Le blog de Christian Picquet

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mercredi 25 janvier 2012

Oui, faire la guerre à la finance

Cela fait presque deux semaines que la France s’est vue « dégrader » par l’agence Standard and Poor’s. Je n’ai pu, comme je l’eus voulu, réagir à l’événement, du fait de problèmes intervenus au niveau de l'hébergeur de mon blog. je vous livre aujourd'hui la note que j'avais écrite "à chaud", en la refondant pour me permettre d’y traiter également de la manière dont le clan UMP s’efforce d’exploiter une situation qui le met pourtant en accusation et les inflexions que vient de connaître le positionnement de François Hollande. Avec, d’avance, toutes mes excuses pour la longueur que prend, du coup, cette réflexion…

Quels que soient les commentaires ampoulés qui l’auront accueilli, notamment dans une aire gouvernante ne sachant de quelle manière le banaliser, le coup d’éclat de S&P surdétermine à présent la campagne en vue des scrutins du printemps, il en redistribue les cartes et il en modifie substantiellement le climat, provoquant un choc aux retombées à ce jour imprévisibles dans les consciences. En tout état de cause, il sanctionne la totale faillite de l’approche libérale présidant aux destinées de l’Europe depuis deux ou trois décennies. Dans le même temps, la Grèce se sera rapprochée de la banqueroute, de par la volonté cynique de créanciers refusant, en dépit de la voracité dont ils ont fait preuve ces dernières années vis-à-vis de ce pays, de renoncer à ce que pourraient leur rapporter les obligations hellènes… s’ils consentaient à effacer 100 des 350 milliards de dettes en jeu.

Que reste-t-il des promesses de sortie de crise ressassées, sommet après sommet, par des chefs d’État et de gouvernement s’employant à convaincre leurs peuples des vertus de sacrifices s’appliquant impitoyablement aux moins fortunés ? Que demeure-t-il de ce fameux « Fonds européen de stabilité », dont les capacités d’intervention et l’abondement ont été littéralement torpillés par le verdict négatif des prétendus experts d’un organisme censé évaluer la fiabilité des économies, alors qu’il est lui-même une entreprise prospère (au chiffre d’affaires de 1,33 milliard de dollars en 2011), dont la clientèle privée autorise à contester l’indépendance ? Quel crédit peut encore revendiquer le traité auquel Madame Merkel et Monsieur Sarkozy entendent assujettir l’ensemble du continent, alors que leur fameuse « règle d’or » austéritaire aura pour seul effet d’enfoncer chaque pays dans la récession… sans que ces agences devenues le bras armé des marchés ne s’estiment d’ailleurs satisfaites (S&P affirme ainsi qu’il « ne constitue pas une avancée d’envergure suffisante pour pouvoir répondre pleinement aux problèmes financiers de la zone euro ») ? Combien de temps ladite zone euro pourra-t-elle encore échapper aux menaces d’éclatement la guettant depuis des mois, alors que l’une des conséquences, peut-être volontaire, de l’intervention des censeurs de la finance sera d’aiguiser les concurrences et de creuser les fractures entre ses membres, en fonction de la « notation » dont ils disposent désormais ?

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jeudi 12 janvier 2012

La question sociale au centre de la campagne

Nous abordons, en ce tout début d’année, le premier tournant de la campagne électorale. Non point, comme auront un moment tenté de nous le faire croire les chevau-légers de l’UMP, par l’effet du propos que se serait autorisé François Hollande sur la personnalité si particulière du président de la République (cela dit, les zélateurs de l’auteur du « Casse-toi pauvre con » sont-ils vraiment fondés à s’indigner du trait ayant prétendument visé leur héraut ?)… Mais avec le retour, au premier plan du débat public, de cette question sociale que nos élites eussent tant voulu évacuer, comme à l’accoutumée, et qui déjoue présentement leurs tentatives dès lors que la crise capitaliste s’inscrit à notre horizon, les marchés exigeant toujours plus d’austérité et de sacrifices pour le monde du travail.

