Le blog de Christian Picquet

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lundi 21 mai 2012

Qu'allons-nous faire de notre victoire ?

La bataille des législatives, dans laquelle je me retrouve plongé au niveau de la 10° circonscription de Haute-Garonne, m’a tenu éloigné de ce blog depuis le 6 mai. J’espère que vous m’en pardonnerez si je vous dis que, de ce poste de combat (que j’occupe avec ces frères d’armes que sont les militants et militantes du Parti communiste et du Parti de gauche, sans parler des miens, ceux de Gauche unitaire, qui ne ménagent ni leur peine, ni leur temps), je vois encore mieux se réunir les pièces du nouveau puzzle politique français.

Au soulagement qu’éprouve manifestement la grande majorité des électeurs de ce territoire, qui a donné à François Hollande un résultat bien plus élevé que le pays dans son ensemble (comme d’ailleurs le département qui l’entoure), succède à présent une attente vaguement inquiète de ce que vont faire le nouveau président de la République et son gouvernement pour satisfaire au besoin de changement profond que le pays vient d’exprimer. Si la droite n’a rien perdu de son agressivité, sans néanmoins disposer désormais d’un projet de nature à faire oublier à nos concitoyens les affres du sarkozysme, l’influence conquise par l’extrême droite se fait insidieusement sentir à la chaleur de certaines discussions sur les marchés : non que, vu de cette terre historiquement de gauche où j’ai été élu en 2010, le Front national fût vraiment en position conquérante, mais son influence s’étend (comme, par ailleurs, dans la toute proche vallée de la Garonne où il a réalisé des percées spectaculaires), et l’on devine que ses idées progressent.

C’est, pourtant, de la gauche que me viennent mes principaux sujets de préoccupation. Passons sur une extrême gauche qui semble avoir définitivement renoncé à incarner autre chose qu’une volonté de survie aux marges du champ politique hexagonal. Ou sur des écologistes qui, quoiqu’ils puissent ici ou là bénéficier d’un réel enracinement local, peinent de plus en plus à afficher une identité mise à mal dès l’instant où ils auront estimé opportun d’arrimer leur modeste carriole (bien brinquebalante après la contreperformance d’Eva Joly) au char gouvernemental du Parti socialiste, sans qu’ils parviennent même à dire à quoi serviront leurs deux modestes portefeuilles dans le dispositif conduit, de l’Hôtel de Matignon, par Jean-Marc Ayrault. C’est de la famille même de François Hollande que viennent les signes (avant-coureurs ?) de difficulté à embrasser les immenses défis qui s’annoncent à l’horizon.

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lundi 7 mai 2012

La revanche, tant attendue, du peuple

Ce dimanche 6 mai, des millions de Françaises et de Français auront mieux respiré. L’atmosphère politique, empuantie par les emprunts de Nicolas Sarkozy aux thèses du Front national, sera devenue plus légère, grâce à la défaite sans appel du président sortant.

Je félicite François Hollande de son élection.

Ce résultat constitue la revanche de celles et ceux dont, en cinq ans, les droits ont été piétinés, les vies saccagées, les revendications bafouées.

La majorité sociale du pays, exprimée lors de l’immense mouvement de 2010 en défense de la retraite à 60 ans, est devenue majorité dans les urnes.

Dans ses diverses composantes, la gauche qui vient de l’emporter se trouve devant l’impérieux devoir de ne pas décevoir. Que va-t-elle faire de sa belle victoire ? Prendra-t-elle en compte les attentes du peuple en gouvernant contre les marchés financiers ? Affrontera-t-elle avec détermination les milieux d’affaire qui entendent sortir de la crise du capitalisme sur le dos des peuples ?

Le Front de gauche, grâce auquel la gauche tout entière a pu réunir un score particulièrement élevé au premier tour, entend prendre toute sa place dans la nouvelle bataille qui s’ouvre.

Après l’Élysée, la droite doit maintenant être balayée de l’Assemblée nationale, où la future majorité aura le devoir d’ouvrir le chemin à de belles avancées sociales et démocratiques pour le plus grand nombre de nos concitoyens.

Il faudra donc au peuple de gauche se mobiliser massivement et envoyer au Parlement de très nombreux députés décidés à relayer fidèlement les exigences de la majorité populaire qui vient de se manifester avec éclat.

