employeurs), se retrouveront de facto aux prises avec des statuts éclatés et une durée légale de leur activité dynamitée. Ils se trouveront, par conséquent, inévitablement amenés à travailler plus pour… gagner moins.

Peu avant l’arrivée aux affaires du gouvernement de Lionel Jospin, une grande figure de gauche, l’ancien sénateur Gérard Delfau, écrivait : « Nous nous débattons dans cet univers où l’idée de progrès a cessé d’être opératoire, où l’avenir n’est que menace de régression… En fêtant le Bicentenaire de la Révolution, nous aurions dit un adieu nostalgique à l’ère des avancées sociales, même discontinues. La contrainte extérieure serait la plus forte, et il faudrait renoncer, presque rationnellement, au plein emploi, à la protection sociale, aux garanties du code du travail, etc. L’horloge de notre destin serait appelée à remonter le temps. Jusqu’où ? serait l’unique question. C’est ce que viscéralement je refuse » (in Gérard Delfau, Droit au travail, Manifeste pour une nouvelle politique, Desclée de Brouwer 1997). La charge visait, à l’époque, une droite par essence vouée à servir les desseins de l’aristocratie de l’argent. À presque 20 ans de distance, en la relisant, on mesure parfaitement que c’est à l’un des ciments historiques de notre vivre-ensemble, ainsi qu’à l’identité même du socialisme républicain que se targuait jusqu’à maintenant d’incarner la première formation de la gauche, que les deux têtes de l’exécutif ont porté atteinte avec leur loi ignominieuse.

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mardi 5 juillet 2016

"Le mouvement social est une chance pour la France et pour la gauche"

Dans la provocation et la geste autoritaire, François Hollande et Manuel Valls n’auront décidément reculé devant rien. Alors que la mobilisation sociale contre la destruction du code du travail aura franchi l’épreuve de la durée, ce 5 juillet, réunissant de nouveau des dizaines de milliers de manifestants… Alors que plus de la moitié des députés socialistes se sera, le même jour, retrouvée, contre l'avis du Premier ministre, sur une proposition d’amendement à la loi El Khomri consistant à refuser qu’un employeur puise déroger à la majoration, à hauteur de 25%, des heures supplémentaires s’il parvient à contraindre ses salariés à renoncer à ce droit au terme de l’un de ces fameux « accords d’entreprise » qui renverserait la hiérarchie des normes jusqu’alors en vigueur dans le droit du travail… Alors qu’il se sera ainsi confirmé que l’exécutif n’était pas simplement minoritaire dans le pays et parmi le peuple de gauche, mais aussi au sein de sa majorité parlementaire… Les deux personnages présidant aux destinées du pays auront choisi le passage en force, grâce à un nouveau recours à l’article 49-3, ce qui aura eu pour principale conséquence de priver la représentation nationale de toute discussion sur un projet contesté de toutes parts. Indice s’il en fût de son incessante dérive libérale, ce gouvernement aura pu déployer sa manœuvre avec la complicité d’une droite ayant très logiquement renoncé à chercher à le censurer, comme elle l’avait fait en première lecture. Cela rend encore plus indispensable le dépôt d’une motion de censure de gauche, afin que les attentes de nos concitoyens ne puissent être bafouées impunément par un pouvoir n’écoutant que les marchés financiers et les oracles de la Commission de Bruxelles. J’y reviendrai très prochainement.

En attendant, je vous livre ici l’entretien que j’ai accordé aux Nouvelles 31, l’organe de la fédération de Haute-Garonne du Parti communiste français. J’y reprends en effet une série de questions sur le moment politique présent, telles que je les aurai vues aborder lors d’initiatives auxquelles il m’aura été donné de participer ces derniers jours : à la Fête des Coteaux, dans le Calvados, le 26 juin ; lors d’un débat co-organisé à Reims, le 28 juin, entre la fédération communiste de la Marne et le courant socialiste « À gauche pour gagner », débat à l’occasion duquel j’aurai pu longuement échanger avec Marie-Noëlle Lienemann ; à Toulouse, le lendemain, lors d’une rencontre militante organnisée autour de la grande consultation citoyenne, organisée par le PCF, autour du questionnaire « Que demande le peuple ? »

Tu viens d’être élu au conseil national puis à l'exécutif du PCF. Comment l’as-tu vécu ?