Pour une partie de la gauche, du côté du candidat socialiste et de la représentante d’Europe écologie, cela aura au moins eu le mérite de remettre les pendules à l’heure. L’illusion selon laquelle il eût été possible de l’emporter, face à la droite, en articulant un discours d’orthodoxie budgétaire avec une posture courageuse sur le seul terrain « sociétal » se sera vue dissipée en quelques jours. Tout comme celle, d’ailleurs, qui postulait que l’identité verte eût pu se résumer à l’acceptation - mal assumée, au demeurant - de la logique de gestion sans aspérités qui transpire de l’accord de gouvernement cosigné avec le PS, couplée à l’affirmation de propositions dissidentes dans le seul domaine de l’énergie nucléaire. Sans même parler de cette incongruité qui aura vu Eva Joly se singulariser, à l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse, en suggérant un accord de désistement réciproque, au second tour de la présidentielle, entre les candidats de la gauche et… François Bayrou. Comme si le seul enjeu du scrutin d’avril et mai prochains se ramenait à la nécessité d’éliminer Nicolas Sarkozy, sans grands égards pour les choix de société à proposer au pays à un moment où c’est un défi historique qu’il convient de relever.

Ainsi que j’aurais eu l’occasion de le développer maintes fois sur ce blog, la question sociale constituera bel et bien, comme en 2002 ou en 2007, le trait discriminant de la confrontation qui se dénouera au printemps. Et c’est un paradoxe que ce fût, de nouveau, de la droite que nous en vînt la confirmation. Terrible réquisitoire de la déliquescence à laquelle s’est abandonnée une fraction entière de notre camp dès lors qu’elle aura renoncé à contester en ses fondements un système ayant érigé en normes intangibles la profitabilité et l’enrichissement sans fin d’une poignée d’actionnaires et de boursicoteurs au détriment du plus grand nombre.

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dimanche 1 janvier 2012

Mes trois voeux pour 2012

L’exercice est en général convenu, parfois aux limites du supportable tant l’hypocrisie a tôt fait de suinter des discours traditionnels du mois de janvier, mais il fait partie de ces obligations auxquelles on ne saurait se dérober. Dans ces conditions, permettez-moi de satisfaire à l’obligation avec, soyez-en sûrs, sincérité et fraternité. À chacun et chacune d’entre vous, amis lecteurs et amies lectrices, à celles et ceux qui vous tiennent à cœur, que 2012 apporte santé, bonheur et réussite. Et que, sur un plan plus directement politique, elle nous délivre à tous l’espoir dont nous avons le plus grand besoin.

MON PREMIER VŒU sera pour espérer « un peu de printemps en mai », ainsi que me l’écrit, ce jour, fort joliment, un ami journaliste. Hier soir, Nicolas Sarkozy s’est posé en candidat à sa propre succession… Non sans nous annoncer, ayant fait miroiter comme tant de fois déjà la taxation des transactions financières, le énième mauvais coup de son quinquennat. Une loi de finances rectificative qui devrait, en février, nous valoir l’acquittement de cette TVA sociale qu’il cherchait sans succès à nous imposer depuis 2007, ce qui grèvera un peu plus lourdement le pouvoir d’achat des salariés. Le président de la République a toutefois prononcé deux phrases auxquelles nous ne pouvons que souscrire : lorsqu’il a indiqué que, cette année, « le destin de la France peut une fois encore basculer » ; puis quand il nous a rappelé qu’« il y a des raisons d’espérer ». L’une et l’autre de ces maximes n’aboutissent-elles pas à une identique conclusion : débarrasser le pays de ce petit monarque dont l’unique ambition aura été de détruire nos plus anciennes conquêtes sociales autant que notre héritage républicain, au bénéfice de ses puissants amis qu’il avait fait symboliquement le choix de réunir au Fouquet’s le soir de son élection ?

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jeudi 29 décembre 2011

Fin d'année en fragments

Comme pour nombre d’entre vous, mon année s’achève sur fond d’apaisement bienvenu au terme de semaines d’intense activité. Et devant une reprise que je devine déjà tumultueuse à la seule vue des premières pages de mon agenda de 2012, lesquelles se couvrent chaque jour de nouveaux rendez-vous, déplacements, engagements à participer à des meetings ou initiatives thématiques du Front de gauche. Bon, je ne vais pas me plaindre, cette suractivité étant simplement le reflet de l’écho que soulève, dans le pays, notre entrée en campagne.