C’est l’objectif, désormais, du Front de gauche.

vendredi 4 mai 2012

Discours place de Stalingrad : "Faire front à gauche !"

En guise d’ultime contribution à la bataille pour en finir avec le sarkozysme, je mets ici en ligne le discours que j’ai prononcé ce soir, place Stalingrad, à Paris, à l’occasion du meeting du Front de gauche. Dernier succès d’une campagne qui n’en aura pas manqué, nous n’étions pas moins de 15 000 à ce rendez-vous. Décidément, le Front de gauche a un grand avenir...

« Mes Chers Amis, Mes Chers Camarades, vous voici de nouveau au rendez-vous… Comme toujours… Combatifs et déterminés à rendre coup pour coup, à relever l’insulte dont nous avons été l’objet…

« Eh oui ! Nous avons face à nous la droite la plus brutale et la plus arrogante que notre pays ait eu à subir depuis les années trente. Cette droite qui voyait hier la République comme « la Gueuse » et qui, aujourd’hui, voit Monsieur Fillon oser dire (c’était à la Concorde), je le cite, qu’il entend suivre « le chemin tracé par nos rois ». Cette droite qui traitait hier les ouvriers de « salopards en casquette » et qui veut, aujourd’hui, briser les reins de leurs organisations syndicales. Cette droite qui disait hier qu’elle préférait Hitler au Front populaire et qui, aujourd’hui, dit préférer la fréquentation de la famille Le Pen à celle de la gauche. Cette droite qui répondait hier à la grande crise de 1929 par le chômage de masse et la guerre et qui, aujourd’hui, veut sortir du marasme où s’est de lui-même placé le capitalisme financier en imposant aux peuples un grand retour en arrière, au prix de l’effacement de soixante ans de conquêtes sociales. Cette droite qui, en toute circonstance, n’a jamais affiché d’autre volonté que de reprendre ce qu’elle a dû concéder au monde du travail. Comme il avait raison, ce syndicaliste espagnol, le 1er mai à Madrid, lorsqu’il constatait : « Ils veulent en finir avec tout, le travail, les droits, la dignité. »

« Voilà bien au fond ce qui explique la hargne de Madame Parisot, et ce qui unifie nos adversaires, à l’échelle de toute l’Europe… Cette « union sacrée » que Madame Merkel, Monsieur Cameron, Monsieur Rajoy, Monsieur Monti ont formé autour de Nicolas Sarkozy pour tenter d’empêcher qu’il ne chute de son trône.

« Nous ne savons que trop ce qui se passerait si, par malheur, notre petit monarque hystérique venait à être réélu… Alors, dimanche, nul ne peut avoir la moindre hésitation : ce sera camp contre camp, droite contre gauche, classe contre classe, capital contre travail, élites contre peuple…

« Il nous faut donc finir le travail. Mettre Sarkozy à la retraite, sans lui demander s’il dispose de toutes ses annuités pour les loyaux services qu’il a rendus à l’aristocratie de l’argent ! Éliminer le danger mortel qui nous guette et faire reculer le poison de la peur et du racisme qu’il n’a cessé de répandre ! Et puisque l’intéressé nous a « menacés » de disparaître de la vie publique, l’occasion est trop belle de lui dire : « Dégage ! Bye-bye ! Bon vent… »

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vendredi 27 avril 2012

Entretien avec "Politis" : quelles perspectives pour le Front de gauche ?

Voilà… Une semaine ne s’est pas écoulée depuis le verdict des urnes du premier tour de la présidentielle. Et nul ne saurait se tromper sur les enjeux. Le 6 mai, ce sera, comme jamais depuis fort longtemps, gauche contre droite. Et quand je dis droite, je parle d’un camp qui se regroupe sur une politique directement inspirée de son extrême, une politique reprenant jusqu’aux thèmes identifiants du Front national, une politique en laquelle on perçoit à chaque instant des relents de vichysme. En 2007, Nicolas Sarkozy s’était fait élire en se prévalant d’une modernité libérale censée réconcilier les classes populaires avec sa famille politique. Cinq ans plus tard, après avoir fait souffler sur la France une véritable révolution néoconservatrice, il retrouve les accents de la droite de toujours. Celle qui, hier, proclamait qu’elle préférait Hitler au Front populaire et qui, aujourd’hui, assume sans complexe de préférer Le Pen à n’importe laquelle des composantes de la gauche et du camp du travail. Celle pour qui, au fond, nous sommes toujours les filles et les fils de cette République, qu’elle appelait jadis « La Gueuse ».