Je remercie les camarades de la fédération d’avoir proposé ma candidature à ces responsabilités, et j’en mesure l’importance. Surtout en un moment où, comme le dit mon ami Pierre Laurent, « c’est le PCF qui tient la gauche debout ». Et où il lui revient, conformément à son histoire, de prendre les initiatives à même de nous éviter la débâcle, à la fin d’un quinquennat nauséeux.

Nous venons d’assister au vote du « Brexit » en Angleterre. N’est-ce pas la face cachée de l’iceberg ?

Les politiques néolibérales et libre-échangistes conduisent l’idée européenne à sa perte. Les peuples se sentent méprisés, attaqués sur leurs conquêtes. Dans le rapport actuel des forces, leur colère nourrit souvent la montée de droites extrêmisées et de formations xénophobes. Comme pour le « Brexit »...

De nouveaux fondements s’imposent pour la construction européenne, ceux d’une union de nations souveraines et de peuples associés, déterminant démocratiquement leur destin commun. À cette fin, il faut en finir avec l’austérité, renégocier les traités, tourner les politiques européennes vers l’emploi, les services publics ou la conversion écologique de l’économie. Remettre à plat l’architecture institutionnelle de l’espace communautaire, changer les orientations comme le statut de la Banque centrale, rediscuter le rôle de la monnaie unique et la place de la zone euro. La France doit proposer une conférence citoyenne sur tous ces points.

François Hollande est rejeté par une large majorité de nos concitoyens qui refusent de le voir candidat. Poutou, Mélenchon et d’autres sont déjà, depuis des mois, en campagne. Comment vois-tu la situation politique à gauche pour 2017 et le rôle du PCF ?

L’exécutif et ses soutiens sont rejetés par le pays. Leur divorce est même consommé avec la majorité du peuple de gauche, y compris avec les électeurs socialistes. François Hollande peut bien, avec l’ersatz de « primaire » que veut organiser la direction du PS, tenter de se remettre en selle, son bilan lui interdit de pouvoir rassembler la gauche et remporter la prochaine présidentielle.

Des énergies nombreuses se dégagent, de toutes les composantes de la gauche, du mouvement social, de l’aspiration montant de la société à un renouveau démocratique. Elles peuvent aboutir à l’émergence d’une proposition ayant l’ambition de reconquérir une majorité politique, sur des choix de transformation. Faute d’y parvenir, la gauche risque d’être éliminée de la présidentielle, marginalisée dans la future Assemblée, condamnée à l’impuissance face à une droite réactionnaire comme jamais et à un Front national aux portes du pouvoir.

C’est pour conjurer ce qui serait une catastrophe pour notre peuple que nous appelons à enclencher une vaste dynamique populaire. En commençant par traiter des questions de contenus : le « Pacte d’engagements » dont nous proposons l’élaboration à des milliers de mains répond à ce souci, et nous voudrions qu’il soit validé par une grande votation citoyenne à l’automne. Le plus large rassemblement, à gauche, dans un tel processus, est possible. Ce qui permettrait, pour la présidentielle, l’émergence d’une candidature commune n’apparaissant pas vouloir seulement témoigner mais gagner. Et aux législatives, pourraient être désignés des candidates et candidats portant un mandat élaboré au plus près des citoyens.

Nous sommes depuis des mois face à un mouvement social fort et à un gouvernement qui choisit la stratégie de la tension. Penses-tu que nous puissions faire revoir sa copie à Valls ?

Hollande, Valls et leurs ministres sont d’autant plus provocateurs qu’ils se savent désavoués par l’opinion sur la loi El Khomri. Ils n’ont même plus de majorité à l’Assemblée, d’où leur recours au 49-3. Il est donc possible de gagner, d’obtenir le retrait de ce projet ou sa suspension afin de rouvrir la négociation avec les syndicats. Le mouvement social est violemment attaqué, mais il est une chance pour la France et la gauche. Car il démontre que la régression n’est pas une fatalité et que d’autres choix sont possibles à gauche.

samedi 25 juin 2016

Le "Brexit", ou la faillite de l'Europe marchande et financière

« Brexit »! L’accident majeur, pour la construction européenne telle qu’elle se déployait jusqu’alors, s’est produit ce 23 juin, avec le vote des Britanniques en faveur du retrait de l’Union. N’en minimisons surtout pas les probables conséquences en chaîne.