D’ordinaire, on désigne cette période de l’entre-deux fêtes sous l’appellation de « trêve des confiseurs »… Cette année, je ne sais si vous le percevez comme moi, la « trêve » n’est guère sensible. Non que les Français ne se fussent pas préparés à festoyer - en fonction, hélas, des moyens de plus en plus réduits de la plupart d’entre eux -, mais l’atmosphère s’avère chargée de cette gravité qu’engendrent un fond de l’air décidément très frais (je ne parle évidemment pas de la météo…) et une sourde exaspération dont nul ne saurait à ce jour dire sur quoi elle débouchera. La crise imprime dorénavant sa marque aux comportements des individus, d’autant plus profondément que chacun sent bien que les dérèglements de l’économie ne sont plus sous contrôle… Le sentiment d’injustice suinte des éruptions épidermiques d’une société en proie à des souffrances devenues insupportables… Et la gauche, du moins en ses secteurs aujourd’hui encore dominants, flotte comme en état d’apesanteur, se berçant de ce mirage trompeur qui lui laisse à ce point augurer que sa victoire serait acquise l’an prochain qu’elle ne parvient pas à se mettre en phase avec celles et ceux dont elle sollicite l’appui… Ce sera l’objet des « fragments » de cette nouvelle note…

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lundi 19 décembre 2011

Besoin de sursaut à gauche

L’idée de cette note m’est venue à l’occasion de ce qui aura occupé une large part de ma semaine écoulée. D’abord, sur ma terre d’élection de Midi-Pyrénées où, outre mes tâches de conseiller régional, j’aurai participé à une assemblée de la 10° circonscription de Haute-Garonne (où je porterai, en juin prochain, les couleurs du Front de gauche), puis manifesté avec les organisations syndicales rassemblées à Toulouse dans le cadre de la journée de mobilisation du 13 décembre. Ensuite, en tenant mon rôle national dans la campagne que nous faisons actuellement monter en puissance en vue de la prochaine présidentielle, ce qui m’aura par exemple conduit de la participation au colloque du « Front des luttes » sur la question du transport ferroviaire à l’animation d’une réunion publique, dans l’Oise, sur le thème du changement de République.

En ces diverses occasions, côtoyant mes camarades communistes ou « pégistes », échangeant avec les miens - je veux parler de celles et ceux de Gauche unitaire -, débattant avec des militants et responsables d’autres composantes de la gauche (à Crépy-en-Valois, ce 14 décembre, ce fut le cas d’Éric Montès, dirigeant national et élu local du Parti radical de gauche, qui avait tenu à faire le déplacement, ce qui témoigne à mes yeux que notre « offre publique de débat » commence à trouver un écho), ou dialoguant avec des acteurs du mouvement social, j’ai pu mesurer le malaise qui, pernicieusement, tend à s’installer dans les consciences. Un malaise aussi sourd que désagrégateur, dès lors qu’il affaiblit dangereusement la détermination de notre camp, dont Marianne, dans sa dernière livraison, donne un résumé assez percutant par son bandeau de « une » : « Pourquoi la gauche est capable de perdre une élection imperdable. » Et dont j’aurai trouvé une autre confirmation, ce dimanche, dans le commentaire que Jean-Luc Parodi, consultant de l’Ifop, consacre à l’état de l’opinion dans le Journal du dimanche, en notant allusivement que « la comparaison avec François Hollande pousse les Français à l’indulgence à l’endroit de Sarkozy ».