Cette extrême polarisation est suffisamment menaçante pour que, parmi celles et ceux qui auront chois le bulletin Jean-Luc Mélenchon dimanche dernier, il n’y ait aucune hésitation. C’est une question vitale que de signifier son congé à un Prince élyséen qui a décidé de livrer une guerre sans merci au monde du travail, à ses syndicats, aux partis en lesquels il se reconnaît…

Je reviendrai, dans les jours prochains, sur cet affrontement d’une intensité que les plus jeunes générations n’auront encore jamais eu à connaître. En attendant, je vous livre ci dessous l’entretien que j’ai accordé cette semaine à Politis sur le devenir du Front de gauche.

« Porte-parole de la Gauche unitaire, et président de la coordination de campagne du Front de gauche dans cette présidentielle, Christian Picquet évoque ici l’avenir de ce rassemblement. »

Tout le monde est d'accord pour continuer le Front de gauche ?

Christian Picquet - Pour tous, la preuve est faite que lorsque nous nous rassemblons sur une base politique précise, claire et argumentée, nous pouvons rassembler des foules considérables et construire une dynamique comme il n'en avait plus existé dans une campagne électorale depuis les années du Programme commun.

La répartition des circonscriptions législatives ne pose plus de problèmes ?

Les débats ont eu lieu, et les désaccords tranchés. On ne va pas rouvrir la boîte de Pandore à quelques semaines d’un scrutin dont l’enjeu prioritaire est qu’un groupe Front de gauche, le plus puissant possible, pèse fortement sur la majorité qui naîtra de la défaite de Sarkozy le 6 mai.

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dimanche 22 avril 2012

Dégager Sarkozy grâce au vote Hollande

Au soir du premier tour de cette élection présidentielle, il apparaît clairement que Nicolas Sarkozy peut être battu le 6 mai. Son rejet est massif dans le pays.

Hélas, Madame Le Pen se trouve à un très haut niveau, en dépit des efforts qu’a déployés le Front de gauche, tout au long de la campagne, pour démystifier la démagogie sociale du Front national. Hélas, nous avons été trop seuls, à gauche, à nous atteler à cette tâche…

L’événement de ce premier tour restera néanmoins les millions de voix qui se sont portées sur Jean-Luc Mélenchon. Grâce à la campagne qu’il a menée, en compagnie des formations du Front de gauche, une partie du peuple a commencé à retrouver la gauche. C’est d’ailleurs ce qui explique le très haut niveau totalisé par les candidats de gauche ce 22 avril. Un niveau inégalé depuis vingt ou trente ans, qui permet à la gauche, par ses forces rassemblées, de l’emporter demain.

La dynamique politique apparue ces derniers mois, autour du Front de gauche, ne s’arrêtera pas à l’élection présidentielle. La colère sociale qu’elle a fait entrer dans les urnes en ressortira encore plus forte, d’abord à l’occasion des élections législatives, puis dans les mobilisations qui seront indispensables pour faire entendre les exigences populaires.

Le Front de gauche reçoit ce soir le mandat de poursuivre son combat pour changer la gauche afin de changer la France grâce aux propositions de rupture avec un système en faillite, qu’il a mises dans le débat public ces derniers mois.

Dans l’immédiat, aucune voix ne devra manquer, le 6 mai, au candidat arrivé en tête de la gauche à l’issue du premier tour.

Si le programme de François Hollande est loin d’être à la hauteur des nécessités de l’heure, le bulletin à son nom sera, dans deux semaines, le moyen d’infliger à la droite la déroute qu’elle mérite, dans l’objectif de créer les meilleures conditions au retour en lice du peuple, dans les prochains mois.