Pour la première fois depuis la conclusion du Traité de Rome, en 1957, alors que l’on ne cessait sans la moindre précaution d’étendre le « marché unique » et la déréglementation financière à de nouveaux États, c’est l’une des principales puissances du continent qui fait défaut. Le précédent créé ouvre inévitablement une dynamique involutive, le fossé grandissant entre les peuples et leurs élites dirigeantes s’avérant de nature à susciter de nouvelles vocations au départ. Au-delà, c’est la dislocation du Royaume Uni qui se profile, avec la séparation possible de l’Écosse et la question reposée de la réunification de l’Irlande. Sans compter que les mouvements spéculatifs que le référendum britannique va inévitablement déchaîner sur les places boursières, mouvements qui viennent notamment de voir le Dow Jones flamber quand tous les autres indices se repliaient, peut devenir le catalyseur d’une crise financière au souffle bien plus dévastateur que celle de 2007-2008.

La victoire du « Leave » n’est un coup de tonnerre que pour ceux qui s’évertuaient, contre toute évidence, à ignorer les signes de désagrégation d’un édifice tout entier dévolu à la satisfaction des exigences des transnationales et des marchés. Nous avions pourtant été un certain nombre à affirmer, l’été dernier, que l’extrême violence avec laquelle on avait répondu aux demandes des Grecs et de leurs représentants nouvellement élus n’était qu’une victoire à la Pyrrhus pour ces bonzes de Bruxelles indifférents aux souffrances des populations, ces dirigeants allemands imposant leur loi à l’ensemble européen, tous ces gouvernants ayant sacrifié les intérêts de leurs nations et de leurs peuples à la mise en œuvre des préceptes du dogme libéral.

Relisant, pour la rédaction de cette note, ce que j’écrivais le 13 juillet 2015, je suis tombé sur ces lignes : « Au fond, ce que démontre le bras-de-fer qui vient de s’achever, c’est avant tout qu’une Europe construite sur ses bases actuelles va à sa perte. L’arrogance et la brutalité des oligarques ne peuvent désormais plus dissimuler que l’on ne pourra plus continuer longtemps avec un euro construit sur des critères absurdes, une construction dominée par une puissance allemande acharnée à faire prévaloir ses intérêts, un endettement abyssal utilisé pour régenter les choix de chacun des pays membres, des dispositifs austéritaires qui éloignent chaque jour un peu plus l’horizon d’un redémarrage des économies (…), des égoïsmes nationaux encouragés par la disparition de toute logique de solidarité, des peuples systématiquement tenus à l’écart des décisions par des conceptions profondément antidémocratiques. Une page de l’histoire continentale vient, de toute évidence, de se tourner. Parce qu’un peuple a osé dire « non » à une politique que l’on disait jusqu’alors indépassable et irréversible, on lui a répliqué avec toute la violence qu’octroie à une poignée de hiérarques et de technocrates la mondialisation marchande et financière. La construction européenne a du même coup révélé ce qu’elle était devenue en vérité, par-delà ses généreuses déclarations d’intention : un instrument de domestication des plus faibles de ses membres par les plus forts. (…) Ou l’Europe retrouvera rapidement la voie de la coopération et d’un développement solidaire, ou elle s’abîmera sous le choc d’intérêts antagoniques qui auront tôt fait d’encourager le nouvel essor des sauvageries nationalistes. Pour le dire avec d'autres mots, ce sont d'autres tempêtes et même des crises majeures qui sont devant nous. » Nous y sommes bel et bien…

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mercredi 22 juin 2016

Détournement de "primaire"...

Il faut lui reconnaître au moins un talent : si François Hollande aura incarné une présidence exécrable pour quiconque revendique une appartenance à la gauche dans ce pays, il excelle dans les parties de billard à multiples bandes. Dernier exemple en date, avec la complicité de Jean-Christophe Cambadélis, il se sera débrouillé pour faire ratifier, par le conseil national du Parti socialiste, un projet de « primaire » taillé sur mesures pour satisfaire son désir de retourner devant les électeurs et solliciter d’eux le renouvellement de son mandat.