Foin ici de fausses querelles. Le problème essentiel ne porte évidemment pas sur la stature du candidat socialiste, que d’aucuns décrient jusque dans sa propre famille, face au « bougisme » du tenant du titre postulant frénétiquement à sa reconduction. Ni sur la ténacité de ces mœurs délétères par lesquels certains barons de la rue de Solferino s’assurent d’investitures avantageuses dans des circonscriptions législatives où ils savent ne guère courir de risque d’échec. Ni sur les soupçons d’agissements délictueux qui amènent certaines grandes fédérations du Parti socialiste, telles celles des Bouches-du-Rhône ou du Pas-de-Calais, à se retrouver sous les feux d’investigations judiciaires. Ni sur les retombées calamiteuses du feuilleton « DSK », qui ne manque pas d’éclairer les comportements douteux de notables locaux bien moins préoccupés des valeurs fondatrices de leur parti que de leurs propres plans de carrière. Ni des inconséquences de l’accord conclu entre le PS et Europe écologie, qui sape l’idée même d’unité à gauche lorsqu’il apparaît que certaines de ses propositions (comme le renoncement au siège français du Conseil de sécurité des Nations unies) ont été d’autant plus aisément retenues qu’elles n’avaient aucune chance d’être appliquées en cas de victoire. Mais sur le positionnement retenu par le vainqueur des « primaires » et son entourage, auxquels Eva Joly croit fréquemment opportun d’emboîter le pas. Retour sur des faux-pas en série, qui ont provoqué l’authentique ratage d’une entrée en campagne…

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lundi 12 décembre 2011

À Bruxelles, deux perdants : les peuples et l'Europe

La banalisation de « l’accord » intervenu au sommet européen des 8 et 9 décembre a quelque chose d’hallucinant. Non seulement la plupart des éditorialistes se seront transformés en thuriféraires du directoire installé dans la douleur à la tête de ce qu’il reste d’Europe mais, de la droite UMP à la gauche socialiste ou écologiste, on en sera resté à une critique en demi-teinte, comme pour mieux exprimer une approbation hypocrite des décisions des chefs d’État et de gouvernement. Et pourtant ! Le coup d’État financier engagé avec les changements d’équipes dirigeantes à la tête de la Grèce et de l’Italie aura là, en quelque sorte, trouvé son achèvement.

Comme annoncé par le déjeuner Merkel-Sarkozy, une « union de stabilité budgétaire » va se trouver instaurée, consacrée par un nouveau traité, imposant aux États des finances « à l’équilibre ou en excédent », et passant par l’obligation pour chacun d’eux d’inscrire une « règle d’or » dans sa Loi fondamentale. La Cour de justice européenne aura pouvoir de décider si les lois adoptées sont identiques pour tous les pays, tandis que la Commission disposera d’un véritable droit de censure des projets de budgets avant qu’ils ne fussent soumis aux Parlements. Sous peine de sanctions automatiques, une nation s’écartant des règles édictées se verra contrainte de présenter les « réformes structurelles nécessaires » aux technocrates libéraux de la Commission et à un Conseil dorénavant placé sous la férule de « l’axe franco-allemand », autrement dit d’imposer à sa population hausses d’impôts, baisses des dépenses publiques et réductions des prestations sociales. Plus, il aura été acté que les pays adhérant au nouveau texte seront sommés d’harmoniser leurs législations en matière de fiscalité, de dérégulation du marché du travail ou de sécurité sociale, engagement étant de surcroît pris par les contractants de faire valider « toutes les grandes réformes de politiques économiques ». Prenons donc acte du fait que le continent est, ce faisant et pour de très longues années, condamné à une austérité d’autant plus implacable que les Assemblées élues se seront vues déposséder de tout moyen de s’y opposer. Une terrible régression sociale se profile, par conséquent, conjuguée à la liquidation de cet acquis des révolutions démocratiques des deux siècles écoulés qu’est la souveraineté des peuples.

Il n’en est que plus éloquent que les participants du sommet fussent allés au bout de leur souci sans cesse proclamé de « rassurer les marchés ». Deux journalistes de Libération, zélateurs s’il en est de la conduite des affaires par les libéraux, se seront d’ailleurs crus autorisés à écrire : « Les Européens ont reconnu leur erreur : vouloir faire payer les investisseurs a contribué à étendre la panique à l’ensemble de la zone euro. » On ne pouvait être plus clair…

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jeudi 8 décembre 2011

C'est un plan de salut public qui s'impose à gauche !