C’est dans ces conditions, ayant eu l’honneur de présider tout au long des derniers mois la coordination qui épaula Jean-Luc dans cette belle bataille, que j’appelle à voter François Hollande le 6 mai.

lundi 16 avril 2012

La France à un tournant

Bon… Encore une semaine de campagne… Celle qui vient de s’achever aura de nouveau charrié son lot de bonnes nouvelles (pour celles et ceux qui, comme moi, ont longtemps ramé à contre-courant, cela en deviendrait presque lassant !)… Je ne parle pas seulement des sondages (l’un d’entre eux mit même Jean-Luc à 17%), car il faut toujours observer la plus extrême prudence à leur endroit : les résultats d’un vote se mesurent à la seule aune de ce qu’une bataille électorale aura permis de faire bouger dans la société et dans les consciences, non à des enquêtes d’opinion relevant bien trop souvent de la technique du « doigt mouillé », ou peu s’en faut… Je me fie, d’abord et avant tout, à cet élan qui nous porte et dont j’ai, chaque soir ou presque, la spectaculaire confirmation…

Jeudi 12, j’étais ainsi à Besançon, invité à animer la dernière des assemblées citoyennes du Front de gauche de la ville sur le thème : « Qu’est-ce qu’une politique de gauche ? ». La réunion réunit un public encore plus nombreux que la précédente, à laquelle avait été convié Francis Wurtz. Et, le lendemain, j’étais à Gap, pour le meeting départemental du Front de gauche, l’occasion pour moi de rencontrer l’ami Philippe Cottet, figure du mouvement social sur les Hautes-Alpes, qui a récemment rejoint Gauche unitaire. De l’avis de tous les militants aguerris que j’y aurai croisés, ce fut du jamais vu, pour un meeting politique dans cette ville : 450 personnes.

Voilà qui me conforte dans une intuition que j’ai déjà fait partager à mes camarades de la direction de Gauche unitaire, et que je voudrais aujourd’hui vous livrer : cette élection présidentielle pourrait bien représenter un point tournant de la situation française. Le succès de la campagne organisée autour de Jean-Luc, l’écho des propositions que nous avons installées dans le débat public, la dynamique militante qu’enregistre la moindre de nos réunions ou assemblées citoyennes disent quelque chose de l’état du pays. Je sais bien que des foules assemblées ne produisent pas mécaniquement un score, que l’impact d’un discours et d’un positionnement, surtout dans la manière dont il est traduit médiatiquement, s’avère fréquemment de nature à déformer la perception de la réalité. Les plus anciens ne manqueront ainsi pas de me rappeler leurs douloureuses expériences.

Un Georges Marchais, en 1981, conduisit par exemple une impressionnante campagne, qui reste encore dans les mémoires des militants communistes de l’époque, avant d’enregistrer le premier recul majeur de l’influence électorale du PCF. Mes amis de République et socialisme, de la même façon, évoqueront sans doute avec moi la percée dont la candidature de Jean-Pierre Chevènement était créditée dans les sondages, jusqu’à ce qu’elle parvienne tout juste à franchir la barre des 5%, un certain 21 avril 2002. Les uns et les autres auront toujours raison de nous inviter à la plus extrême prudence. À cette nuance près que les échecs en fin de compte subis par ces deux candidatures ne sauraient être dissociés des lourdes fautes qui auront mené à ces épilogues. Pour le secrétaire général d’alors du Parti communiste, l’incapacité à définir une ligne de conduite échappant, à la fois, à la subordination envers une social-démocratie conquérante, et au piège de la division de la gauche (à un moment où le peuple de gauche voulait, plus que tout, se débarrasser de Giscard d’Estaing). Pour le président du Mouvement républicain et citoyen, l’illusion mortelle que la République transcendait le clivage droite-gauche, couplée à la volonté de réunir autour d’une inexistante vision commune de la nation jusqu’à des secteurs venus de l’extrême opposé de l’échiquier politique. Ce qui constitue la nouveauté de la belle aventure initiée, en 2009, avec la formation du Front de gauche, permet d’envisager l’avenir sous de bien meilleurs auspices.