Ledit projet n’a, évidemment, guère de rapport avec le processus qu’appelaient de leurs vœux, au mois de janvier, les signataires de l’appel à « une primaire des gauches et des écologistes ». Lorsque ceux-ci refusaient d’imaginer que ne puisse être défendu le « projet dont la France a besoin » au second tour de la prochaine présidentielle, lorsqu’ils disaient vouloir « du contenu, des idées, des échanges exigeants », lorsqu’ils se distinguaient avec force des « renoncements » du pouvoir en place, lorsqu’ils proclamaient l’impératif besoin d’une « réappropriation citoyenne » des enjeux du rendez-vous de 2017 grâce à des « rencontres autorisant des délibérations ouvertes et sérieuses », ils ne définissaient certainement pas cet ersatz de consultation. Réduit qu’il se trouve au périmètre de ce que le premier secrétaire du PS nomme « la gauche de gouvernement », et qui ne désigne rien d’autre que la coalition des mini-partis alliés à la rue de Solferino au sein de la « Belle Alliance populaire ».

Parlons en toute franchise. La manœuvre serait simplement minable, si elle ne conduisait immanquablement toute la gauche à une terrible Berezina. Sans doute, en acceptant la concurrence d’autres prétendants dans le cadre d’une « primaire », aussi vidée de portée fût-elle, le tenant du titre reconnaît-il implicitement avoir perdu toute légitimité à se présenter en « candidat naturel » des socialistes et de la gauche. Mais un rendez-vous conçu dans son seul intérêt, organisé au demeurant à trois mois du premier tour de l’élection, ne changera en rien les données du problème.

À supposer qu’il disposât encore des moyens de se représenter sans subir la plus sèche des sanctions, compte tenu du rejet dont il fait l’objet jusque parmi ses électeurs d’avril 2012, qui peut sérieusement croire que François Hollande ait la moindre chance de rassembler la gauche en 2017, de lui permettre d’accéder au second tour, et d’empêcher que la présidentielle ne se dénoue par la victoire du représentant d’une droite ultraradicalisée, à moins que ce ne soit Madame Le Pen qui finisse par profiter de la dérive libérale orchestrée quatre ans durant depuis le sommet de l’État ? Qui ne voit que la volonté de distinguer une « gauche de gouvernement » d’une gauche que l’on méprise hautainement en la prétendant repliée sur la protestation stérile revient à fragmenter, durablement et très profondément, le camp progressiste, selon le scénario si souvent évoqué par le Premier ministre en même temps qu’il exprimait son souhait d’une recomposition au centre l’échiquier hexagonal ?

C’est l’écologiste Yannick Jadot qui était dans le vrai, le week-end dernier, en affirmant au Monde que la raison voudrait que le président sortant rende « un grand service à la gauche » en renonçant à se représenter. Et il serait d’ailleurs tout aussi censé que tous ceux qui l’ont accompagné jusqu’au terme de son quinquennat, qu’il s’agisse de Messieurs Valls ou Macron, fassent de même. Il ne faudrait toutefois pas, maintenant que l’appareil du Parti socialiste a décidé de sacrifier l’avenir de la gauche à sa propre sauvegarde, que d’aucuns se laissent prendre à ce piège mortel.

Je le dis solennellement aux dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui s’étaient reconnus dans l’appel à une authentique « primaire », comme à mes amis socialistes qui n’ont cessé de chercher le chemin d’une alternative aux orientations gouvernementales, l’heure n’est ni à l’abattement devant tant de duplicité cynique affichée, ni à la tactique pour tenter de répondre à une initiative d’emblée pervertie, ni à la multiplication des candidatures en espérant déterminer ainsi qui sera le mieux placé pour s’opposer à un président calamiteux. Car le danger, à l’arrivée, serait de voir le débat politique devenir encore plus confus et le peuple de gauche sombrer dans une totale désespérance.

La bonne réponse, en l’occurrence, consiste à ouvrir pleinement la discussion sur le contenu de l’offre à partir de laquelle le plus grand nombre possible de formations et d’énergies pourrait se retrouver. Avec pour objectif de présenter une même candidature, dont l’ambition ne serait pas de témoigner ou de surenchérir dans une radicalité « antisystème », mais de réunir une majorité de notre pays. Sans s’abandonner, parce que les enjeux sont trop graves, à des jeux de postures, à des calculs anticipant les désastres de l’après-2017, ou encore à ce tropisme qui voit régulièrement une « petite gauche » s’imaginant alternative préférer son entre-soi aux grandes recompositions indispensables à des moments historiques.