Avec le sommet bruxellois de ces 8 et 9 décembre, l’Europe vit une nouvelle séquence du chaos qui la caractérise depuis des mois. Initialement, j’avais prévu de reprendre les notes de mon intervention au meeting de Toulouse (dont je parlais dans ma précédente chronique), en ce qu’elle peut servir à celles et ceux d’entre vous qui auront à participer à des débats publics sur la dette et les solutions d’urgence qui s’imposent à gauche. Je le fais, en conclusion de cette nouvelle note. Il me faut toutefois, auparavant, dire un mot de la comédie de l’entente cordiale que nous ont joué Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, en début de semaine, à l’Élysée.

Le président français et la chancelière allemande auront tenu à nous annoncer - tout comme aux 25 autres pays de l’Union européenne, placés ce faisant devant le fait accompli, belle démonstration de cette solidarité que l’on prétendait jadis aux fondements de la construction communautaire ! - une véritable mise sous tutelle despotique de la zone euro. Auront-ils, en effet, fusse au détour d’une phrase, exprimé l’intention de briser les reins de la spéculation financière et de démanteler ces agences de notation qui en sont le bras armé ? Naturellement non, ils auront plutôt signé leur totale abdication devant des marchés qu’il ne s’agit, à leurs yeux, que de « rassurer ». Se seront-ils seulement interrogés sur le statut et les missions de la Banque centrale européenne, afin qu’il ne soit plus possible aux institutions financières de jouer sur la hausse des taux d’intérêt ? Que nenni, ils auront au contraire prétendu enfermer la zone euro, et au-delà tout le continent, dans le corset d’une « règle d’or » censée graver dans le marbre des Constitutions cette austérité justifiée par le respect intangible, d’ici 2013 et pour cinq ou dix ans nous promet-on, du dogme des 3% de déficit des finances publiques et des 60% s’agissant de la dette, les « déviants » se voyant menacés de « sanctions plus automatiques et plus sévères », sous le contrôle de la Cour de justice européenne. Auront-ils seulement imaginé consulter leurs citoyens sur ce nouveau traité, dont l’écriture s’avérerait si urgente pour « discipliner » (le terme n’est-il pas symptomatique de l’autoritarisme qui inspire la démarche de nos chefs d’État et de gouvernement ?) l’ensemble de la zone euro, mais qui risque cependant de consacrer de facto l’éclatement de l’Europe : entre le directoire franco-allemand et le reste des pays réunis aujourd’hui à Bruxelles ; entre membres ou non du club de la monnaie unique ; entre ceux qui adhéreront au nouveau dispositif intergouvernemental et les autres ? Vous n’y songez pas, l’adoption dudit texte s’opérera à marche forcée, d’ici mars nous dit-on, pour mieux marquer le déni de la souveraineté de Parlements dépossédés de leur pouvoir de décider des budgets nationaux, et pour bien souligner auprès des électeurs qu’ils n’auront pas leur mot à dire (s’agissant de l’Hexagone, on n’attendra même pas la présidentielle et les législatives françaises…).

Ne craignons pas d’utiliser les mots qui conviennent. Ce qui a été annoncé, à l’issue du déjeuner élyséen du 5 décembre, marque la prééminence de ce « modèle allemand » dont l’on nous vante en France, à tout propos, les prétendues vertus. Un « modèle » qui s’identifie par un mélange d’orthodoxie budgétaire, d’intransigeance ultralibérale et de monétarisme sourcilleux. Face à son homologue français, la chef de file de la droite conservatrice allemande n’aura bougé ni sur l’intangibilité des règles de gestion des finances publiques, ni sur le retour (un moment prôné par Nicolas Sarkozy) à une stratégie plus interventionniste pour affronter les marchés (qu’il s’agisse de ces fameuses euro-obligations - quoi que l’on pût penser de ce que je persiste à considérer comme une fausse solution -, ou de la capacité qui pourrait être octroyée à la BCE de racheter des dettes ou de prêter directement aux États à des conditions identiques à celles consenties aux banques).