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samedi 7 avril 2012

Discours Place du Capitole à Toulouse 5 avril 2012


Discours de Christian Piquet place du Capitole par PlaceauPeuple

Rien ne sera plus jamais comme avant

Quelle semaine, mes amis ! Elle aura débuté, comme chaque lundi, avec la réunion de la Coordination de campagne, que j’ai le plaisir et l’honneur de présider. Les journalistes semblent à présent s’intéresser à cette instance qui permet à chacune des composantes du Front de gauche d’enrichir, sur le temps court, les autres de ses apports, de ses analyses et de ses réflexions, contribuant ainsi à l’orientation générale de la formidable aventure dans laquelle nous nous trouvons engagés. Ce qui me frappe, depuis que nous avons mis en place ce rouage décisif de notre rassemblement, c’est l’ambiance qui y règne : grave, autant que fraternelle et constructive. Si des différences surgissent, et il est bien normal qu’il y en eût, elles finissent tout naturellement par trouver leurs solutions… dans une synthèse qui, loin de noyer le poisson, nous fait avancer ensemble.

Et puis il y eut les deux grands rendez-vous de Vierzon et Toulouse. Dans une vie militante, ils sont de ceux qui marquent à jamais. À Vierzon, ville communiste dirigée par Nicolas Sansu, un ami, l’enthousiasme collectif nous transportait tant, Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon et moi-même, que nous aurons achevé nos interventions en nage. Sept mille personnes, débordant du Parc des expositions, la plupart d’entre elles « subissant » nos discours debout … Il fallait, paraît-il, remonter 30 ans en arrière pour retrouver un pareil événement sur cette terre de lutte liée à toute l’histoire du mouvement ouvrier de notre pays.

Puis vint le grand moment : Toulouse. Réplique de la Bastille, le 18 mars. Qu’en dire, sinon que ce fut prodigieux ? Initialement, nous nous attendions à 20 ou 30 000 participants sur la place du Capitole. Cela nous eût déjà mis à l’étiage des concentrations tumultueuses qui suivent le retour dans la ville du Bouclier de Brennus. Après le déferlement populaire de Paris, nous savions qu’il viendrait bien plus de monde, et nous avions prévu d’ouvrir à la foule une seconde esplanade, toute proche, la place Wilson. Ce ne fut pas suffisant. La foule débordait de toutes les rues adjacentes. Foule joyeuse et combative, qui n’en faisait pas moins preuve d’une attention rare pour un meeting en plein air. Tout à fait à l’image de notre campagne ! Nos réunions ne sont pas le sacre d’un chef, mais de grands moments de politique, d’échange, d’éducation populaire.

À 19 heures, au plus fort du rassemblement, nous aurons donc dénombré… 70 000 présents. De mémoire de Toulousains, même le général de Gaulle, en 1959, n’avait pas entraîné une telle marée humaine. En quelques heures, la « Ville rose » sera devenue écarlate. De nos couleurs et de l’espoir que nous faisons renaître. Inutile de vous dire ce que cela provoque en soi de s’adresser à ce peuple auquel la gauche a, de nouveau, donné rendez-vous. En outre, à voir, à minuit passé, des centaines de jeunes déambuler encore dans les rues, drapeau de telle ou telle de nos composantes sur l’épaule, fredonnant sur l’air des lampions « On a vu Mélenchon ! », je me disais que l’événement n’était pas près de s’effacer des consciences.

Mon périple n’était pas encore achevé. Ce 6 avril, je me serai rendu à Bourg Saint-Andréol, à l’invitation du secrétaire de la section communiste de la ville. Il se trouve que mon vieux complice, Henri Saint Jean mène sur l’Ardèche une campagne ardente pour les législatives, en tant que l’un des candidats suppléants. C’était une joie de le retrouver, avec son épouse, Horiya, une amie et une militante hors pair que j’ai toujours, elle aussi, l’immense plaisir de retrouver. Ce fut également l’occasion de partager une tribune avec un autre vieux complice, Francis Wurtz, avec lequel je n’avais pas encore tenu de meeting pour cette campagne présidentielle. Une belle réunion, vraiment. D’autant plus marquante que la salle était pleine, bien que l’on abordât le long week-end de Pâques. Quelle dynamique, vraiment, que celle qui porte notre campagne. S’il m’en avait fallu une preuve supplémentaire, je l’aurais eu, ce samedi matin – nous étions, rappelons-le, au début de ce long week-end -, en allant prendre mon TGV à Montélimar. Nous serons, là encore, tombés sur des militants s’en allant « tracter », qui pour un porte-à-porte, qui sur un marché… Sur le terrain, les nôtres ne comptent plus leur temps, ils se savent devenus les acteurs d’un bouleversement de la carte politique hexagonale, qui va nous mener loin.