Lors de son dernier congrès, le Parti communiste aura parlé d’un « pacte d’engagements », structuré autour de quelques engagements forts, « pacte » qui devra faire l’objet de la délibération collective de tous les secteurs disponibles de la gauche, avant de se voir soumis à l’approbation d’une vaste votation citoyenne. Sur ce socle fort et de nature à remobiliser notre camp social et politique, il deviendra possible de sélectionner celui ou celle qui apparaître le mieux à même d’incarner le rassemblement et l’espoir. Y compris à travers une « primaire » digne de ce nom, ou toute autre forme de consultation populaire…

C’est, me semble-t-il, la voie à suivre pour construire un rapport de force tel qu’il puisse déjouer les tentatives de diversion (ou de division) et nous sortir de la nasse dans laquelle les gouvernants comme leurs soutiens tentent de nous enfermer. Il est grand temps de passer aux travaux pratiques…

vendredi 17 juin 2016

Cessez de jouer avec les angoisses françaises !

Gare à ce que l’on est en train de provoquer dans les esprits de nos compatriotes ! En quelques jours, ces derniers se seront retrouvés confrontés à un enchaînement de violences qui, bien que sans rapports entre elles, ne leur renvoie pas moins l’image d’une société fragmentée, menacée dans son devenir, à laquelle on ne propose plus le moindre élan collectif, la plus petite perspective d’espoir.

Qu’importe, au fond, que rien ne permît d’assimiler des faits fort disparates : les affrontements de « hooligans » aux marges des compétitions de l’Euro 2016, auxquels se mêlent de temps à autres des jeunes venus des quartiers populaires environnants (ce fut notamment le cas, à Marseille, le 11 juin) ; le terrorisme, qu’en arrivent désormais à pratiquer quelques loups solitaires aveuglés par la propagande haineuse d’un jihadisme fort présent sur les réseaux sociaux, et qui vient de coûter la vie à un couple de fonctionnaires de police dans le département des Yvelines (comme il avait, quelques jours auparavant, semé la mort dans une discothèque gay de Californie) ; le vandalisme, pratiqué à grande échelle par des centaines d’individus mêlés à la grande manifestation du 14 juin contre la « loi travail » pour mieux la détourner de ses objectifs, phénomène au fond très révélateur de l’espace que la désespérance ambiante ouvre à un nouveau nihilisme aux objectifs fort obscurs…

Cette succession d’événements est de nature à faire grandir les peurs, à interroger toujours davantage le rapport des citoyens à leurs représentants, à répandre un sentiment d’insécurité d’autant plus déstabilisant que l’appareil coercitif étale ses grandes difficultés à remplir ses multiples tâches. D’autant que les gouvernants et leur opposition conservatrice y répondent au moyen d’un discours tournant désespérément à vide, celui de la dramatisation, de l’autorité autoproclamée et des promesses de restriction des libertés fondamentales.

Au sommet de l’État, on se sera ainsi engouffré dans la nouvelle séquence politique en faisant profession de détermination, en utilisant cyniquement la menace (bien réelle, par ailleurs) du terrorisme, et même en profitant du parasitage des manifestations par des éléments incontrôlés pour afficher une totale intransigeance sur une loi pourtant très minoritaire dans le pays, attitude qui sera allée jusqu’à l’assimilation de la première organisation syndicale française aux « casseurs » et à l’évocation de la remise en question du droit constitutionnel de manifester. Ce faisant, on aura cependant ouvert un boulevard à une droite si radicalisée dans ses fondamentaux réactionnaires qu’elle en arrive aujourd’hui à préconiser la criminalisation du mouvement social, voire l’instauration d’un régime d’exception qui ne dit pas son nom. Comme lorsqu’elle en appelle à l’ouverture de camps de rétention administrative, où se verrait enfermé, sans même une décision de justice, quiconque serait simplement suspect d’accointances avec les réseaux jihadistes...