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vendredi 2 décembre 2011

Notre campagne décryptée pour "l'Humanité"

Notre bataille pour 2012 se déploie avec de plus en plus de visibilité. J’évoquais, dimanche dernier, les initiatives du Front de gauche auxquelles j’avais participé. À ce propos, il me faut faire amende honorable : il semblerait que j’aurais sous-estimé la participation à la Fête de l’Humanité de Lanester ; on me parle de 3000, voire 5000 présents… Mais, je vous l’avoue, je préfère me faire corriger dans ce sens là… Cette semaine, ce 1° décembre pour être précis, le meeting de Talence ; en Gironde, organisé en présence de Jean-Luc Mélenchon, a été un franc succès : 25OO personnes. Des succès qu’il nous fait mettre en rapport avec les sondages qui placent désormais systématiquement notre candidat à l’élection présidentielle en quatrième position, avec de 7% à 8% des intentions de vote.

Je vois dans ces faits une confirmation de ce que j’ai déjà souvent évoqué ici : le fort intérêt que suscitent nos propositions de rupture avec un ordre en faillite, le rassemblement dont nous sommes les seuls à gauche à pouvoir délivrer le message, notre volonté de ne pas initier seulement un engouement électoral mais de provoquer un profond élan populaire. Je devrais aussi parler de ce désir de politique que je vois monter un peu partout. À un autre niveau, je viens d’en avoir un autre indice. C’était le 30 novembre, à Toulouse. Pour lancer le collectif appelé à relayer localement l’appel en faveur d’un audit citoyen de la dette, un meeting réunissait Attac et la fondation Copernic, trois organisations syndicales s’exprimant sur une intervention préparée en commun (la CGT, la FSU et Solidaires), ainsi que Europe écologie/les Verts, le NPA et le Front de gauche (dont toutes les composantes, sur la proposition de nos camarades communistes, m’avaient confié la charge d’intervenir en leur nom). Le bon millier de personnes réunies ce soir-là, la convergence (suffisamment rare pour qu’on souligne la portée de ce rendez-vous toulousain) de forces politiques et des principales organisations du mouvement social, l’extrême attention de la salle pour les arguments développés au pupitre auront, je crois, marqué tous ceux et toutes celles (orateurs autant que participants) qui firent cet événement. À l’issue de la soirée, quelques amis n’avaient pas forcément tort de comparer ce qui venait de se passer à la première réunion publique ayant lancé la campagne contre le traité constitutionnel européen.

C’est dans un tel contexte que l’Humanité vient de m’ouvrir ses colonnes, le 1° décembre, afin que je rende compte du travail de la coordination, que je préside, de la campagne présidentielle du Front de gauche, et que j’en tire les premières leçons marquantes, du moins à mes yeux. Je reproduis ci-dessous mes réponses aux questions que m’aura posées Mina Kaci.

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mercredi 30 novembre 2011

Le peuple ou Bayrou : il va falloir choisir !

Il n’aura pas fallu longtemps, après la mise en ligne de ma dernière note, significativement intitulée « Une bataille pour la gauche », pour que les risques d’embardées alors signalées viennent se confirmer. Voici donc que François Hollande, se détournant des rives de la gauche et se lançant à la poursuite échevelée du centre, vient de proposer à François Bayrou d’intégrer une majorité (voire un gouvernement) qu’il incarnerait, pour peu que le chef de file du Modem se prononçât, contrairement à 2007, en faveur du candidat de gauche au soir du premier tour de la présidentielle.