Lorsque l’on a vécu tous ces moments intenses, magiques devrais-je même dire, on comprend vite pourquoi nous sommes devenus la surprise d’une campagne que l’on disait déjà jouée. Et l’on n’a guère de mal à saisir les raisons profondes pour lesquelles, en cascade, des sondages placent notre candidat en troisième position… reléguant Madame Le Pen derrière. Qui eût imaginé cela, il y a moins d’un an, après que les formations du Front de gauche aient, l’une après l’autre, décidé d’investir Jean-Luc pour les représenter lors du scrutin cardinal de la V° République ?

Du coup, et si vous n’avez pas eu l’occasion de les lire, je vous livre ici les cinq chroniques que je viens, cette semaine, de livrer à l’Humanité, dont l’étais « l’invité ». Elles résument et prolongent le sentiment qui m’habite à cet instant, et les réflexions auxquelles cela me conduit.

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jeudi 5 avril 2012

Discours à Vierzon le 3 avril 2012


Ch. Picquet - Discours à Vierzon par lepartidegauche

lundi 2 avril 2012

Des tueries de Toulouse à la refondation de la République

J’avais commencé à rédiger cette note au soir d’un dimanche printanier, le 25 mars, alors que je sortais de la grande marche parisienne organisée contre le racisme, l’antisémitisme et la violence, à laquelle je m’étais rendu. Je l’achève une semaine plus tard, constatant que le périple fou et abominable de Mohamed Merah faisait toujours l’objet d’une exploitation politique éhontée, bien après son épilogue. Entre-temps, la campagne aura absorbé toute mon énergie : je serai notamment passé par Villeneuve-sur-Lot, où je serai allé soutenir ma camarade Marie-Hélène Loiseau, candidate du Front de gauche pour les législatives sur cette circonscription du Lot-et-Garonne ; et j’aurai achevé mes pérégrinations avec mon retour en Haute-Garonne, pour préparer la prochaine phase de notre bataille pour les élections législatives dans la 10° circonscription, et pour participer (représentant des diverses composantes du Front de gauche et en ma qualité de conseiller régional de Midi-Pyrénées) à la grande manifestation en défense de la langue occitane, laquelle aura réuni des dizaines de milliers de participants.

J’en reviens donc à « l’affaire Merah ». Je ne sais si, comme l’a écrit une bonne partie de la presse quotidienne, cet événement aura constitué le « tournant » de la campagne présidentielle. Nous verrons… À tout le moins, il sert de révélateur de ce qui agite en ses profondeurs notre société, et il vient confirmer l’un des points nodaux de l’approche du Front de gauche.

On ignore, en vérité, presque tout de la personnalité du meurtrier, de ses véritables motifs, de ses complicités éventuelles. Gardons nous ainsi de toute généralisation ou approximation. Pour ne prendre que cet exemple, contrairement à ce qu’écrivait Le Monde daté du 23 mars, il m’apparaît pour le moins dangereux de parler de la « dérive radicale d’un gamin des cités ». Les « gamins des cités » ne sont en effet pas, dans leur écrasante majorité, des psychopathes en devenir ; ils veulent simplement vivre dignement au sein de la nation qui est la leur, voir reconnaître leurs droits fondamentaux à une éducation de qualité, à un travail stable, à une santé accessible à chacun, à un logement digne de ce nom, à une citoyenneté qui cesserait de les reléguer aux marges de la République… De même, convient-il de se garder de ces analyses fondées sur on ne sait quoi, que l’on aura vu déferler plusieurs jours durant pour accréditer l’idée que toute cette affaire attesterait de l’existence de réseaux terroristes menaçants (ou, disent aussi les « experts » à l’air sentencieux qui occupent à longueur de temps les plateaux de télévision, de structures « jihadistes ») : on ne sait même pas, présentement, dans quel but et avec quels moyens Merah s’est rendu en Afghanistan, s’il y a été pris en charge par un réseau organisé, la nature exacte des contacts qu’il y aura manifestement eu avec les services américains puis français, l’objet et le financement de ses voyages dans une série de zones troublées du monde arabo-musulman… et même apparemment en Israël !

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