Sauf que ces postures en miroir émanent de forces à la crédibilité déclinante. Si chaque enquête d’opinion atteste que les deux têtes de l’exécutif sortiront immanquablement carbonisées de l’affrontement social en cours, la droite n’est pas en bien meilleure forme, quoiqu’elle profitât mécaniquement, dans les intentions de vote, de l’impopularité record du pouvoir. Ce ne sont pas seulement ses divisions qu’elle paie à travers la piètre image de ses prétendants à la future « primaire », c’est sa totale absence de projet et une crise d’identité sans équivalent depuis la Libération. De sorte que c’est le Front national qui s’avère le seul parti en mesure de tirer bénéfice des angoisses françaises et des appels de ses rivaux à la remise en ordre de la France. À qui en voudrait la confirmation, les études récemment publiées sur les résultats des élections partielles des quatre ans écoulés la fournirait : non seulement l’extrême droite a très régulièrement accédé au second tour de ces scrutins, mais elle y aura systématiquement progressé en voix en dépit d’un taux d’abstention phénoménal…

Un pays plongé dans un tel état de tension appelle une politique d’apaisement. Les périls dont il se voit menacé, celui de la désagrégation autant que celui d’un fondamentalisme totalitaire trouvant ses relais parmi ses propres enfants, exige que l’on privilégie la cohésion républicaine plutôt que la brutalisation des relations sociales. C’est de ce point de vue que la mobilisation des salariés contre le démantèlement du code du travail, qui aura connu un impressionnant rebond en réunissant des centaines de milliers de personnes à Paris le 14 juin, représente une chance pour notre pays.

Une chance, parce qu’au-delà de la revendication du retrait du projet El Khomri, elle défend une certaine conception du progrès, un modèle de société fondé sur la défense des plus faibles par la loi et les conventions collectives, un principe d’égalité des droits entre l’ensemble des travailleurs, ce que disloquerait l’encouragement au « dumping » social présent dans le projet du gouvernement. Parce qu’elle repose sur une solidarité, réalisée dans la grève et dans la rue, entre toutes les victimes de la loi de la jungle libérale, et qu’elle fait en ce sens reculer les tentations du repli sur soi, les réflexes de panique, les pulsions identitaires qui finissent par dresser les uns contre les autres les divers segments du corps social. Parce qu’elle redonne un sens perceptible au clivage entre la droite, de tout temps obnubilée par la remise en cause des conquêtes arrachées de haute lutte au capital, et une gauche qui n’existe qu’en représentant le camp du travail et les intérêts du plus grand nombre.

Tout doit donc être mis en œuvre, dans les jours qui nous séparent du retour de la « loi travail » à l’Assemblée nationale, pour assurer une victoire à ce qui constitue d’ores et déjà l’une des plus grandes irruptions populaires depuis Mai 68. Les sept organisations du front syndical demandent la suspension du débat parlementaire, afin de permettre l’ouverture des négociations que Messieurs Hollande et Valls n’ont jamais permise. Dans le groupe des députés socialistes, très au-delà des « frondeurs », des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour proposer que l’on réécrive les articles contestés du projet, ou du moins que l’on revoie les équilibres de ce dernier sur divers points, comme la fameuse inversion de la hiérarchie des normes et la rémunération des heures supplémentaires. Quelle que fût la solution choisie, sur laquelle il appartiendra in fine aux confédérations ouvrières de se prononcer, la sortie de crise consiste bel et bien à revenir sur la philosophie gravement régressive du texte dit El Khomri.

D’évidence, à ce jour, le président de la République et son Premier ministre ne veulent pas en entendre parler, envisageant ouvertement un nouveau passage en force au Palais-Bourbon au moyen de l’article 49-3. Le premier, parce qu’il pense sans doute, contre toute logique, qu’une attitude martiale redressera son image en prévision de la prochaine présidentielle. Le second, car il espère manifestement, sur le champ de ruines dont pourrait accoucher ce rendez-vous, devenir le « refondateur » de sa famille politique, qu’il aura sciemment détruite à l’occasion de son passage à Matignon.

Ce jusqu’au-boutisme confine à la folie, dès lors qu’il bafoue délibérément les attentes d’un peuple qui, sondage après sondage, crie son refus de la déréglementation financière et de la casse des protections collectives du monde du travail. Autrement dit, il conduit tout le monde au désastre : le Parti socialiste, c’est l’évidence, mais également la gauche tout entière, qui n’aura jamais été aussi divisée et atteinte dans son identité, et plus généralement la France, menacée qu’elle se trouve par des dérives sinistres. Plus vite il sera infligé une défaite à ces apprentis-sorciers, mieux cela vaudra pour tout le monde…

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