Quelle étrange précipitation ! Ségolène Royal, au moins, avait attendu l’entre-deux tours pour faire miroiter un maroquin à M. Bayrou. Son successeur se lance, lui, cinq mois avant le premier tour… Était-ce vraiment le moment, alors que la campagne socialiste peine manifestement à retrouver du souffle après les « primaires », de replacer cette fraction de la droite au centre du jeu ? Fallait-il accréditer l’idée d’une convergence de vues avec le célèbre Pyrénéen, alors que celui-ci multiplie les signes de bonne volonté envers Nicolas Sarkozy et maquille son changement de pied sous le vernis de l’exhortation à l’union nationale pour mieux faire passer l’austérité qu’il appelle de ses souhaits, lutte prioritaire contre les déficits publics oblige ? Devrait-on trouver judicieux de déconcerter ainsi le monde du travail, alors qu’il se trouve sous le coup d’attaques terribles de la part de la droite et des puissances d’argent (par exemple pour diminuer l’indemnisation des salariés malades à partir de 2500 euros de salaire), qu’il se désespère d’être le plus souvent ignoré des grands appareils partisans, que la gauche ne lui suggère pas véritablement de raisons de s’enthousiasmer ? Était-il responsable de semer, de cette manière, des germes de division profonde au sein de son camp, en se montrant un peu trop ostensiblement certain de l’inéluctabilité d’un « vote utile » de l’électorat de gauche contre Nicolas Sarkozy, cherchant du coup dans l’urgence à débaucher une aile de la galaxie adverse ?

D’une certaine manière, nous retrouvons ici le débat qui tenaille l’aire d’influence socialiste depuis des années : où gît la clé d’un succès électoral ? Dans une étude récente, la très sociale-libérale Fondation Terra nova suggérait de s’intéresser moins aux classes populaires, censées lorgner vers l’extrême droite ou se montrer enclines à déserter les isoloirs, qu’aux couches moyennes et supérieures de la société, supposées se situer au centre de l’échiquier politique et former le réservoir de suffrages à conquérir pour tout représentant de la rue de Solferino.

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lundi 28 novembre 2011

Une bataille pour la gauche

Je tape cette chronique dans le TGV qui me ramène de Lanester, dans le Morbihan, où je viens de participer au meeting de clôture de la Fête de l’Humanité sur les quatre départements de la Bretagne. J’y étais en compagnie de Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. Environ 2000 personnes présentes à ce point d’orgue de deux jours d’échanges et de fraternité militants, ce qui dépasse de loin la participation des années précédentes ! Auparavant, notre candidat à l’élection présidentielle avait sillonné la région, avec l’aide avisé de mes vieux complices Annick Monot et Guenaël Legras. La semaine passée, je présidais l’Assemblée citoyenne du « pays haut » de cette Lorraine marquée par tant de combats sociaux, réunie dans une salle mise à disposition par la municipalité communiste de Thil. Une grosse centaine de participants, pour un débat où foisonnèrent des questions essentielles pour la bataille que nous avons initiée en vue de 2012. Chacun à son échelle, ces succès témoignent de l’attente que suscite notre Front de gauche, autant que d’une mobilisation militante de nature à nous permettre de nourrir un vaste débat dans le peuple de gauche et, au-delà, au sein d’une société manifestant sans cesse sa souffrance et sa révolte devant les régressions que l’on prétend lui imposer.

L’enjeu, nous le saisissons bien au gré des témoignages qui nous assaillent sur le terrain. Que d’existences brisées, de réalités familiales saccagées, d’angoisses devant les difficultés d’un quotidien où l’on peine à joindre les deux bouts et à imaginer chaque soir de quoi le lendemain sera fait ! À Lanester, une ouvrière de l’agro-alimentaire – non une « opératrice », a-t-elle tenu à préciser, à la manière d’un défi à ces faiseurs d’opinion qui ont fait de la classe ouvrière une sorte de continent oublié – nous en aura délivré un aperçu poignant, non sans rappeler que la dureté de cette vie de labeur ingrate sème la maladie (que l’on n’ose pas soigner de peur d’affronter ces odieuses « journées de carence » dont l’UMP veut augmenter le nombre) et, parfois la mort...

Lors de toutes ces initiatives auxquelles je participe, j’ai coutume d’insister sur ce qui me semble devoir identifier la démarche des forces regroupées par le Front de gauche : nous ne menons pas un combat pour témoigner, pour faire notre petite tambouille en marge du reste du camp progressiste ; nous travaillons pour la gauche, la gauche dans son ensemble, au nom de ce que nous pensons être son intérêt bien compris. Et ce ne sont pas les plus récentes évolutions du paysage hexagonal, ces derniers jours, qui me feront changer d’avis sur ce qui nous menace.

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